Blade Runner, Rollerball, Akira... le futur dans le dernier tiers temps
Le futur pas joyeux imaginé par des films des années 80 est prévu pour 2019. Rapport d'étape visionnaire.
- Scène de Blade Runner / DR -
Dans un élan de découverte, et aussi pour essayer un home cinéma tout neuf, nous nous sommes retrouvés un soir à regarder «Blade Runner». Dès le générique du film de Ridley Scott tourné en 1982, nous apprenons que l'action se déroule en 2019. Dans dix ans tout juste. Si beaucoup de films de SF se déroulent dans un futur proche ou lointain, ils sont peu nombreux à dater précisément l'action à venir. Le risque est trop grand d'être vite dépassé ou d'avoir trop anticipé. Pourtant, dans les années 80 (ou juste avant), «Blade Runner», «Akira», «Rollerball» ou «The Running Man» ont daté ce futur et étrangement lui ont fixé une même échéance, à l'horizon 2018. C’était il y a trente ans en moyenne, c’est à peine pour dans dix ans. Après avoir vu ou revu — les auteurs de l'article n'étaient pas nés à la sortie cinéma de ces films, s'en est suivie toute une discussion sur la possibilité d'arriver en dix ans aux scénarios souvent catastrophe de ces films...
Blade Runner, le clonage humain et l'humanité des robots
En 2019, la terre a été ravagée par les guerres nucléaires. Les gouvernements terriens poussent les humains à immigrer vers Mars. Avec une petite prime de départ: un robot pour effectuer la plupart des tâches (ménagères, de plaisir, de guerre...), une sorte d'esclave moderne. Ces «réplicants», des androïdes possédant des fonctions biologiques semblables à celle d'un humain, ont-ils un sens moral? Doivent-ils avoir des comportements éthiques? Ce sont les questions très sérieuses que se posent actuellement l'université polytechnique de Californie pour les robots militaires qui, à l'horizon 2020, devraient devenir des éléments incontournables des conflits armés. Pour leur étude, ces chercheurs du département éthique et technologies émergentes citent Asimov et ses lois de la robotique ou Kant mais aussi Blade Runner. Cette problématique est classique en science-fiction — on la retrouve déjà dans le Metropolis de Fritz Lang ou dans les peu ressemblants R2D2 et C3PO dans Star Wars, mais dans Blade Runner, ils ont humanisés. Au point que légitimement, ils finissent par demander, par la violence, à ne plus être exploités. Et l'homme de refuser et de réprimer, vieille problématique de l'humanité, des Grecs face aux «barbares» aux esclavagistes du XVIIIe siècle. Il est toujours plus simple de ne pas accorder à l'autre le statut d'homoï, d'égaux.
Qui sommes-nous et ne sommes-nous pas allés trop loin?, se demandent donc les réplicants et les humains de «Blade Runner». A l'époque du film, Dolly n'existait pas. Celle-ci nait en 1996 avec l'âge des gênes de sa mère et meurt assez vite, exactement comme les réplicants. Certes, la communauté internationale, l'Union européenne notamment, et les principales religions comme la catholique avec Benoît XVI, souhaitent ou ont interdit le clonage humain. Mais des savants fous comme la secte des raéliens qui avaient défrayé la chronique il y a quelques années finiront bien par y arriver, en 2019 ou après... Il suffit d'un groupe. Dans «Blade Runner», une seule entreprise, la Tyrell Corporation, maîtrise la technologie adéquate pour créer les androïdes.
«Running man» et la télé partout, l'info nulle part
En 2019, la télévision est omniprésente et sert à la désinformation: dans «Running Man», les programmes et publicités sont projetés en permanence sur les écrans et les murs de la ville. La présentatrice peut ainsi encourager en continu la dénonciation, rappelant aux citoyens qu'il y a «un bonus si vous dénoncez un membre de votre famille!». Une phrase qui plaît sans doute à certains. La télévision, c'est le pouvoir, et l'objectif des rebelles est tout simplement de prendre le pouvoir du satellite contrôlé par l'Etat pour pouvoir diffuser leurs propres programmes. (1)
La manipulation passe par la télé-réalité de masse. «The Running Man» est un jeu où des criminels condamnés sont poursuivis par des tueurs professionnels bodybuildés. La course et la mise à mort sont filmées et retransmises en direct. Sur le plateau, le présentateur propose à d'heureux chanceux d'envoyer leur chasseur préféré à la poursuite des «running men» et leur offre t-shirts, tasses, version de «The Running Man» en jeu de société, etc.
