Les Créateurs de Possibles: Balade dans un site déjà mort

Ordinateur décédé /youngthousands via Flickr CC License By

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Le réseau social de l'UMP qui devrait fermer officiellement mi-janvier est mort depuis bien plus longtemps.

Les Créateurs de possibles, le réseau social de l’UMP, c’est presque fini. Le site lancé en grande pompe en novembre 2009 devrait fermer ses portes mi-janvier. Pourtant, il aura coûté plus de 550.000 euros en création et coût de fonctionnement. Au départ, il devait permettre aux sympathisants UMP et aux internautes en général d’échanger leurs idées, de proposer des actions et d’éventuellement relayer des actions sur le terrain.

Énorme échec, le site n’a jamais trouvé son public, malgré les injonctions de s’inscrire aux jeunes militants de la part du président des jeunes Populaires, Benjamin Lancar. Jean-François Copé, le nouveau patron de l’UMP, qui fait en ce moment l’inventaire de ce que lui a laissé son prédécesseur et meilleur ennemi Xavier Bertrand, jugerait que ce site a eu un rendement quasi-nul.

Pourtant, en 2012, à la manière de la campagne américaine avec mybarackobama.com, la campagne participative sur Internet risque d’être intense. L’UMP n’a donc plus beaucoup de temps pour se réinventer une stratégie Web et elle ne pourra sans doute plus multiplier «les projets phares».

Visite guidée

En attendant, visite des Créateurs de possibles, un an après, petite fouille dans les décombres d’un site bientôt aux oubliettes pour un moment. Depuis le lancement, et une inscription précoce pour voir, comme pour le site la CooPol du PS, je n’y étais pas retourné. Il faut dire que je n’avais jamais non plus reçu d’emails pour m’annoncer tel ou tel évènement.

Les thèmes traités, créés par les membres en théorie, sont tous de droite bien évidemment. Certains permettent de remonter à contre-temps l’actualité nationale, d’autres sont plus intemporels. Si l’on regarde les plus récents, on tombe ainsi sur, par exemple, le dernier en date au moment d’écrire ces lignes: «L'application stricte du devoir de réserve et de la présomption d'innocence ne sont possibles qu'à la condition d'accès aux sources d'information»

Vous n’avez pas compris, c’est normal. Voilà un peu plus d’explications:

Certaines personnes vendent des informations aux médias ou les leur communiquent pour des raisons idéologiques au mépris de leur devoir de réserve et du respect des procédures judiciaires. La présomption d'innocence, est alors bafouée et les mises au point ultérieures n'enlèvent aucunement le préjudice subi par les intéressés.

Il est donc normal que ceux qui ont subi un préjudice puisse exiger les sources d'informations aux médias et sites Internet afin de s'en prévaloir pour obtenir des dommages et intérêts a à l'encontre des médias et des auteurs lorsque leur innocence est confirmée.

Ce sujet date du 20 décembre, donc il y a une semaine, il n’a pas eu de réponses, comme pour «Faciliter le développement des petites entreprises», créer juste avant. Globalement, quand les débatteurs sont chanceux, il y a eu cinq remarques, au mieux.

60 réponses pour «Sarkozy», 0 pour «Wikileaks»

La plupart des initiatives proposées sont franco-centrées, et les sujets les plus polémiques ne semblent pas avoir suscite l’enthousiasme des foules. Si l’on utilise l’outil recherche, aucune réponse pour Wikileaks, rien sur Karachi, une seule occurrence sur Bettencourt –«Je suis outrée par ce qui s'est passée chez Liliane Bettencourt, d'abort rentré chez elle sans que son avocat ou une autre personne soit présent en plus abimer ses coffres, un peu de respect quand même»–, trois sur Woerth, une sur Mediapart. Au contraire, «retraites», «emploi» ou «jeunes» sont les occurrences qui comptent le plus de succès, renvoyant à chaque fois à près de 200 résultats.

Le mot «Sarkozy» renvoie lui à 60 initiatives. Les trois premières sont d’ailleurs plutôt opposées au président. Créé le 8 août, par Stéphane B, le Comité de soutien au collectif Droite Populaire veut relayer l’initiative de «37 députés qui lancent le collectif Droite populaire pour récupérer les déçus du sarkozysme». Quatre personnes ont rejoint ce groupe. Le second, créé en juin, République Solidaire, est là, évidemment «Pour soutenir Dominique de Villepin dans son combat pour l'avènement d'une République Solidaire...» Tandis que le troisième souhaite «l'organisation de véritables primaires populaires à droite pour 2012».

