France

Valls, les 35 heures et les vaches sacrées du PS

Hugues Serraf, mis à jour le 04.01.2011 à 15 h 41

Au-delà du «buzz» préélectoral, Manuel Valls pose une bonne question: celle du rapport du Parti socialiste avec la réalité économique.

Manuel Valls Reuters/Stephane Mahe

Manuel Valls Reuters/Stephane Mahe

Manuel Valls, lorsqu'il démarre l'année en s'en prenant aux 35 heures ―qui sont au PS ce que le bouclier fiscal est à l'UMP, un point d'idéologie passablement bousculé par le réel― fait essentiellement du «buzz».

On aurait mauvaise grâce à lui jeter la pierre. Si les primaires socialistes qui s'annoncent rassemblent jusqu'à trois douzaines de candidats, il faudra bien que les uns et les autres trouvent le moyen d'être repérés. Attendons-nous donc à une mélenchonisation de Montebourg, à une ségolisation de Royal, à une mitterrandisation d'Aubry, ainsi qu'à un effacement temporaire du DSKisme de Moscovici dans l'attente d'une décision du patron du FMI.

Pour autant, tout ce que les «wannabes» lâcheront dans les mois qui viennent dans l'espoir d'être repris en boucle sur RTL ne sera pas systématiquement stupide ou vide de sens. Et il serait d'ailleurs sympa de voir les commentateurs s'intéresser, à l’occasion, à la chose plutôt qu'au mot.

Car enfin, sont-ils encore si nombreux, les socialistes qui pensent vraiment que la France peut s'en tirer dans le monde qui vient en proposant à tout un chacun de travailler moins pendant sa carrière et de prendre sa retraite dans la force de l'âge? Une ambition noble, évidemment, puisqu'on voit mal à quoi servirait un parti progressiste qui ne militerait plus pour le progrès; mais l'on subodore que même un Fabius ou un Emmanuelli savent à quel point nous n'en sommes pas à ce moment de l'Histoire.

La France est un vieux pays de dimension moyenne, confronté à des défis lancés par des adversaires n'ayant jamais entendu parler du programme du Conseil National de la Résistance. Des adversaires chez lesquels les indignations de Stéphane Hessel ont peu de chances d’être traduites ―ou alors dans cinquante ans, par des historiens shanghaiens fascinés par les circonstances du déclin de la péninsule euro-asiatique.

D'accord, nous ne sommes pas les seuls dans le quartier à nous bercer d'illusions sur la manière dont nous pourrons peser sur la stratégie des Chinois, des Indiens, des Brésiliens, des Américains, des Iraniens ou même des Turcs... Dans le cas contraire, les élites européennes auraient déjà profité de la crise pour nous fabriquer le super-Etat fédéral qui est notre seule chance de ne pas devenir le musée pour touristes asiatiques et sud-américains dont parle Houellebecq.

Manuel Valls, avec son «buzz», fait justement passer ce message: la gauche peut-elle penser le réel au sens où elle serait capable, tout en conservant son objectif ultime de justice sociale, d'envoyer ses vaches sacrées à l'abattoir et de renouveler son arsenal théorique? Avec la fin du bouclier fiscal, la droite gauloise, longtemps présentée comme la plus bête du monde, est d'ailleurs en train de montrer qu'elle sait parfois mettre le dogme de côté au prix de quelques grincements de dents dans sa clientèle.

Si la gauche ne peut pas en faire autant, si des questions aussi fondamentales que la compétitivité des entreprises ou des durées comparées du temps de travail sont fixées pour les siècles des siècles, à quoi sert-elle? Si son kit de prêt-à-penser est aussi impossible à remettre en question que la parole du Prophète ou une bulle papale, quel espoir représente-t-elle concrètement?

Sarkozy, c'est certain, navigue à vue et bricole. Mais si l'alternative se résume à l'immobilisme et à la nostalgie, à la démagogie et au court-termisme électoral, vaudra-t-elle vraiment plus cher que l'hyperprésident en 2012, y compris d'un point de vue progressiste ?

Tiens, je me demande si, lorsque la France ne sera plus couverte que de restaurants et de parcs d'attractions pour Brésiliens amateurs de petites contrées pittoresques, le Valls du moment sera encore traité d'hérétique par le petit fils de Hamon sur le fichu dossier des horaires d'ouverture du Louvre. Ca serait bête: dans ce monde impitoyable, même les nations-musées seront en concurrence les unes avec les autres.

Hugues Serraf

Hugues Serraf
Hugues Serraf (165 articles)
En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l’utilisation de cookies pour réaliser des statistiques de visites, vous proposer des publicités adaptées à vos centres d’intérêt et nous suivre sur les réseaux sociaux. > Paramétrer > J'accepte