Monde

Vers une nouvelle guerre à Gaza?

Jacques Benillouche, mis à jour le 31.12.2010 à 9 h 49

Le Hamas a rompu la trêve tacite avec Israël, à la fois pour ressouder la population de Gaza contre l'ennemi commun, pour ne pas se faire déborder par des groupes plus extrémistes et pour donner des gages à son mentor iranien.

Conférence de presse des brigades Al-Qassam Mohammed Salem / Reuters

Conférence de presse des brigades Al-Qassam Mohammed Salem / Reuters

Après une longue accalmie, le Hamas a décidé de réactiver le front de Gaza car il craint que la population de la bande terre coincée entre Israël et l'Egypte, à l’instar de celle de Cisjordanie, se complaise dans une situation de ni-guerre ni-paix qui démobilise les militants islamistes. Le mouvement islamiste a donc décidé de rompre le cessez-le feu tacite, en vigueur depuis la fin de l’opération militaitre israélienne «plomb durci» de 2009.

Les tirs aveugles de fusées Qassam ont donc repris contre les villes israéliennes. L’armée vient même de révéler qu’une roquette anti-char sophistiquée de fabrication russe de type Kornet a été tirée contre un blindé israélien prouvant que des missiles de nouvelle génération ont été livrés par l’Iran à travers les tunnels reliant la bande de Gaza à l’Egypte. Nos informations, confirmées par les fuites de WikiLeaks, montrent que l’Iran envoit des armes à Gaza via le Soudan. Depuis le 19 décembre, 3 roquettes et 18 obus de mortier ont été tirés vers le sud d'Israël. Le chef d’Etat-major israélien a estimé que « la situation dans la bande de Gaza est volatile. Rien ne nous permet de garantir qu’elle ne va pas de nouveau se dégrader.» Jusqu'où?

Représailles

Certes, des actions de représailles visant les tunnels de contrebande ont été entreprises par l’aviation qui a aussi lancé des raids contre une base d’entrainement de la branche armée du Hamas, les brigades Azzedine El-Qassam, en faisant au moins cinq morts parmi les combattants. Mais il semble qu’Israël ait choisi, dans un premier temps, la voie diplomatique puisqu’il veut impliquer, sans conviction, l’Onu afin de montrer sur le plan international qu'il n'est pour rien dans l’escalade de la violence.

Cette stratégie a été directement mise en place et orchestrée par Khaled Mechaal, leader du Hamas à Damas, qui veut démontrer qu’il contrôle totalement le mouvement intégriste de Gaza ainsi que ses toutes ses branches affiliées. A l’occasion du 23ème anniversaire de la fondation du Hamas, il a réitéré le 13 décembre l’objectif palestinien de recouvrer toutes les terres entre le Jourdain et la mer Méditerranée impliquant la destruction d’Israël. Le Hamas a célébré à Gaza cet anniversaire par une manifestation qui se voulait imposante mais les témoins locaux ont confirmé que les militants étaient peu nombreux au rendez-vous. Le Hamas commence à pâtir d’une érosion de son image de marque auprès d’une population de Gaza marquée par les excès de ses forces de sécurité.

Le Hamas et ses associés du Djihad islamique et des cellules d'al-Qaida ont délibérément organisé des attaques contre Israël après avoir reçu des instructions précises du leader en exil à Damas. Khaled Mechaal tenait à attirer l’attention de son parrain iranien qui, en raison de ses problèmes intérieurs, rechigne à financer le Hamas. Jusqu'où le Hamas est prêt à aller pour prouver son utilité à Mahmoud Ahmadinejad. Les israéliens s’inquiètent en tout cas à la fois de la précision des nouveaux matériels militaires récemment acquis par le Hamas et surtout de l’audace des militants islamiques qui s’attaquent à présent directement  à des cibles militaires, comme le démontre les tirs de mortier du 20 décembre.  