«The Running Man», «l'émission la plus populaire au monde», est présenté par Damon Killian, un homme aussi puissant que le gouvernement. Lorsque Ben Richards — Arnold Schwarzenneger — retourne l'émission contre son créateur en devenant le premier running man à vaincre ses chasseurs et gagner l'appui de la population, Damon Killian justifie en live ses actions : il dit n'avoir créé le show que pour satisfaire la demande des téléspectateurs américains, avides de violence et de combat. On en repalera plus bas avec «Roller Ball».
A dix ans de l'échéance promise par Running Man/Roller Ball, la mort en direct n'est pas encore sur les écrans, mais on s'approche. Jade Goody, l'ex candidate de téléréalité atteinte d'un cancer du col de l'uterus, s'est faite filmer pendant les derniers mois de sa vie mais n'est finalement pas allée jusqu'au tabou ultime. En décembre dernier, Craig Ewert, un britannique qui souffrait d'une maladie dégénérative du cerveau, a procédé dans une clinique suisse à son suicide assisté, suivi par des caméras, mais c'était pour un documentaire et non pas une émission de téléréalité.
Rollerball et la Googlisation du savoir
Comme «The Running man», «Rollerball» dénonce les dérives d'un sport/spectacle, diffusé dans toutes les maisons américaines, où les téléspectateurs voient eux aussi mourir les joueurs les uns après les autres (ce qui fait aussi penser aux images du Heysel et du décès de Marc-Vivien Foé. Mais le film de Jewison (1975) a vu très juste sur l'informatique et la numérisation du savoir. En 2018, le monde est dominé par des entreprises (les Corporates) toutes puissantes. Elles organisent un jeu immensément populaire, le Roller Ball, un sport violent où des joueurs à patins à roulettes (sic) doivent saisir une balle de métal puis la déposer dans une sorte de panier aimanté pour marquer des points. Tous les coups sont permis, certains joueurs meurent. C'est voulu: la devise est «le jeu est plus grand que le joueur», aucun ne doit devenir une star. Jonathan E. contredit cette règle. Il survit trop longtemps et devient aussi célèbre que le jeu lui-même.
Les entreprises lui demandent alors de prendre sa retraite. Il refuse, remet la société en question et cherche à comprendre comment le monde en est arrivé là. Sauf que tout le savoir a été privatisé et numérisé. Plus aucune bibliothèque ne possède de livres. Ce ne sont que des terminaux de réseaux informatiques et les bibliothèques redistribuent l'information stockée ailleurs. Le savoir, dématérialisé, est donc en théorie partout et nulle part. Sauf en un point, un ordinateur unique qui possède toutes les informations à l'état liquide. Grâce à son statut de star, Jonathan E. peut y accéder. Un chercheur sympathique l'accueille. D'un ton badin, il lui explique qu'en raison d'un bug, «tout le XIIIème siècle» vient d'être perdu. «Mais ce n'est pas très grave, à part des guerres et Dante, il n'y avait pas grand-chose.»
Jonathan E. interroge l'ordinateur sur la disparition des Etats et les guerres entre Corporates. Aucune réponse, le super cerveau répète l'histoire heureuse et officielle. Même le chercheur qui l'a créé ne peut l'infléchir. Le savoir a été privatisé, manipulé et a disparu. La technique de la numérisation est actuellement au cœur d'un grand débat dans le monde réel. Est-ce à Google, une entreprise privée, de numériser le savoir? N'est-ce pas dangereux qu'il n'y ait presque plus qu'une seule encyclopédie en ligne, Wikipédia, et qu'un seul moteur de recherche pour trouver l'information, Google?
