ECONOMIE
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- G20
- Par Eric Le Boucher
- Eric Le Boucher est un des fondateurs de Slate.fr. Journaliste, chef de service, chroniqueur économique au journal Le Monde, il est depuis 2008 directeur de la rédaction d'Enjeux-Les Echos. Il est l'auteur d'«Economiquement incorrect».
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Eric Le Boucher
Eric Le Boucher est un des fondateurs de Slate.fr. Journaliste, chef de service, chroniqueur économique au journal Le Monde, il est depuis 2008 directeur de la rédaction d'Enjeux-Les Echos. Il est l'auteur d'«Economiquement incorrect».
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Succès du G20? Attendez septembre!
Je ne suis pas en désaccord avec l'analyse de Jean-Marie Colombani sur le G20 de Londres. Qu'on soit passé du G7 au G20 est une évolution remarquable dans un monde moins unipolaire. La crise est mondiale, il fallait une réponse mondiale. Que ces vingt «puissances», qui représentent les deux tiers de la population du globe et 90% de sa richesse, parviennent à se mettre d'accord sur quelques principes du monde post-crise est à mettre au crédit de ces dirigeants et de leurs sherpas. Cela tranche, en effet, avec l'échec de 1933 à Londres lors de la grande crise.
Un échec du même genre en 2009 eut provoqué une catastrophe, brisant le début de remise en état qu'on constate sur les marchés financiers et le début de reprise que laisse prévoirun certain nombre d'indicateurs. L'économie mondiale semble «toucher le fond» ce trimestre, une divergence des Grands l'eut fait replonger vers l'abîme. D'où l'excès d'auto satisfecit des membres du G20, il fallait «faire revenir la confiance» en multipliant les déclarations d'unité et en soufflant très fort dans les trompettes du «changement de monde». Tout cela est très exagéré mais bon, les chefs encouragent les troupes, ils font leur travail.
On peut énumérer les points positifs et négatifs.
1 - Le FMI réhabilité.
Cette institution qui avait perdu son utilité il y a deux ans la retrouve avec les pays qui s'asphyxient ; ses fonds sont doublés, bravo. On ne pourra quand même pas s'empêcher de souligner qu'une part des fonds augmentés du FMI (Fonds monétaire international), est destinée à l'Europe de l'est, l'Union européenne étant incapable de leur fournir. Ce qui prouve que l'Europe fait vraiment la démonstration de son inexistence lors de cette crise. Jean-Marie Colombani et moi sommes hélas d'accord sur ce point.
2 - Les garanties données aux assurances crédit.
Point technique mais très important pour soutenir le commerce mondial qui s'effondre de façon alarmante en partie à cause du «credit crunch» et de l'assèchement des circuits de «crédit export».
3 - Les deux listes des paradis fiscaux, la noire et la grise.
Ah! la grande affaire de Merkel et Sarkozy! Ah! l'axe franco-allemand ressoudé, d'un coup, après deux ans de grimaces, contre les pirates des mers lointaines et les duchés avoisinants! Ah! la belle guerre morale et fiscale ! Certes, certes, certes... C'est une affaire sérieuse que les paradis fiscaux par où passent les milliards des trafics de drogue et de la corruption. Sérieuse aussi parce qu'ils sont la pointe avancée du dumping fiscal et servent d'argument aux banques pour s'y installer sur le thème «si nous n'y ouvrons pas de comptes, nous perdons nos clients». L'occasion était donnée, les paradis sont mis les uns en enfer et les autres au purgatoire. Enfin, on verra...
4 - La réforme de la régulation financière.
Sur ce point le travail n'est qu'engagé. L'important était d'y associer les Américains, les Britanniques se planquaient derrière eux pour freiner. Hedge-funds (fonds spéculatifs), agences de notations et institutionnalisation du FSF (Forum de stabilité financière, un organisme informel proche des banques centrales) en un Conseil de stabilité financière, les progrès sont réels. Encore qu'il faille attendre les détails.
Mais sur l'essentiel, le cœur de la crise, le G20 n'a pas avancé. Ce cœur ce sont les actifs toxiques des banques, d'une part, et les plans de relance, d'autre part. Il eut fallu à Londres un accord simple mais fort : les Américains aboutissent enfin à faire avancer leurs plans de sauvetage des banques (plan Paulson, plan Geithner), les Européens mettent en œuvre des plans de relance économique plus puissants. Meilleure finance là -bas, meilleure économie ici: voilà quel était le bon deal. Or, rien de tout ça. Le fond de la crise, l'effondrement des PIB, les montagnes de pertes encore non révélées par les banques, les 20 n'en n'ont pas parlé.
