Economie

Mes prévisions économiques de 2010 contre le bilan 2010

Eric Le Boucher, mis à jour le 03.01.2011 à 19 h 22

Aux dernier jours de l’année 2009, j'avais publié un article sur les prévisions économiques pour 2010. Aujourd’hui, un an après, le jeu consiste à le relire et le juger au regard de ce qui s’est passé.

Au Texas, en novembre 2008. REUTERS/Jim Young

Au Texas, en novembre 2008. REUTERS/Jim Young

Finalement, l’année 2010 aura été assez bonne d’un point de vue conjoncturel. La reprise, engagée en 2009, s’est confirmée. La croissance aura été meilleure que ne prévoyaient les optimistes et elle a déjoué les scénarios noirs des pessimistes qui craignaient un retour dans la récession.

En Asie, l’économie a flambé (10% en Chine, 9% en Inde), au point que les autorités chinoises ont mis le pied sur le frein. Aux Etats-Unis, elle s’est consolidée malgré les difficultés immobilières persistantes, autour de 2,7% (on parlait de 2,6% au mieux il y a un an). En Europe, la performance allemande a fait l’admiration: 3,5%, grâce aux exportations mais aussi au rebond (tant attendu) de la consommation interne et des investissements.

En France enfin, on devrait finalement atteindre au moins 1,4%, soit la prévision des économistes les plus optimistes, avec 106.000 postes créés dans le secteur marchand, une performance inespérée.

L’année 2011 s’annonce sur cette même tendance de consolidation. Le monde est coupé entre des émergents qui vont si bien qu’il vont devoir ralentir un peu (6,5% prévu en 2011 contre 8% en moyenne en 2010) et des pays développés qui doivent payer leurs dettes et engager des politiques structurelles. La politique très souple de la Federal Reserve et les baisses d’impôts décidées par Barak Obama devraient soutenir la consommation et la croissance dépasseraient 3% outre-Atlantique (4% même selon Goldman Sachs et Morgan Stanley). En Europe, on retrouve une division en deux, avec un centre (Allemagne, Pays-Bas, Autriche, Scandinavie et certains pays de l’Est comme la Pologne) qui roulent autour de 2,7% et une périphérie plombée par ses dettes qui stagne (1% prévu en Espagne).

La France est dans une situation intermédiaire avec une bonne nouvelle : la consommation ne faiblit pas grâce à un pouvoir d’achat soutenu (+1,4% en 2010 et un peu moins en 2011 à cause des hausses d’impôts). Les investissements vont se redresser un peu. La croissance se maintiendra «sur une tendance modérée», prévoit l’Insee. Les économistes tablent en général sur 1,8 à 2%.

Cette introduction sur 2010 et 2011 faite, revoici l’article publié il y a un an, avec des commentaires sur sa justesse ou ses erreurs.

Mes prévisions 2010:

Les Français ont peur de l'avenir. Illustration: le taux d'épargne des Français a atteint selon l'Insee 17% de leurs revenus au troisième trimestre de 2009, un record depuis la fin de l'année... 2002. Et ce taux d'épargne devrait rester à des niveaux élevés selon les prévisions de l'Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE). Le taux devrait s'établir à 16,8% au quatrième trimestre et rester stable en 2010. Cela signifie en contrepartie que la consommation ne décollera pas vraiment en France cette année.

Bilan 2010:

Le taux d’épargne est resté élevé autour de 16% mais il n’a pas cru, ce qui permis à la consommation de bien se tenir. Elle a été encouragée il est vrai par la «prime à la casse», dispositif très coûteux (1 milliards d’euros), mais qui  a soutenu les ventes et la production d’automobiles.

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Mes prévisions 2010:

Il faut dire, pour la conjoncture en 2010, les scénarios sont à la prudence. Lorsqu'on ôtera les béquilles des plans de relance, au milieu de l'année, dans quel état se trouvera le malade? «Pas bien brillant», telle est la réponse des économistes. Ou plus exactement, les parties du corps mondial ne se soignent pas à la même vitesse. Les perspectives fléchissent plutôt aux Etats-Unis, au Japon, en Espagne tandis qu'elles restent moroses en Grande-Bretagne. En Asie, c'est l'inverse, la confiance dans l'économie chinoise se confirme. Le fameux «découplage» des pays émergents par rapport à l'OCDE (les riches) n'a pas eu lieu en entrée de crise, tous les pays ont été aspirés vers le gouffre. Mais en sortie de crise, ce découplage s'observe, du moins pour l'instant.

Bilan 2010:

Le découplage a eu lieu, avec une Asie en forte croissance et un Occident ralenti. Aux Etats-Unis, la conjoncture a fléchi avant l’été mais pour repartir ensuite.

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Mes prévisions 2010:

Parmi les pays riches, l'Insee distingue deux groupes. Au Japon, au Royaume-Uni, en Italie, en Espagne, la croissance est pénalisée «par l'absence de demande intérieure» (faible consommation). «En 2010, l'activité y stagnerait, voire rechuterait». A l'inverse, dans le groupe des Etats-Unis, de la France et de l'Allemagne, la demande des ménages et des entreprises «redémarrerait» mais la croissance «peinera».