L'Union Européenne, sous l'impulsion de la France a mis en place un processus de numérisation des livres depuis 2006, mettant ainsi les Etats au cœur de cette problématique. Entre peur de la privatisation du savoir et fascination de le rendre accessible à tous, «Rollerball» nous donne une certitude, il faudra toujours multiplier les sources. Rester finalement dans l'essence du Net, un réseau ouvert et vivant et pas fermé avec des espaces de stockages fixes.
L'hypercapitalisme de «Rollerball»Les temps changent, mais les peurs restent les mêmes. Ras le bol des bonus, stock-options et autres parachutes dorés? Besoin de créer un capitalisme éthique? Ne partez pas en 2018. RollerBall c'est la disparition du moi au profit de l'hypercapitalisme et de la fin des Etats. Les multinationales ont pris de plus en plus de pouvoir jusqu'à « tuer » les Etats, et après une guerre des entreprises les habitants du monde vivent désormais dans la « corporate freedom ». Les villes se sont spécialisées à l'extrême, Houston est dominée par la Energy Corporate, Chicago la Food Corporate, etc... Ce sont les entreprises qui organisent «Rollerball», elles qui demandent à Jonathan E. de prendre sa retraite. Pour l'instant pas d'inquiétude quant à la fin des Etats : il s'est passé quelque chose au G20, et avec la crise les Etats semblent même se renforcer.
Akira et peur du nucléaireL'autre grande peur des films des années 80 — pas étonnant dans un contexte de guerre froide — pour notre futur, c'est le nucléaire. Une peur qui est toujours d'actualité aujourd'hui face à la centrale nucléaire iranienne et d'autres problématiques de dissémination de l'atome. «Blade Runner» était déjà dans une ère post-nucléaire. Avec Akira, le nucléaire a réorganisé les forces géopolitiques lorsqu'une explosion détruit Tokyo en 1982 et engendre ainsi une Troisième Guerre Mondiale. L'armée japonaise mène depuis un projet ultra secret pour former des enfants possédant des prédispositions à des pouvoirs psychiques. Ils deviennent des espèces de petit êtres monstrueux qui ne grandissent pas (ni en taille, ni en âge) mais vieillissent physiquement. C'est en voulant faire des expériences sur un adolescent que «Le Colonel» déclenche une nouvelle catastrophe puisque le jeune Tetsuo ne supporte pas ses pouvoirs et détruit tout sur son passage. Dans les deux films, l'utilisation militaire de la technologie nucléaire va de pair avec la guerre, certes, mais aussi avec la tentation pour les hommes de jouer à Dieu en modifiant les caractéristiques d'autres hommes, ou en en créant des répliques. Hybris nucléaire, quand tu nous tiens...
(1) En France, «Le prix du Danger» d'Yves Boisset s'est inspiré du même livre de King, mais le film n'a pas daté son futur...
Cécile Dehesdin et Quentin Girard
Mis à jour le 23/04/2009 à 9h35











































le cinéma est-il la projection d'un désir, la présentation d'un futur possible, un moyen de construire ce futur, ou encore la possibilité de l'imaginer en bien ou en mal ?
il est incontestable de considérer que pour ainsi dire toute les oeuvres de science fiction se base sur le mode du récit shakespearien, ou de la tradition gréco-romaine. l'humain est toujours face à des enjeux d'ordre éthique, il affronte un mal qui lui est extérieur ou propre à sa condition d'humain.
vous avez choisit de parler de blade runner, de rollerball et de akira, vous auriez put également aborder i robot, dark city, terminator, robocop, 2001, minority report, alien, totall recall, pourquoi pas peut-être de klapisch ou encore la guerre des mondes, le jour ou la terre s'arréta, rencontre du 3ème type, daryl, le cobaye, wall-e, stargate, mib, resident evil, matrix, le cinquième élêment ...
enfin la science fiction, le fantastique et le futur nous fascine, mais étrangement ce futur est rarement réjouissant, plutot inquiétant et hostile.
les questions abordées et les thèmes sont multiples et parfois s'entremêlent : génêtique, intelligence artificielle, monde orwellien, vie extra-terrestre, robotique, réalité virtuelle ...