Si l'on croit, comme moi, que le consommateur américain n'est plus le moteur sur lequel on doit compter, il faut que les pays en excédent commercial, ceux qui ont des marges de manœuvre, relancent. Cela vise trois pays, les numéro 2, 3 et 4 mondiaux: Japon, Chine, Allemagne. Chine et Japon l'ont fait, reste l'Allemagne, centre de l'Europe.
Faute de cela, faute d'une demande mondiale suffisante, la reprise restera molle, les économies resteront sous leur «potentiel» et donc, le chômage continuera de croître. On le verra en septembre, rendez-vous est pris.
Si l'analyse d'un keynésianisme mondial (faite par l'équipe Obama et par le FMI) est fausse, les clignotants seront revenus au vert. Alors, ce G20 aura suffi. Si, hélas comme je le crois, elle est juste, alors les économies auront cessé de tomber. Certes, mais elles resteront à terre sans remonter. Il faudra alors que les Vingt se remettent au travail sur le cœur de la crise et quatre mois de plus auront été perdus.
Eric Le Boucher
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Comments
Mais encore...
M. Le Boucher pourrait ajouter qu'on ne voit pas en quoi les mesures adoptées empêcheraient les banques de prêter à des gens qui ne pourront jamais rembourser. On peut aussi signaler que tout le monde, G20 + M. Le Boucher, ne parlent que de relance, donc endettement, donc réactiver un modèle qui ne marche pas. Ceux (nombreux) qui prédisaient la fin du capitalisme nt rabaissé leurs prétentions.
le marc de café de mr Le Boucher
mr Le Boucher: aujourd'hui, vous regardez dans le marc de café et vous décrétez que ce G20 en fin de compte n'aura pas servi à grand chose et qu'en septembre 09, on verra ce qu'on verra!!!
vous auriez bien été inspiré si, en juillet ou septembre 2008, vous aviez eu la plume aussi rageuse pour nous "prédire" la crise qui couvait. Or ni vous, ni vos collègues journalistes éco, ni tous les universitaires si prompts à donner des leçons, aucun de ces messieurs (peu de femmes chez les économistes et journalistes ou alors on ne les lit ou entend fort peu!!!) aucun d'entre eux n'a su ou n'a pu anticiper cette crise...
et vos petites moqueries sur l'Europe sont bien dérisoires: sans vouloir vous offenser, on dirait du De Villiers!!!
claudeb.
Les paradis fiscaux et la Suisse ont bon dos
C'est un bouc émissaire un peu trop facile, la facture sera chère pour la France car la France ne se rétablira pas aussi facilement qu'on le pense, les licenciements vont contninuer, et elle ne doit pas réver faire les poches aux Suisses aussi facilement. Ceux ci se tournent trés fortement vers l'Asie et les investissements iront là bas en priorité. Disons que la leçon a été prise de leur coté et que beaucoup là bas pensent que la France se calmera sur le sujet qu'en elle sera dégradé probablement au 2ieme trimestre les choses seront alors trés différentes. La France va probablement mettre la pression pour avoir des listes de contribuables qui n'ont pas déclaré leur compte, il ne restera alors à ces entrepreneurs qu'à quitter la France ou à se faire raketter. On s'est tiré encore une fois une balle dans le pied. Bonjour les effets pervers
Les reste on est d'accord mais c'est le bon sens minimum. Ca ne règle pas la question des assets pourris qui sont dans les banques: donc pas de crédit, donc pas de croissance, donc déficits.
Je précise à l'auteur, que le blanchiment est réputé à Londres mais pas à Genève ou Luxembourg; ou il est probablement plus difficil à pratiquer que n'importe ou ailleurs sur cette terre. Quand à la liste des apradis fiscaux fournit par le G20, elle pose carrément la légitimité de ceux qui l'on faites.
Peter jones
Monsieur tant pis
Pourquoi écrire : "un monde moins unipolaire" au lieu de : un monde devenu multipolaire ?
Vous dites : "Ce qui prouve que l'Europe fait vraiment la démonstration de son inexistence dans cette crise".
