Jacques Attali: pourquoi se priver
Les puissances publiques des pays développés sont prêtes à se ruiner plutôt que de laisser s'effondrer des banques ou des institutions financières. Qui en profitent largement.
- Finale du World Series Poker, à Las Vegas, en 2010. REUTERS/Las Vegas Sun/Steve Marcus -
Rien n'est plus stupéfiant, en apparence, que l'euphorie qui s'empare de tous les marchés boursiers en cette fin d’année. La plupart des analystes sont d'accord pour dire que la crise financière est terminée, que les marchés financiers sont sous-évalués, que les indices boursiers ne peuvent que monter massivement en 2011, même en Europe: le consensus est de plus de 10% pour le seul CAC 40.
Et pourtant, au fond, rien n'a changé: les dettes publiques et le chômage continuent d'augmenter dans presque tous les pays occidentaux, tandis que l'euro et le dollar se disputent le prix de la monnaie la plus fragile. En Europe, comme au Japon, la récession est bien là. Aux Etats-Unis, 17% de la population active est au chômage.
Cette contradiction apparente est facile à expliquer. Les prêteurs et les investisseurs ont fini par admettre que leurs rêves les plus fous étaient en train de se réaliser: banques centrales et gouvernements des pays développés sont prêts à se ruiner, en s'endettant, en émettant de la monnaie ou en achetant des titres sans valeur, plutôt que de laisser s'effondrer des banques ou des institutions financières. Ils sont prêts à les laisser faire tout ce qu'elles veulent pour maintenir leurs profits, même au prix de turpitudes extrêmes: spéculation pour compte propre, vente d'actifs à bas prix à leurs propres filiales, délits d'initiés, trading électronique «haute fréquence», le tout logé dans des paradis financiers et fiscaux.
Ces soi-disant gouvernants sont ainsi prêts à prendre tous les risques d'inflation, convaincus qu'elle ne se déclenchera pas, refusant de voir qu'elle est déjà là, dans les prix des biens de base que sont les logements et les produits alimentaires.
Le calcul des Etats et des banques centrales est à la fois simple et terrifiant. En agissant ainsi, ils espèrent entretenir la croissance de l'économie réelle le temps nécessaire pour mettre de l'ordre, se désendetter et attendre que la dynamique des pays émergents emporte le monde vers le haut. De toute façon, pensent-ils, aucune autre action n'est possible.
Le calcul peut se révéler juste: la hausse de la valeur des actifs et l'enrichissement des plus puissants pourraient porter la croissance le temps nécessaire au nettoyage d'ensemble du système. Au prix d'une ruine du service public, d'une aggravation du chômage et de la pauvreté, d'une baisse du pouvoir d'achat. Ce sont les causes mêmes de la crise actuelle: retour à la case départ.
Devant une telle démission des puissances publiques, les financiers ont raison: pourquoi se priver?
Jacques Attali
Mis à jour le 03/01/2011 à 19h20













































Ils ont raison de voler, la porte n'étant pas fermé à clef, c'est de la faute des locataires qui ne se sont pas protéger correctement.
Même si les états doivent se protéger, ces banques, ces spéculateurs sont des voleurs et doivent être considéré comme tel. Ce ne sont pas des opportunistes, des malins qui profitent d'une faille gentillette, leurs magouilles, leurs extorsions de fonds causent la mort de milliers de personnes, sèment la guerre, la pauvreté à travers le monde.
Les mêmes arguments sont employés lorsque les états, les villes, les entreprises, les individus se retrouvent en sur-endettement, incapables de payer : ce n'est pas la faute des banquiers, ils ont été juste opportunistes, c'est la faute des gens qui sont trop naïfs, si ils se font fait avoir c'est de leur faute.
Par ces discours, on tente juste de balayer d'un geste la responsabilité entière et totale de ces banksters cupides que sont les financiers, que sont ces politiques qui ont livré nos états à ces bandits, que sont les industriels qui ont livré les outils de production à ces bandits.
Monsieur Attali, vous pouvez continuer à répéter inlassablement votre discours moralisateur, mais rien ne masquera la responsabilité des financiers, votre responsabilité et celles de vos collègues précheurs et l'obligation qu'ils payent pour ce qu'ils ont fait et font encore.
Mais je suis désolé, il n'est pas interdit d'être censé : quand quelqu'un vous propose de financer votre achat immobilier à 100% (voire 110% histoire de changer de voiture par là-même...) alors que vous avez un emploi précaire, alors que vous êtes en CDD, alors que vous avez déjà plus de 15000€ d'emprunts à la consommation, quand cette même personne vous garantit que votre (future) maison ne peut que gagner en valeur, que c'est du "100% garanti"... il n'est pas interdit de réfléchir, de se dire que c'est peut être un peu trop beau pour être vrai, que ça sent l'arnaque...
