Culture

Pourquoi le créateur de Lost a raison de se lancer dans l'aventure Star Trek

Nora Bouazzouni, mis à jour le 12.02.2009 à 18 h 48

JJ Abrams a plus de chances de se faire casser la gueule par les fans de la série que par ceux de la franchise de SF.

Fin 2006, on apprenait que JJ Abrams, Monsieur «Lost», «Cloverfield», «Alias»... allait produire et réaliser le onzième long-métrage «Star Trek». Un défi de taille: en science-fiction comme en fantasy, une fois une oeuvre érigée au rang de culte et son auteur déifié par les fans, il est extrêmement difficile pour un réalisateur, même renommé, même plein de bonnes intentions de reprendre le flambeau sans être attendu au tournant par les «fanboys», sabre laser ou fouet à la main. Parlez-en à Peter Jackson ou George Lucas.

Autant dire que s'attaquer à LA franchise de science-fiction par excellence, dont les plus gros fans (appelés les Trekkies) organisent des conférences où ils parlent le klingon, langue d'une espèce extraterrestre dans «Star Trek» par ailleurs enseignée dans son propre institut, relève de l'opération suicide. Aussitôt, on a imaginé Abrams harcelé par des gens prêts à vendre un rein pour un autographe de Leonard Nimoy (l'acteur qui a joué Spock dans la série et les long-métrages «Star Trek» précédents).

Mais est-ce un pari si risqué ? Pas tant que ça. D'abord parce que JJ sait s'entourer. Sur tous ses projets, «Alias», «Lost», «Fringe», «Cloverfield»... il travaille avec la même équipe, les producteurs et scénaristes Alex Kurtzman, Bryan Burk, Roberto Orci et Damon Lindelof, tous fans de «Star Trek» voire carrément Trekkies pour les deux derniers. Autant pour la prise de risque, donc.

Surtout, il a les Trekkies dans sa poche. «La franchise traversait une période très difficile depuis une quinzaine d'années : l'annulation en 2005 de la série “Enterprise” pour cause de mauvaise audience en est la preuve, et puis le merchandising ne rapportait plus ; “Star Trek” était clairement en train de s'éteindre», explique Anthony Pascale, rédacteur en chef de Trekmovie.com.

«Depuis des années, ce sont les mêmes producteurs, les mêmes acteurs... Les fans étaient tous d'accord pour dire que “Star Trek” avait absolument besoin d'un œil neuf, d'une approche différente. Il fallait rafraîchir la franchise. C'est pour ça que la majorité d'entre eux est vraiment optimiste et très enthousiaste à propos du film d'Abrams, tout le monde est très excité par le simple fait que “Star Trek” est de retour!». CQFD. Abrams, petit malin, profite de la crise qui touche «Star Trek» depuis plus dix ans. La combinaison entre une franchise mourante et des fans prêts à tout pour ressusciter l'objet de leur culte a suffit pour s'attirer la sympathie a priori des Trekkies, au nom de la survie du mythe. Pas de souci à se faire concernant «Star Trek», donc.

 

Le problème Lost

En revanche, JJ Abrams ferait bien de s'inquiéter des fans de «Lost». Cinq ans que la série est diffusée, et rarement a-t-on vu tel engouement. Après trois épisodes seulement, des dizaines de sites dédiés sont apparus sur le Net, puis des centaines, exposant les théories les plus farfelues, listant toutes les références et les allusions, qu'elles soient littéraires, cinématographiques ou mathématiques...

Mais faire trop de mystères sans donner la moindre miette de réponse, ça énerve. Alors au bout de deux saisons, les fans de «Lost» se sont effectivement énervés. Le tir a été corrigé mais un bon paquet de révélations et d'explications plus tard, rien n'y fait, il y a encore beaucoup de choses qui restent inexpliquées dans «Lost». On se demande donc comment Abrams va réussir à rendre le tout clair comme de l'eau de roche avant la fin. Parce que cette fin est très, très proche : plus que 32 épisodes et ce sera bouclé. Certains mystères de la première saison restent toujours à élucider, JJ ne risque-t-il pas tout simplement les occulter et se concentrer sur l'intrigue principale? A force de multiplier les mystères, Abrams y perd le spectateur, et s'y perd un peu lui-même.

Et bien que sur «Lost», JJ Abrams soit une sorte de dieu démiurge qui a préféré cesser rapidement d'intervenir sur l'écriture et la direction qu'a prise sa création, si la fin de la série est plus pétard mouillé que feu d'artifice grandiose, c'est bien sa tête qui sera mise à prix, pas celle des scénaristes.

[Edit : La chaîne ABC, qui diffuse «Lost» aux Etats-Unis, s'est elle-même prise au jeu du ras-le-bol. Elle diffuse sur son site web un résumé parodique de la semaine précédente qui joue avec humour sur le grand n'importe quoi du scénario de la série.]

Nora Bouazzouni

(Photos : J.J Abrams à la conférence Wondercon de 2006, photo de Neil Motteram, et capture d'écran du site officiel)

Nora Bouazzouni
Nora Bouazzouni (20 articles)
Journaliste et traductrice
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