"Inexistence", le mot n'est-il pas un peu fort concernant l'Europe qui a tout de même initié ce G20, quelle que soit son impuissance, par ailleurs ? Et de plus, la prise de conscience de cette impuissance, ne peut-elle ouvrir une nouvelle étape de la construction européenne ?
Vous ironisez sur l'axe franco-allemand qui est, selon moi, la meilleure nouvelle de ce sommet !
Vous dites "le travail n'est qu'engagé". Vous eussiez pu dire : le travail est engagé.
Pour le reste vous êtes crispé sur vos analyses d'économie, science que malheureusement je ne partage pas.
Mais un espoir est né quand même. Les bourses l'ont ressenti et tous les journalistes-télé avaient la banane hier.
Nous attendons septembre avec confiance.
Marianne Arnaud
La confiance et le secret
Après avoir largement perdu la confiance des investisseurs comme celle de nombreux acteurs économiques, les gouvernements des pays à l’origine de la crise actuelle désignent désormais le secret comme l’une des principales sources du désastre. Ils sont malheureusement en passe, par là même, de détruire un deuxième pilier de l’activité économique après avoir lourdement entamé le premier.
En promettant à une population n’en ayant notoirement pas les moyens qu’elle peut accéder immédiatement et sans risque à la propriété immobilière, on ignore aussi délibérément que l’offre de crédit nécessaire dépassera alors largement la capacité globale de prêts. En maintenant, ou même en abaissant, l’âge du départ à la retraite dans le seul but de préserver la paix sociale, on ignore aussi délibérément l’augmentation généralisée de l’espérance de vie et ses conséquences profondes sur les dispositifs d’assurance retraite. En augmentant de façon quasi continue la pression fiscale, le poids des dépenses publiques, et l’endettement des Etats, on ignore aussi délibérément qu’il est d’abord souhaitable de créer de la valeur avant de songer à comment la dépenser. En agissant de la sorte depuis de longues années, on porte certainement une lourde responsabilité politique dans le désastre économique qui vient de se produire et on entame de façon particulièrement irresponsable le bien-être des générations suivantes.
Les tentatives actuelles de stigmatisation des professionnels de la finance ou du système capitaliste dans son ensemble ne résistent malheureusement pas à une analyse brutale des faits : des décisions politiques irresponsables et des politiques publiques laxistes sont en réalité largement à l’origine de la crise actuelle. La libre circulation des biens et des personnes, l’usage d’une devise commune à de multiples pays par ailleurs souverains, les financements toujours plus conséquents des consommateurs occidentaux par de l’épargne venue de pays en développement, ne sont probablement pas compatibles à moyen terme avec des politiques budgétaires, économiques et fiscales purement nationales et souvent clientélistes. La perte de confiance qui en résulte est rationnelle et naturellement adressée aux responsables politiques en priorité.
Il est à cet égard bien visible que ni le secret bancaire, ni les rémunérations des dirigeants, ne sont véritablement à l’origine de cette crise. Ces deux sujets constituent de toute évidence des cibles faciles et politiquement de nature à détourner pour un temps l’attention populaire des responsabilités les plus lourdes. Souvent, et parfois dans les moments historiquement les plus délicats, il a été d’usage de désigner une minorité muette à la vindicte populaire, afin de lui faire expier des erreurs en réalité politiques : la crise d’aujourd’hui ne diffère semble-t-il pas des précédentes. Mais que se passera-t-il lorsque l’on voudra maitriser ce processus et que chacun devra alors faire face à ses propres contradictions ? L’attrait du secret bancaire est peut-être proportionnel à la perte de confiance des citoyens vis-à -vis de leur propres dirigeants et casser le thermomètre ne modifiera malheureusement pas la température. S’ils envisagent d’être mieux respectés et mieux soutenus, les responsables politiques actuels devraient d’abord chercher à gagner en crédibilité …
En matière de secret bancaire, frapper d’abord les pays les plus petits, et surtout les plus absents, d’une réelle opprobre alors que les USA, la Grande Bretagne et la Chine échappent miraculeusement à cette rafle est à la fois peu courageux mais également significatif des réelles motivations de cette entreprise : détourner l’attention et confisquer graduellement aux citoyens leur droit à la sphère privée. De telles méthodes sélectivement appliquées à l’encontre des pays les plus petits ne renforcent pas la crédibilité de ceux qui les emploient car un contribuable rationnel peut légitiment s’imaginer que les mêmes méthodes pourront bientôt lui être également administrées. Si la coercition et la menace permettent actuellement à de grandes puissances de dicter leur loi à des pays plus faibles ou plus isolés, l’objectif d’un tel procédé n’en est aujourd’hui pas plus légitime qu’il ne l’était autrefois en d’autres circonstances. Il ne s’agit pas tant de moral que de rapports de force et les objectifs apparaissent infiniment plus stratégiques qu’éthiques. D’abord parce qu’il faudra bien financer les multiples plans de relance actuellement discutés, et qu’après avoir souffert en tant qu’épargnants, les populations occidentales subiront certainement bientôt la « double peine » en tant que contribuables. En désignant une petite minorité de soi-disant fraudeurs, on fait croire à ces populations que cette action allègera le fardeau du plus grand nombre : il n’en est malheureusement rien, bien au contraire. En entamant le droit de chacun a un niveau minimum de discrétion financière, on entame en réalité un peu plus la capacité de résistance des individus face aux administrations les plus puissantes : sans le contre-pouvoir du secret, ces administrations auront au contraire de moins en moins d’incitation à la rigueur budgétaire ou au respect de principes démocratiques élémentaires. Au delà des cas avérés de fraudes ou de blanchiment, qui nécessitent bien évidemment les actions les plus vigoureuses, il est donc particulièrement dangereux de confondre bonne gouvernance avec abolition dogmatique du secret.