En ce sens Mr.A a raison, les financiers de ce monde auraient tort de se priver, tant qu'ils trouveront des gens qui seront prêts à tout dépenser pour ressembler à Britney Spears, qu'ils seront prêts à dépenser un quart de leur salaire dans le dernier portable à la mode, ils auraient tort de se priver...
La seule façon de finir avec la cupidité des financiers de ce monde est de retrouver un peu du bon sens paysan qui veut que dépenser plus que ce que l'on gagne n'est pas une bonne chose, le bon sens paysan qui s'est perdu depuis une belle lurette...
Les états ne veulent pas voir les banques s'effondrer, écrivez-vous. Voici un constat surprenant. Sachant que l'une des origines principales de la crise financière déclenchée en 2008 fut que des décideurs économiques éminents ont choisi de laisser une des toutes premières banques mondiales faire faillite. Cette merveilleuse décision d'une morale à toute épreuve si l'on vous croit a provoqué la fuite des hedge funds de Londres qui n'a eu d'autres choix de fermer et de lancer la contagion sur l'ensemble du système financier en place. Aucun doute ne semble autorisé quand vous semblez affirmer que la faillite de la finance serait une alternative, elle est pourtant l'assurance d'une faillite totale de l'ensemble du mécanisme mondial précipitant une crise encore à l'affut.
Que de mouvements sur les places boursières en effet en cette fin d'année. Sans tomber dans le mythe du rallye de fin d'année, ont on pourrait dire beaucoup, il est difficile de croire que vous ignorez à quel point les financiers, atroces taders, se désintéressent des produits "souverains". Ils liquident leurs bons d'état pour se tourner vers les profits attendus des privés. Même le marché obligataire connait une perte de vitesse.
Et, enfin, cette inflation que les gouvernants redoutent mais ne souhaitent pas est le fin du fin. En bon financier emprunter aujourd'hui aux taux planchers tout en sachant que l'inflation est inévitable pour les années prochaines serait une catastrophe? C'est pourtant la politique des entreprises aujourd'hui. Il est vrai que cette inflation, parfait argument populiste actuel, est déjà là. Qu'elle appauvrit chacun d'entre nous et que cela est nié. Quelle merveilleuse idée du "c'était mieux avant". Je pense que la suite de votre article nous expliquera que la pauvreté s'étend de jour en jour, que le niveau de vie des Français baisse d'heure en heure. Ainsi, jamais nous ne lirons que les éléments de confort et la qualité de la vie, de l'alimentation ou de la santé croissent chaque année. Car tel est le cas. Bien entendu, il sera simple de citer les erreurs, les drames et autres scandales qui font la une. Ce qui nuit aujourd'hui, et chaque détail des chiffres de l'INSEE le démontre, c'est que le niveau considéré pour être un ménage moyen n'a jamais été aussi haut. Un consommateur de base a de tels éléments de confort et le minimum requis s'est tant élevé que mécaniquement beaucoup plus de ménages se trouvent sous ce plancher. C'est ainsi que l'on appauvrit dans les pays richissimes, et qui le sont de plus en plus. Mais, bien entendu, l'INSEE ne saurait que mentir.
Vraiment, Monsieur Attali, il est bien étonnant de lire ce genre de pamphlet sous la plume d'un homme aussi pertinent que vous.
Bien à vous.
M. Attali omet simplement de rappeler quelle est la distribution des rôles dans la farce tragique qui se joue. Le rôle titre ne revient plus aux politiques mais aux financiers eux-mêmes. Nos dirigeants ne sont que des valets de ce grand capital, ils le servent et sont bien conscients, eux, de tout lui devoir. Lecteurs arrêtez-vous une seconde sur la formule, tout droit sortie du répertoire marxiste, pour en mesurer la réalité crue et banale. La tragédie prend toute son ampleur quand on réalise que la scène est notre monde et que les figurants qui tombent, c'est nous. Il n'y a plus que dans Beaumarchais que les valets se révoltent.
2/ Comme justement rappelé également, par M. Attali, les lieux de ces pouvoirs financiers ont été quelque peu déplacé par la crise actuelle : on parle aujourd'hui des "territoires non coopératifs" comme il existe des "jeux non coopératifs" en théorie économique, c'est un signe. Mais avant de prétendre remettre de l'ordre dans les législations d'ilôts lointains, ne faudrait-il pas d'abord regarder chez nous : Luxembourg, îles Anglo-normandes, île de Man... ?