France

Voeux: si Sarkozy avait copié les autres présidents

Jean-Marie Pottier, mis à jour le 16.02.2012 à 12 h 41

Faute de connaître à l'avance le discours que le chef de l'Etat a prononcé vendredi, nous avions écrit le nôtre à partir de phrases empruntées aux voeux présidentiels depuis 1959

Nicolas Sarkozy lors de ses voeux du 31 décembre 2007 (REUTERS/France 2). En méd

Nicolas Sarkozy lors de ses voeux du 31 décembre 2007 (REUTERS/France 2). En médaillon, les portraits officiels de Charles de Gaulle (par Jean-Marie Marcel), Georges Pompidou (par François Pagès), Valéry Giscard d'Estaing (par Jacques-Henri Lartigue), François Mitterrand (par Gisèle Freund) et Jacques Chirac (par Bettina Rheims)

La principale innovation des voeux 2011, que Nicolas Sarkozy a prononcé le 31 décembre 2010, aura été leur diffusion en direct sur Dailymotion en même temps que sur les principales grandes chaînes. Le président n'a pas fait pas aussi fort que Valéry Giscard d'Estaing (qui avait prononcé ceux de 1975 en couple) ou François Mitterrand (qui les avait délocalisés à Strasbourg en 1988 pour rendre hommage à l'Europe et à au bicentenaire de la Révolution). Cela dit, les voeux présidentiels, au-delà du contexte politique, sont aussi par définition une affaire de rituel, et parfois de répétitions. Slate.fr a décidé de prendre cette idée au mot en élaborant un texte de voeux pour Nicolas Sarkozy à partir de phrases coupées-collées des voeux prononcés par lui et ses cinq prédécesseurs de 1959 à 2009. Pour chaque paragraphe, vous pouvez cliquer sur la petite croix pour une courte explication de texte.

***

«Françaises, Français, je souhaite, en notre nom à tous, une bonne année à la France.

Et je suis rempli de l'espoir que cette année nous sera propice parce que nous avons fait beaucoup au cours de celle qui finit.

2010 fut une année de débats et, pour certains, l'occasion d'exprimer leur insatisfaction et leurs inquiétudes. Il n'est pas facile de réformer, je le sais, la crise que nous venons de traverser l'a rappelé. Au-delà de la défense d'intérêts particuliers, elle a mis en lumière des inquiétudes, des angoisses face au chômage, face à des réformes trop longtemps différées, face à un avenir incertain. Mais il n'y a pas de vrai dialogue social sans culture de la responsabilité: ne pas porter atteinte à l'intérêt général au nom d'intérêts particuliers, ne pas tout attendre de l'Etat, accepter le principe de la réforme à condition qu'elle soit juste et concertée. La réforme des retraites, qui concerne tout le monde et qui seule permettra de garantir à chaque Français une bonne retraite, est une chance pour tous.

Reconnaissons-le, cette crise a pu éveiller, chez certains, quelques doutes par rapport aux espoirs que mon élection a fait naître. Eh bien non! Ces espoirs, je les porte. Ils ne seront pas déçus. Il y aura bientôt quatre ans que la France, ayant quitté le chemin du déclin, a pris la route qui monte. On sera surpris, quand les passions se seront apaisées, de la somme d'initiatives, de réalisations engagées par le gouvernement. Il est normal que le pouvoir en place paie dans l'opinion publique le prix de son courage. On lui rendra justice plus tard, c'est la règle!

En 2011, il va nous falloir faire reculer le chômage et l’exclusion, réduire nos dépenses courantes pour nous permettre d’accroître nos dépenses d’avenir, relever le défi de la dépendance, qui sera dans les décennies à venir l’un des problèmes les plus douloureux auxquels nos familles seront confrontées. Il nous faudra produire plus, produire mieux, c'est une nécessité. Il y faudra l'effort de tous, de la constance, de la confiance en soi: il y faudra encore et toujours des réformes. Réforme de la fiscalité, qui doit cesser de freiner la volonté d'agir. Réforme de nos structures industrielles, afin que nous soyons capables de reconquérir notre marché intérieur et de distancer sur leur propre terrain nos concurrents étrangers.

