Monde

Les cadeaux diplomatiques à travers les âges

Brian Palmer, mis à jour le 26.04.2013 à 13 h 44

Le gouvernement américain vient de publier la liste de cadeaux offerts à Barack Obama par ses homologues étrangers en 2011, dont Nicolas Sarkozy. Les présidents américains ont-ils toujours échangé des babioles avec les leaders étrangers?

Barack Obama et Nicolas Sarkozy Larry Downing / Reuters

Barack Obama et Nicolas Sarkozy Larry Downing / Reuters

Le Département d'Etat américain vient de publier la liste de cadeaux offerts par des dignitaires étrangers à Barack et Michelle Obama, ainsi qu'à Hillary Clinton et à des centaines d'autres membres du gouvernement, en 2011. On y apprend entre autres que le couple Sarkozy a offert pour plus de 41.000 dollars (32.000 euros) de cadeaux diplomatiques au couple Obama. Les présidents américains ont-ils toujours échangé des cadeaux avec les leaders étrangers ?

Oui, mais les premiers présidents n'étaient pas des bénéficiaires très reconnaissants. Les pères fondateurs voyaient la vieille tradition de l'échange de cadeau diplomatique comme une tentation à la corruption et avaient carrément interdit cette pratique dans les Articles de la Confédération. Mais, réalisant que l'interdiction offensait des alliés importants, ils ajoutèrent rapidement l'Article I, Section 9, Clause 8 dans la Constitution, permettant ainsi aux hauts fonctionnaires d'accepter des cadeaux de leaders ou de pays étrangers, avec l'accord du congrès.

Les chefs d'Etat s'échangent des cadeaux depuis la nuit des temps. Les pharaons de l'Egypte ancienne offraient des vaisseaux de pierre marqués du cartouche royal, une sorte de monogramme, à leurs voisins Hittites deux mille ans avant notre ère. L'échange de cadeau rentre dans les rites du contact diplomatique au Moyen Age: pendant les Troisièmes Croisades, un émissaire de Richard Cœur de Lion offrit une volée d'oiseaux au représentant de Saladin, précisant solennellement qu'«il est d'usage pour deux princes qui campent à proximité l'un de l'autre de s'échanger des cadeaux.» (De nos jours, les animaux vivants ne sont pas des cadeaux diplomatiques très appropriés, comme l'appris à ses dépens le président George W. Bush.)

Un érudit musulman du 14e siècle relevait également que « très souvent, les souverains liés par la proximité échangent en cadeaux ce qui est le plus rare sur leurs terres respectives.» (Il se serait sans doute joint à la pluie de critiques qui s'est abattue sur le président Obama pour son choix d'offrir le très répandu Ipod à la reine.)

Les Américains n'ont jamais été très à l'aise avec cette tradition. Quand Louis XVI offrit à Benjamin Franklin une tabatière ornée de diamants par centaines en 1785, Franklin accepta le cadeau pour éviter l'incident diplomatique. La même année, John Jay accepta un cheval offert par le roi Charles III d'Espagne en pleine négociation de traité. Le congrès reconnu que rendre les deux cadeaux aurait causé un incident diplomatique à des moments sensibles, et les approuva rétroactivement.

A partir de cette expérience, les pères fondateurs de la Convention Constitutionnelle décidèrent que la divulgation complète était la voie à suivre plutôt que l'interdiction. Il semble que le président Washington ait appliqué cette disposition au pied de la lettre. Quand un émissaire de la République Française lui offrit le nouveau drapeau de son pays, Washington répondit «la transaction sera annoncée au congrès, et les couleurs seront déposées aux archives.» Thomas Jefferson refusait de garder tout autre cadeau que des livres, même s'ils étaient approuvés par le Congrès. Il mit aux enchères plusieurs articles et déposa les recettes à la trésorerie.

Dans un premier temps, le congrès approuvait les cadeaux sur une base individuelle. Jusqu'à la moitié du 20e siècle, les cadeaux approuvés pouvaient devenir la propriété personnelle du receveur, sauf s'ils étaient expressément offerts à l'état. En 1966, le congrès révisa le système de telle sorte que les législateurs n'aient plus à approuver chaque cadeau individuellement. Aujourd'hui, le président et les autres hauts fonctionnaires peuvent accepter la plupart des cadeaux d'une valeur inférieure à 335 dollars sans avoir besoin de l'aval du congrès et doivent soumettre les cadeaux d'une plus grande valeur à l'avis du gouvernement.

Brian Palmer

Article traduit par Grégoire Fleurot

Mise à jour le 26/04/13 avec la publication de la liste 2011

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