Monde

Israël sort paradoxalement renforcé de l'année 2010

Jacques Benillouche, mis à jour le 03.01.2011 à 15 h 21

En termes de sécurité et plus encore économiques, la situation de l'Etat hébreu s'est améliorée au cours des derniers mois. Mais sans résolution du conflit palestinien, il n'y aura pas de prospérité durable.

Gratte-ciels à Tel Aviv NIR ELIAS / Reuters

Gratte-ciels à Tel Aviv. REUTERS / Nir Elias

Dans une région comme le Proche-Orient, il est plus facile de faire le bilan de l’année écoulée que de se risquer dans les prévisions pour l’année à venir. On peut toutefois conclure que 2010 fut, d’une manière générale et paradoxale, une bonne année pour l’État d’Israël.

Il a connu ainsi l’année la moins meurtrière en attaques menées par des militants palestiniens, le plus bas depuis l'Intifada de 2000 selon les rapports du Shin-Beth, le service de sécurité intérieure israélien. Neuf Israéliens ont été tués dans des attaques palestiniennes en 2010 contre 15 en 2009 et 452 in 2002. Pour la seconde année consécutive, il n'y a pas eu d'attentats suicide.

Ce résultat est à mettre au profit de l’existence de la clôture de sécurité érigée autour de la «ligne verte», la frontière de 1967,  mais aussi d’une volonté de l’Autorité palestinienne de ne plus choisir la voie de la violence pour défendre ses positions politiques. Il semble bien que les arabes soient autant las que les juifs d’une guerre qui s’enlise et qui n’apporte que le sang et les larmes.

Économie florissante

Sur le plan économique, tous les records ont été battus alors qu’Israël a peu souffert de la crise mondiale. Sur le plan économique, Israël semble plus proche du continent asiatique qu'européen. La croissance du PIB a atteint 4,5%, le niveau de vie a augmenté de 2,7% et la balance commerciale toujours excédentaire a bénéficié d’une progression des exportations de 12,6%. Le chômage est faible avec un chiffre de 6,5% de la population active et d'importantes inégalités, les demandeurs d'emplois se trouvant avant tout dans les populations arabes mal intégrées et du côté des juifs orthodoxes.

Le calme relatif attire les touristes au nombre de 3,5 millions cette année tandis que les Israéliens font toujours preuve d’initiative économique à l’étranger puisqu’ils y ont investi plus de 12 milliards de dollars. La banque d’Israël continue d'accumuler des réserves de changes évaluées à plus de 65 milliards de dollars et son gouverneur, Stanley Fisher, élu meilleur banquier mondial de l’année, est contraint pour éviter une trop forte appréciation du shekel d'acheter des centaines de millions de dollars chaque jour pour préserver les exportations. Le shekel est en effet surcoté, même par rapport à l’euro, alors que la balance des paiements est en excédent. Cette prospérité a permis à Israël d’être admis parmi les pays de l’OCDE.

Et pour finir, le groupe Léviathan vient d’annoncer la découverte au large de Haïfa, au nord du pays, d’un gisement de gaz naturel estimé à 450 milliards de m3, qui permettra même à l'État hébreu de devenir exportateur.

Dans ces conditions, il n'est pas étonnant que l'immigration juive ait connu une hausse de 16% par rapport à 2009 avec 19.130 nouveaux immigrants contre 16.445 en 2009 et 15.452 en 2008. La répartition donne la part belle aux originaires de l’ex-URSS (40%) tandis que les Français augmentent leur présence avec 2.040 personnes contre 1.894 pour l’année 2009.

Voilà pour les bonnes nouvelles...

Processus de paix moribond

Sur le plan politique, la situation est totalement bloquée et le processus de paix moribond n’arrive pas à décoller car toutes les parties semblent se satisfaire d’une situation de ni-guerre ni-pays qui n’enflamme plus les passions et n'empêche pas les économies israélienne et aussi palestinienne de connaître une forte croissance.

Ceci dit l'isolement de la diplomatie israélienne est croissant de la part de gouvernements de plus en plus sensibles aux thèses palestiniennes. Cinq pays d’Amérique du sud viennent de décider de reconnaitre officiellement «l’État» palestinien tandis que le ministre israélien des Affaires étrangères, le très controversé Avigdor Lieberman, reste persona non grata dans 80% des pays de l’ONU et dans la majorité des pays occidentaux.

La coalition gouvernementale, s’étendant de la droite extrême à la gauche, reste enlisée dans des contradictions qui la rendent impuissante, permettant à Benjamin Netanyahou de s’adonner à l’exercice solitaire du pouvoir. Le Premier ministre israélien, imposant une politique intransigeante, a gagné la première manche face à un Barack Obama fragilisé par son échec aux élections de mi-mandat.

Le paysage politique israélien enregistre quant à lui des soubresauts. Les orthodoxes sépharades du Shass, membres de la coalition, connaissent des troubles entre partisans d’une ligne plus dure et plus rigoriste vis-à-vis des textes sacrés et ceux qui estiment, comme le député Amsallem, qu’il est temps de s’ouvrir au monde moderne.

Le Parti travailliste, en pleine déconfiture électorale, est secoué par des conflits internes de personnes. Son chef Ehud Barak, ministre de la Défense, est contesté par ses pairs tandis que le comité central préconise son remplacement, avec à la clé, une sortie de la coalition au pouvoir.

La stabilité du gouvernement et l’exigence d’initiatives politiques audacieuses et douloureuses passent par l’entrée dans la coalition de la chef de l’opposition, la centriste de Kadima Tsipi Livni. Seul un gouvernement consensuel permettra de faire face aux défis auxquels sera confronté l’État juif dont les plus importants restent la résolution du conflit palestinien et la neutralisation des dangers extérieurs liés au Hamas, au Hezbollah et au problème nucléaire iranien.

Jacques Benillouche

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Journaliste
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