Valls, les 35 heures et les vaches sacrées du PS
Au-delà du «buzz» préélectoral, Manuel Valls pose une bonne question: celle du rapport du Parti socialiste avec la réalité économique.
- Manuel Valls Reuters/Stephane Mahe -
Manuel Valls, lorsqu'il démarre l'année en s'en prenant aux 35 heures ―qui
sont au PS ce que le bouclier fiscal est à l'UMP, un point d'idéologie
passablement bousculé par le réel― fait essentiellement du «buzz».
On aurait mauvaise grâce à lui jeter la pierre. Si les primaires socialistes
qui s'annoncent rassemblent jusqu'à trois douzaines de candidats, il faudra
bien que les uns et les autres trouvent le moyen d'être repérés. Attendons-nous
donc à une mélenchonisation de Montebourg, à une ségolisation de Royal, à une
mitterrandisation d'Aubry, ainsi qu'à un effacement temporaire du DSKisme de
Moscovici dans l'attente d'une décision du patron du FMI.
Pour autant, tout ce que les «wannabes» lâcheront dans les mois qui viennent
dans l'espoir d'être repris en boucle sur RTL ne sera pas systématiquement
stupide ou vide de sens. Et il serait d'ailleurs sympa de voir les
commentateurs s'intéresser, à l’occasion, à la chose plutôt qu'au mot.
Car enfin, sont-ils encore si nombreux, les socialistes qui pensent vraiment
que la France peut s'en tirer dans le monde qui vient en proposant à tout
un chacun de travailler moins pendant sa carrière et de prendre sa retraite
dans la force de l'âge? Une ambition noble, évidemment, puisqu'on voit mal à
quoi servirait un parti progressiste qui ne militerait plus pour le progrès;
mais l'on subodore que même un Fabius ou un Emmanuelli savent à quel point nous
n'en sommes pas à ce moment de l'Histoire.
La France est un vieux pays de dimension moyenne, confronté à des défis lancés
par des adversaires n'ayant jamais entendu parler du programme du Conseil
National de la Résistance. Des adversaires chez lesquels les indignations de
Stéphane Hessel ont peu de chances d’être traduites ―ou alors dans cinquante
ans, par des historiens shanghaiens fascinés par les circonstances du
déclin de la péninsule euro-asiatique.
D'accord, nous ne sommes pas les seuls dans le quartier à nous bercer
d'illusions sur la manière dont nous pourrons peser sur la stratégie des
Chinois, des Indiens, des Brésiliens, des Américains, des Iraniens ou même des
Turcs... Dans le cas contraire, les élites européennes auraient déjà profité de
la crise pour nous fabriquer le super-Etat fédéral qui est notre seule chance
de ne pas devenir le musée pour touristes asiatiques et sud-américains dont
parle Houellebecq.
Manuel Valls, avec son «buzz», fait justement passer ce message: la gauche
peut-elle penser le réel au sens où elle serait capable, tout en conservant son
objectif ultime de justice sociale, d'envoyer ses vaches sacrées à l'abattoir
et de renouveler son arsenal théorique? Avec la fin du bouclier fiscal, la
droite gauloise, longtemps présentée comme la plus bête du monde, est
d'ailleurs en train de montrer qu'elle sait parfois mettre le dogme de côté au
prix de quelques grincements de dents dans sa clientèle.
Si la gauche ne peut pas en faire autant, si des questions aussi fondamentales
que la compétitivité des entreprises ou des durées comparées du temps de
travail sont fixées pour les siècles des siècles, à quoi sert-elle? Si son kit
de prêt-à-penser est aussi impossible à remettre en question que la parole du
Prophète ou une bulle papale, quel espoir représente-t-elle concrètement?
Sarkozy, c'est certain, navigue à vue et bricole. Mais si l'alternative se
résume à l'immobilisme et à la nostalgie, à la démagogie et au court-termisme
électoral, vaudra-t-elle vraiment plus cher que l'hyperprésident en 2012, y
compris d'un point de vue progressiste ?
Tiens, je me demande si, lorsque la France ne sera plus couverte que de
restaurants et de parcs d'attractions pour Brésiliens amateurs de petites
contrées pittoresques, le Valls du moment sera encore traité d'hérétique par le
petit fils de Hamon sur le fichu dossier des horaires d'ouverture du Louvre. Ca
serait bête: dans ce monde impitoyable, même les nations-musées seront en
concurrence les unes avec les autres.
Hugues Serraf
Mis à jour le 04/01/2011 à 15h41















































S'il y a un truc qui est partagé entre gauche et droite, c'est bien leur ignorance totale de la vie économique.
Enfin, prendre le secteur du tourisme comme repoussoir me fait toujours rire (jaune) : C'est une industrie qui ne représente guère que 900.000 emplois. http://www.insee.fr/fr/ffc/docs_ffc/ref/fratour08b.PDF Une paille qu'il convient de dénigrer, quoi.
Montebourg parle avec force notamment du "mur de la dette" et des problèmes budgétaires, économiques et politiques très sérieux que celle-ci provoque en France. On est très loin de Mélenchon me semble-t-il.
De même, en ce qui concerne l'innovation et la recherche, Montebourg préconise de mobiliser des financements publics ET privés en se basant notamment sur l'épargne française. Très loin également des thèses portées par le leader du parti de gauche.
Vous aurez donc du mal à lui coller cette étiquette là. Mais bon, il n'y a jamais pire sourd que quelqu'un qui ne veut pas entendre.