Economie

Quand la Chine et l'Inde seront des pays développés

Marie-Laure Cittanova , mis à jour le 01.01.2011 à 9 h 29

Une classe moyenne est en train de s'imposer dans les deux pays les plus peuplés au monde et cette révolution transforme l'économie mondiale. Pas forcément pour le pire.

Dans une usine de Ganzhou, en juin 2010. REUTERS/Bobby Yip

Dans une usine de Ganzhou, en juin 2010. REUTERS/Bobby Yip

Admettons que tout se passe bien. Après tout, la période des fêtes est propice à un exercice d’économie fiction enfin optimiste. Admettons, donc, que la Chine réussisse à réorienter en douceur son économie la rendant plus autonome et moins dépendante des exportations.

Cela commence par maitriser son inflation, comme elle tente de le faire en relevant ses taux d’intérêt. Il lui faut en effet revenir de 5,1% de hausse annuelle des prix en novembre à 3%, son objectif. Pour réussir, elle devra encore resserrer sa politique monétaire. Trois nouvelles hausses de taux devraient donc avoir lieu en Chine en 2011, selon une étude de Natixis. Dans le même temps, Pékin vient d’autoriser une nouvelle hausse, importante (21%), du salaire minimum chinois et des retraites. On voit le pays s’acheminer doucement aussi vers un allègement des contraintes qui pèsent sur les travailleurs de la campagne qui migrent vers les villes. Le gouvernement chinois cherche clairement à convertir son économie. Il cherche à passer d’un système productif entièrement tourné vers l’exportation de biens industriels de masse à faible valeur unitaire à un système davantage orienté vers les besoins des ménages chinois, encouragés à consommer.

Si tout se passe comme anticipent les autorités chinoises, le monde sera ainsi très différent dans dix ans. La Chine sera un pays plus prospère, malgré le vieillissement de sa population, qui a déjà commencé. Le pays paye la politique de l’enfant unique mise en place dans les années 1980, et les jeunes arrivant sur le marché du travail sont moins nombreux. On peut imaginer que le salaire chinois, actuellement de 130 euros par mois, sera plus proche dans une décennie des minimas européens. La Chine produira alors des biens contenant davantage de valeur ajoutée qu’aujourd’hui, grâce à ses acquis technologiques et à une population mieux formée. Les biens de masse du type textile ou jouets viendront alors d’autres pays d’Asie comme le Vietnam ou le Laos.

Le monde se divisera alors en une zone riche, composée des Etats-Unis et de l’Europe, suivie de près par des émergents développés, conduits par la Chine et l’Inde, et comprenant aussi le Brésil et quelques autres pays d’Asie et d’Amérique latine, et peut être l’Afrique du sud. La troisième zone sera celle des nouveaux émergents, en Asie du sud est comme en Amérique latine et bien sur en Afrique.

L’évolution des émergents aura une forte influence sur la zone riche: les salaires des travailleurs devraient y croître rapidement, si bien que les biens qu’ils exporteront aux Etats-Unis et en Europe seront plus chers. Les ménages occidentaux vont donc devoir payer davantage pour accéder à ces biens, de même qu’ils devront acquitter des tarifs de plus en plus élevés pour l’énergie et les matières premières, que les différentes zones vont se disputer de plus en plus âprement… Bien sûr, on peut penser qu’une politique environnementale plus volontariste pourrait atténuer le phénomène, mais au vu des résultats de la réunion de Cancun contre le réchauffement climatique, on ne peut pas vraiment miser là-dessus. Inversement, certaines fabrications seront sans doute relocalisées… ou transférées vers d’autres pays où les salaires seront encore faibles. Les échanges vont donc subir de nouvelles transformations, et les routes commerciales se modifier. Parallèlement, le développement d’une nouvelle classe moyenne dans les pays émergents pourrait créer de nouveaux marchés pour les technologies, le luxe et les produits touristiques des zones les plus développées.

Indépendamment des changements technologiques à venir et de l’évolution géopolitique, la révolution économique en marche n’a pas fini de nous surprendre. Bien entendu, il s’agit là d’une esquisse des tendances lourdes qui sont à l’œuvre. Car au jour le jour, bien des événements peuvent venir modifier ce schéma de développement. Seule certitude, le monde économique de 2020 sera très différent et pas forcément plus angoissant ou incertain peut-être même plus stable et équilibré. On a le droit d'être optimiste!

Marie-Laure Cittanova

Photo: Dans une usine de Ganzhou, en juin 2010. REUTERS/Bobby Yip

Marie-Laure Cittanova
Marie-Laure Cittanova (35 articles)
En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l’utilisation de cookies pour réaliser des statistiques de visites, vous proposer des publicités adaptées à vos centres d’intérêt et nous suivre sur les réseaux sociaux. > Paramétrer > J'accepte