Le bilan 2010 :

Diagnostic moyen : la reprise a été forte au Japon, avant de piquer du nez (+3,5% sur l’année) et assez soutenue en Grande-Bretagne (+1,6%).

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Mes prévisions 2010:

Au total, en dehors de l'Asie, le ciel ne se dégage pas vraiment. Après la pire récession depuis la guerre, fin 2008 et début 2009, l'économie est repartie dans la seconde partie de l'année qui se termine mais son élan reste bridé.

Le bilan 2010:

C’est vrai mais la croissance aura somme toute été bonne fille, dépassant les perspectives.

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Mes prévisions 2010:

Aux Etats-Unis, qui restent le premier moteur mondial, une rechute n'est même pas complètement à écarter. Le «consensus» des économistes prévoit une croissance de 2,6% l'an prochain. Mais ce scénario relativement optimiste est incertain car c'est la première fois qu'une crise immobilière a été si meurtrière: les ménages ont perdu 1.400 milliards de dollars de richesses. Du coup, quel sera leur comportement? Pour l'heure, ils épargnent pour rembourser les dettes mais sans réduire trop leur consommation (celle-ci a même cru en octobre et novembre). Un petit miracle dû à la faiblesse relative du prix du pétrole, de l'inflation (1,4% seulement) et aux dispositifs de soutiens du gouvernement. Mais le taux de chômage atteint 10% et il y a peu de chance qu'il baisse. Tout le scénario américain repose donc sur un maintien de cette bonne consommation, 70% de la croissance américaine en dépend, ce qui reste très aléatoire.

Le bilan 2010:

C’est pourtant ce qui s’est passé, la consommation s’est maintenue et la croissance aura sans doute dépassé 2,8%.

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Mes prévisions 2010:

Le soleil se lève en Asie. Il y a deux mois, des doutes étaient apparus sur la solidité de la reprise chinoise tirée par un soutien public trop fort et mal orienté: l'argent des crédits distribués à tout va (1.000 milliards d'euros) semblait détourné vers la Bourse et l'immobilier. L'indice de Shanghai aura gagné 69% cette année. Deux nouvelles «bulles» qui ne tarderaient pas à exploser. Les autorités ont pris conscience du danger et ont resserré les conditions de prêts à partir de juillet. La reprise s'en trouve aujourd'hui solidifiée. Pékin annonce une croissance de 8% en 2010,  les économistes occidentaux tablent sur mieux encore, plus de 9%.

Bilan 2010:

Et ce sera sans doute 10%. L’Asie se retrouve pleinement dans son rôle de « moteur » de l’économie mondiale.

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Mes prévisions 2010:

La Chine n'est pour autant pas tirée d'affaires. Cette expansion retrouvée dépend toujours des exportations industrielles, donc de la demande des pays occidentaux qu'on sait incertaine. Pékin doit réorienter son modèle vers une croissance plus autonome, plus endogène, et la réévaluation du yuan pourrait en être un des outils. Les demandes américaines et européennes à ce sujet se sont vues opposer un refus catégorique en 2009  mais le dossier sera l'un des plus chauds de la diplomatie économique et monétaire de 2010.

Bilan 2010:

Bien vu ! le sujet du yuan a été central sans que Pékin ne cède rien aux pressions de Washington ou de Bruxelles.

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Mes prévisions 2010:

En Europe, comme le note l'Insee, les économies sont désynchronisées. L'Allemagne, n°1, dépend des exportations qui sont favorablement orientées grâce à l'Asie mais incertaines en Amérique. La consommation intérieure s'est bien tenue mais uniquement grâce à la prime à la casse automobile qui va cesser. Les autres grands pays sont plutôt sur des pentes glissantes.

Bilan 2010 :

Scénario trop pessimiste. L’Allemagne a bénéficié à fond des reprises asiatiques.

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Mes prévisions 2010:

La France se range dans le bon paquet, celui des pays qui résistent grâce à une bonne consommation interne. Nicolas Sarkozy ne manque jamais de s'en féliciter. Mais l'Insee parle quand même de «reprise laborieuse». D'abord parce que cette consommation des ménages a été gonflée par l'effet «prime à la casse» automobile dans la seconde partie de 2009.

Cet effet va s'essouffler (on ne change pas sa voiture tous les ans et la prime va se réduire), la demande va retomber à 0,2% par trimestre. Ensuite, parce que l'investissement ne prend pas le relais, l'économie dispose encore de capacités en excès. L'industrie à qui l'on doit le net rebond de cette année va décélérer. En conséquence, l'économie française va plafonner autour d'un rythme de 0,4% par trimestre. Sur l'année, après la chute de 2,3% cette année, la France bénéficierait d'un petit rebond de 1,1%. Le gouvernement espère mieux, rejoint par une partie des économistes. Mais ces optimistes annoncent 1,4%, cela reste mou, très mou.» 

Bilan 2010 :

Un peu trop pessimiste également ! La prime pour la casse a continué à jouer positivement, même si l'Insee a révisé à la baisse le 28 décembre son estimation de croissance annuelle, à 1,4% contre 1,6% mi-décembre.

Eric Le Boucher 2009 et Eric Le Boucher 2010

Eric Le Boucher
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Cofondateur de Slate.fr
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