la science-fiction relate-t-elle de futurs possible, ou bien ne fait-elle que projetter différents fantasmes qu'elle contribue a alimenter ou à soumettre les différentes interrogations.
les films de jacques tati qui anonçaient par exemple une société automatisée, et d'une certaine façon anonçait le monde dans lequel nous vivons actuellement. inversement, la guerre des étoiles, robocop ou terminator semble encore assez éloigné de notre quotidien.
pour autant la science fiction et le cinéma d'hollywood ou parfois le cinéma français d'anticipation nous présente sous la formes d'allégories, de façon imagée et améliorée, des récits qui parlent de nous, de la situation de notre monde et de notre réalité.
le film de science-fiction qui me semble le plus se rapprocher de notre situation politique, est sans conteste stargate. un dieu extra-terrestre crée l'humanité dont il est le maitre absolu, prend la forme d'un humain, pour éviter de mourir depuis le monde dont il vient en manque d'énergie, et empêche les humains qu'il a créé d'apprendre à écrire et d'étudier pour éviter qu'il ne se révoltent et exerce sa tyrannie sur leur peuple. cette vision que nous soummet la science-fiction me semble assez correspondre à notre réalité, mais dès lors que cela est présenté sous forme de science-fiction on aura tendance à comprendre cela tel que cela nous est présenté.
il est relativement regrettable que la science-fiction ne puisse que trés rarement nous présenter l'image d'un monde pacifié ou la technologie n'est pas systématiquement synonyme de danger, ou le futur dont le clonage ne représente pas une source de désordre, ou que des êtres venus de l'au-delà ne soient présentés que comme hostiles ou ridiculement sympathiques.
la science-fiction ne semble pas être l'invention enthousiaste de notre futur, mais davantage une réthorique permanente d'un avenir incertain ou le danger et le mal sont présents, sous la forme de la science, d'extra-terrestres, de la technologie donnant le sentiment que cette capacité à inventer des histoires représente davantage le danger d'un spectacle que nous ne maitrisons pas et face auquel nous devons rester humbles. il sagit soit d'une volonté de façonner la pensée selon certaines rêgles, soit de reconnaitre que nous sommes incapables de concevoir une vision qui permette de concevoir notre avenir de façon résolument positive et améliorée, non soumise aux dangers de la science, d'une vie extérieur à nous ou d'un asservissement de l'homme sur lui-même par un système informatique.
l'avenir sera sans doute différent de ce que nous présente la science-fiction, peut-être mieux, peut-être pire, j'aimerais que l'on soit capable de concevoir notre avenir grace à une vision différente plus raisonnable de ce que l'on souhaiterait inventer pour l'avenir qui ne présente pas l'évolution de la technologie comme un danger mais comme un source d'amélioration. on peut fantasmer pour le feu d'artifice moderne d'une guerre nucléaire comme pour termintor, le jugement dernier, et que ce la fiction devienne une triste réalité, ou rêver d'un monde différent comme par exemple la fin de stargate ou le peuple se libère de leur créateur-maitre, et réver comme pour 2001 par exemple que l'homme ne rencontre la réponse hermétique de son existence, ou davantage encore telle que cela semble se dessiner dans notre société que l'huamin devienne un hybride entre sa nature et la technologie et parvienne à vivre dans une extase permanente de l'accélération, de la découverte de l'apesanteur spatiale, de la réconciliation de sa place dans l'univers, ce que la science fiction peine à nous retranscrire mais dont notre réalité nous présente quotidiennement les enjeux, les différentes possibilités, et la question de nos décisions, de notre capacité à s'épanouir collectivement.
quel dommage de vous cantonner aux films des 80s!
ça laisse de côté quelques monuments:
-Los Angeles 2013 de John Carpenter. En plus comme ça vous auriez pu faire un petit rapport d'étape sur New York 1997
-Total Recall de Verhoeven (tourné en 1990... tant pis)
- et surtout, le grand, le beau, le sous-estimé, le kitchissime, l'inoubliable Barb Wire avec Pamela Anderson