La discrétion est en effet un élément important des affaires et parfois même une motivation des échanges : quelle société commerciale fournirait de façon transparente la liste complète de ses clients et tarifs à ses compétiteurs sans se mettre immédiatement en danger ? Comment peut-on s’assurer efficacement contre la perte d’emploi, ou la maladie si une partie des informations personnelles et confidentielles n’est pas conservée entre les seules mains de l’assuré ? Comment organise-t-on une élection équitable si les premiers résultats sont déjà connus des électeurs n’ayant pas encore voté ? Bien au delà des éléments techniques, un certain niveau de confidentialité est souvent désirable et bénéfique au plus grand nombre alors que le prétexte facile de la chasse aux fraudeurs recèle de nombreux effets pervers. Dans l’avenir, comment expliquera-t-on en effet que le secret s’applique encore lorsque des écoles ou des hôpitaux accueillent des populations en situation irrégulière sur le territoire, comment expliquera-t-on que le secret s’applique encore lorsqu’un employeur, un organisme social ou un assureur voudront connaître la situation médicale d’un individu supposé fraudeur, comment expliquera-t-on que le secret s’applique encore en matière de défense nationale pour protéger une industrie d’armement génératrice d’emplois ou défendre des intérêts nationaux. Les exemples sont nombreux pour associer aujourd’hui la notion de secret avec celle de liberté individuelle. Des journalistes aux prêtres en passant par les juges, tous savent dans quelle mesure le droit au secret protège souvent les plus faibles vis-à -vis d’un pouvoir politique ou économique plus puissant.
Accepter aujourd’hui que l’on s’attaque au secret, fût-il bancaire, et de manière aussi bassement opportuniste que ce fut le cas récemment, c’est accepter inévitablement le risque de main mise par des administrations publiques sur nombre de nos libertés individuelles. Cette perspective est particulièrement inquiétante au moment précis où les Etats, et autres fonds souverains, prennent graduellement le contrôle de nombreuses banques et organismes financiers dans le monde. N’y aura-t-il pas à l’avenir un conflit d’intérêts majeur entre ces entreprises et leur principal actionnaire, comme ce fut le cas autrefois dans les domaines de l’énergie, des télécommunications, des transports, ou des médias ? Cette offensive pour la transparence et la réglementation ne va-t-elle pas aboutir à une distorsion de concurrence peu compatible avec les principes de l’OMC ou de la libre compétition en Europe.
Face à cette menace, il serait de bon ton que cette croisade s’accompagnât également du droit des citoyens à s’exprimer et en particulier à voter directement leurs propres impôts par référendum, procédure qui n’existe aujourd’hui que dans un nombre très limité de pays, dont .. la Suisse. L’agression dont ont récemment été victimes les petits pays à l’occasion du G20 de Londres est probablement un prémisse de celles dont seront victimes demain les simples citoyens ; cependant au delà des banques ou du chocolat, suisses comme luxembourgeois ou belges partagent depuis longtemps une ressource qui fait aujourd’hui gravement défaut aux grandes puissances hégémoniques : une excellente mémoire.
"Ginglick"