Ne soyons pas mauvais cliqueurs, certaines «initiatives» créées ont connu un certains succès, avec des nombreux commentaires: Responsabiliser les parents d'enfants qui ne sont pas assidus à l'école, un bon vieux thème sarkozyste, est la discussion la plus populaire. Il a d’ailleurs été créé en novembre 2009, soit, bizarrement, avant le lancement officiel du site en janvier 2010, peut-être a-t-il profité d’un effet d’aubaine. Six des dix «initiatives» les plus commentées ont d’ailleurs été créées ce mois-là, trois autres en janvier 2010.

Pas de discussion, de photos ou d'évènements

En plus de la discussion sur «Responsabiliser les parents», un groupe Facebook a été lancé (1.500 membres) et une pétition pour dire oui à la responsabilisation des parents, avec une intervention filmée de Xavier Bertrand. Le créateur à l'origine de l'initiative est Louis Pelletier, 35 ans, qui aime Paris, les nouvelles technologies, le vin et qui n’aime pas, les «bobos», les extrémistes et le rap. L’initiative recueille plus de 600 commentaires, il n’y a pas vraiment de discussion, plus une longue litanie de remarques qui tombent dans le vide du Web, à peu près toutes pour l’idée qu’il faut supprimer les allocs aux parents des enfants absents/délinquants/toxicos. Parfois, cela n’a rien avoir avec le sujet, comme Laure Marie, qui explique «qu’acheter-français permettra de savoir-faire de grande qualité des salariés qui travaillent dans la confection de Luxe». Mais bon, un site n’existe pas vraiment s’il n’a pas de trolls.

La plupart des témoins n’avaient d’ailleurs pas mis de photos, peut-être n’y avait-il jamais cru. Beaucoup se sont juste inscrits, sans remplir les diverses informations demandées, ce qui veut sans doute dire qu'ils se sont inscrits une fois puis ne sont jamais revenus. Surtout, les informations qu'ils donnent en masse à Facebook, ils semblaient plus réticents à les donner à un Parti politique. On comprend la volonté des créateurs de demander ce que vous aimez ou pas, mais c'est sans doute plus facile à proposer que de convaincre.

Même tous les politiques de l'UMP n'ont pas joué le jeu. Chantal Jouanno qui est dans les «contacts à découvrir», n'a ainsi pas mis de photo ni de renseignements personnels. Elle n'a pas d'amis et n'a pas créé d'initiatives. Mais au moins est-elle là! Pas de Baroin, ni de Fillon, ni de Dati ou de Bruno Lemaire, les principaux cador de l'UMP sont globalement absents. Nicolas Sarkozy n'a pas de fiche perso, mais Jean Sarkozy en a une (si c'est bien lui), pas de photos et zéro ami. Xavier Bertrand, qui avait porté le projet, est lui plus présent: Il a 98 amis, 45 ans, il aime «Saint-Quentin», le volontarisme, le travail, il n'aime pas le «ça ne marchera jamais», la «malhonnêteté», «l'arrogance». 

Finalement, comme prévu malheureusement pour l’UMP, tout donne l’impression d’un site qui ne vit pas, qui n’a pas su créer sa communauté (si cette expression veut dire quelque chose), en un mot, un échec.

Un regard sur la carte des évènements suffit pour être définitivement convaincu: absolument aucun initiative n’est prévue, dans aucune région. L’actuel Secrétaire d’Etat au Logement: Benoist Apparu, fervent défenseur du site au moment de sa création, s’est ainsi interrogé sur Rue89:

«Nous avions une intuition: faire un outil pour que les gens s'engagent en politique par Internet. Est-ce que c'est l'analyse qui était fausse ? Les outils ? Je ne sais pas. Mais quand une initiative ne marche pas, il faut savoir en tirer les conséquences».

D’ici 2012, l’UMP ne pourra sans doute pas se permettre de perdre 500.000 euros à chaque fois. Entre cet échec, le LipDub, et à gauche la relative confidentialité de la CooPol (il est vrai orienté seulement vers les militants) ou le formidable bide du site Désirs d’avenir, première version, les partis politiques semblent bien loin d’être prêts à contrôler la campagne électorale sur Internet. Tant mieux sans doute pour les trolls, nous simples internautes, et le débat.

Quentin Girard

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