Economie

L'année 2011 sera celle du chômage

Stéphanie Villers, mis à jour le 03.01.2011 à 9 h 51

Croissance faible et réduction des déficits publics auront un impact sur l'emploi.

File d'attente devant une agence pour l'emploi à Madrid. Paul Hanna / Reuters

File d'attente devant une agence pour l'emploi à Madrid. Paul Hanna / Reuters

Le chômage en France ne fait pas l'objet de toutes les attentions et de toutes les craintes. La crise économique qui s’est abattue dès 2008 en France a rapidement viré en crise de la dette publique avec pour conséquence immédiate la nécessité de réduire les déficits.  Des mesures drastiques ont été prises pour 2011, on sait que tout le monde va devoir passer à la caisse, que ce soient les entreprises ou les ménages pour réduire le cumul abyssal de la dette publique.  Le coût de l’effort fiscal qui sera demandé, aura sans aucun doute un effet sur l’emploi, mais pour l’heure personne n’en parle…

On connaît l’adage trop d’impôt, tue l’impôt. Il ne faut pas oublier que cette équation passe par la case emploi. Les entreprises françaises ont déjà du mal à investir, on sait que notre croissance est essentiellement tirée par la capacité des ménages à dépenser. Alors accroître les prélèvements va, sans aucun doute, freiner les sociétés à investir et les particuliers à consommer. Par quel miracle, pourrions-nous envisager l’inverse? Rien ne sert de jouer les oiseaux de mauvais augure mais une question se pose tout de même: Comment une hausse des impôts associée à une baisse des transferts sociaux dans un contexte de croissance atone pourrait ne pas avoir d’effets dévastateurs sur l’emploi?

Pour l’instant, personne ne s’en émeut. Il est préférable de ne pas parler de sujets qui fâchent …  Le gouvernement ferme les yeux en particulier à Bercy mais la menace d’une résurgence du chômage est logiquement inévitable. Il faudrait pour que le taux des sans emploi recule que les entreprises françaises deviennent compétitives pour que leurs exportations repartent et qu’elles aient de nouveau envie d’investir et d’embaucher localement. En résumé, il faut que la croissance se dynamise. Or, nous sommes bien incapables en France de relancer seuls la machine.

Le scenario d’une reprise du chômage pouvait être anticipé depuis bien longtemps. A partir du moment où l’Etat est intervenu massivement pour enrayer l’hémorragie sur la sphère financière, on savait que cela aurait un coût sur nos impôts.  Mais augmenter les prélèvements en période de crise n’a jamais rapporté en termes de croissance et d’emplois. On nous annonce la disette en matière de dépenses publiques, le gouvernement a compris que les marchés financiers attaqueraient tant que des mesures drastiques sur le budget de l’Etat ne seraient pas prises. Mais toutes ces mesures aussi nécessaires soient elles, ne pourront être indolores sur l’emploi.

Déjà, avec une croissance de 1,6% sur l'ensemble de l'année 2010, les piètres créations d’emplois (environ 100.000 nouveaux postes) n’ont rien pu pour enrayer la hausse des personnes à la recherche d’un travail.  Comme dans toutes les périodes creuses, le taux de chômage a augmenté. Il avait pourtant notablement reculé auparavant. Cette embellie qui a duré près de trois ans avait ramené le taux de chômage à 7,8% de la population active en 2008. Aujourd’hui, on recense 2,69 millions d’inscrits au pôle emploi soit un taux de chômage de 9,7%.  L’ancienneté moyenne des demandeurs d’emploi fin octobre 2010 a atteint 440 jours, soit en constante augmentation depuis le début de la crise. La durée moyenne d’inscription sur les listes de Pôle emploi des demandeurs d’emploi sortis de catégories A, B, C, augmente également de manière inquiétante pour atteindre les 218 jours. Mais cette fois-ci, le chômage ne fait pas la une,  les sans emploi ne font  pas parler d’eux… pour laisser la place à la problématique des dettes publiques.

Pour autant,  ne soyons pas dupes. Le chômage a de fortes chances de ressurgir et reprendre le devant de la scène en 2011. A moins que les entreprises et dans une moindre mesure les ménages reprennent confiance dans la politique économique imposée par l’actuel gouvernement. Est-ce vraiment envisageable ? Avec ce scenario peu probable,  La nouvelle voie de la rigueur devrait alors réconforter les entreprises françaises pour leur donner de nouveau envie d’investir sur le long terme et de croire au potentiel de leur pays. Mais, là encore, le gouvernement devrait se donner davantage les moyens de communiquer et d’expliquer pour diffuser la bonne parole. Mais, les politiques ont déjà les yeux rivés sur 2012 et 2011 a de fortes chances d’être une année de trop pour les chômeurs.

Stéphanie Villers

Photo: File d'attente devant une agence pour l'emploi à Madrid. Paul Hanna / Reuters

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