Nous avons traversé une crise sévère, mondiale, mais le ciel de l’économie s’éclaircit. A quelques signes, on reconnaît que cette crise commence à refluer lentement, comme une inondation qui se retire. Notre croissance a été trop faible cette année pour faire reculer le chômage, ce qui est mon objectif essentiel, mais elle repart et elle sera plus forte en 2011.

Par ailleurs, la violence, qui recule grâce à l'action du gouvernement, est loin d'avoir disparu. Elle trouble tous ceux et toutes celles d'entre vous qui ne demandent qu'à vivre en paix et à travailler avec tranquillité. La sécurité générale ne peut protéger personne contre un accident, une maladie, un malheur imprévu, mais l'insécurité générale comporte de terribles risques pour tout le monde dans ses biens, dans sa situation, dans ses libertés. L'éducation, la prévention sont indispensables, mais vous savez aussi que la sanction ne l'est pas moins. Je rappelle que la sécurité est la première des libertés.

Ce soir, mes pensées vont aussi vers toutes celles et tous ceux qui, chez nous, cette année, ont été cruellement touchés par les incendies et par les inondations. Et comment ne pas penser aussi à ces drames au-delà de nos frontières, et en particulier au tragique tremblement de terre en Haïti? Comment ne pas penser aux autres qui sont seuls et qui souffrent, privés d'espoir ou de travail, malades, otages victimes de l'injustice de la vie, ou pire, de l'injustice des hommes?

2010 fut en effet marquée dans le monde par l'instabilité, les tensions et les crises: les guerres en Irak et en Afghanistan, les attentats et les violences au Proche-Orient, les troubles en Côte d'Ivoire... Partout, la France a assumé fortement et clairement ses responsabilités pour la paix et pour le respect du droit. Elle continuera à agir en ce sens.

De même, au-delà des difficultés qui ont toujours émaillé la construction européenne mais qui ne l'ont jamais arrêtée, elle continuera à porter une grande ambition pour une Europe au service de tous les citoyens. Cette année, le grave déséquilibre de nos économies nous a conduits à une crise monétaire qui risquait de nous faire passer sous la dépendance des prêteurs étrangers et suscitait la joie odieuse des spéculateurs de la finance, de la politique, de la presse, qui jouaient notre déconfiture. Avec tous nos partenaires, nous avons trouvé un bon accord. L’Europe subira, dans les mois qui viennent, de rudes assauts. Elle a besoin qu'on l'aide et que l'on y croie.

Pendant les douze prochains mois, la France assurera aussi la présidence du G8 et du G20. Partout, je m'efforce d'affirmer l'image d'un pays ouvert sur l'évolution du monde, indépendant et fier mais fraternel, actif mais respectueux de la liberté et de la dignité des autres. Cette France vivante et forte, cette France accueillante, apaisée, elle sera la nôtre grâce aux choix que nous avons faits : choix de l'Europe, choix de la modernité, respect de l'identité française. Une France rassemblée, ayant confiance en elle, regardant l’avenir comme la promesse d’un accomplissement, voilà le vœu que je forme pour notre pays.

Je ne promets rien d'autre à personne que la poursuite, sans faiblesse, de l'effort de redressement national où nous sommes engagés. Je mets toutes mes forces au service de cette ambition qui est aussi celle du Premier ministre, auquel je tiens à rendre hommage pour l'action courageuse qu'il a menée avec détermination dans des circonstances particulièrement difficiles.

Du fond du cœur je présente à chacun d'entre vous mes meilleurs vœux pour 2011. Vive la République, et vive la France !»


A notre connaissance, il n'existe pas de base de données officielle des voeux présidentiels. En revanche, il est possible d'accéder au texte de tous les voeux de 1959 à 2007 sur la page personnelle de Jean-Marc Leblanc, chercheur en sciences du langage et spécialiste des voeux présidentiels. Il est également possible de visionner la plupart des voeux sur le site de l'Ina.

Jean-Marie Pottier

Jean-Marie Pottier
Jean-Marie Pottier (944 articles)
Rédacteur en chef, responsable de la newsletter politique «Le Jour d'après». Auteur de «Indie Pop 1979-1997» et «Ground Zero. Une histoire musicale du 11-Septembre» (Le Mot et le Reste).
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