Temporisation

Tandis que le Hamas se prépare à une épreuve de force, la modération du premier ministre Benjamin Netanyahou et surtout de son ministre de la défense, Ehud Barak, qui s’abstiennent  de toute action de dissuasion, ne manque pas d'étonner en Israël.  Pourtant le vice-ministre de la Défense, Matan Vilnaï, a estimé que «nous sommes au début d'une guerre d'usure à la frontière avec la bande de Gaza. Les tirs de Qassam de ces derniers jours proviennent d'éléments encore plus extrémistes que la Hamas, comme le Djihad islamique, qui tentent d'entraîner le Hamas dans une confrontation avec Israël».

Le débat est ouvert au sein même des forces armées israéliennes. Certains  responsables modèrent la gravité de la situation. Selon le commandant militaire de la région sud «les tirs d’obus de mortier provenant de la bande de Gaza ne signifient pas forcément que la situation risque de se dégrader prochainement dans la région». Il ne croit pas à une volonté immédiate d’embraser la région car le Hamas tire profit de l’accalmie relative de ces deux dernières années pour se consolider, pour se réarmer et pour renforcer son potentiel. D’autres laissent entendre que Tsahal devrait intervenir pour faire cesser ces attaques régulières contre les agglomérations israéliennes.

Tsipi Livni, la chef centriste de l’opposition, qui n’est pas suspecte d’activisme, exige des mesures fortes immédiates: «Ce n’est pas le problème d’Israël que de savoir quelle est l’organisation terroriste qui se cache derrière les tirs. C’est le Hamas qui règne dans la bande de Gaza et c’est à lui d’assumer la responsabilité de ces agressions.» Son adjoint au parti Kadima, le président de la commission des Affaires étrangères et de la Défense de la Knesset, Chaoul Mofaz, a appuyé cette déclaration: «Nous ne pourrons accepter la reprise des bombardements. Si la violence continue de s’intensifier dans le sud du pays, nous ne pourrons pas rester les bras croisés, et il faudra entreprendre une action de grande envergure. Le moyen qui peut apporter un changement à cette situation consiste à écraser le pouvoir du Hamas.»

Le premier ministre du Hamas Ismaël Haniyeh et l’idéologue de l’organisation Mahmoud Zahar se sont rapprochés des amis de Mechaal, le ministre de l’intérieur Fathi Hamad et le commandant des brigades Al-Qassam, Ahmad el-Jabary qui ont conjointement décidé qu’il n’y aurait aucune négociation pour la libération du soldat Gilad Shalit parce qu’il représente pour eux une assurance sur la vie.

En fait, il semble que les israéliens attendent beaucoup du nouveau chef d’Etat-major, Yoav Galant, qui prendra ses fonctions au début de l’année 2011. Ce général avait commandé les troupes israéliennes de l’opération « plomb durci » et il n’avait pu faire admettre alors à son gouvernement son projet d’envahir la totalité de la bande de Gaza pour extirper les dirigeants du Hamas et les remplacer par un ami d’Israël, Mohammed Dahlan, homme de la CIA et du Mossad, ancien homme fort de Gaza, qui rêve toujours d’en découdre avec le Hamas pour restaurer son autorité et celle de l’Autorité palestinienne sur son ancien fief. Mais Mohammed Dahlan semble aujourd'hui dans une posture particulièrement délicate puisqu'il a été suspendu du Comité central du Fatah jusqu'à la fin d'une enquête sur l'origine de sa fortune.

Il est à craindre que la modération dont fait preuve à l’heure actuelle le gouvernement israélien ne cache en fait des préparatifs militaires pour porter un coup qui se voudrait fatal au Hamas pour le grand bénéfice aussi de l'Autorité palestinienne et de l'Egypte. Les secrets de WikiLeaks attestent de l’intérêt des palestiniens de Cisjordanie à mettre fin à cet abcès de fixation. La fin de l’année pourrait bien ressembler à celle qui prévalait à la même période en 2009.

Jacques Benillouche

Photo: Conférence de presse des brigades Al-Qassam Mohammed Salem / Reuters

 

Jacques Benillouche
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Journaliste
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