Monde

Les Palestiniens se doivent d'être libres

Foreign Policy, mis à jour le 28.12.2010 à 9 h 36

Ignorez l'écran de fumée jeté par Israël et ses soutiens. La véritable raison à l'absence d'une paix durable au Proche Orient est l'occupation israélienne. Par le représentant de l'OLP aux Etats-Unis.

Une Palestinienne et son enfant, à Jérusalem Est, pendant que des soldats israéliens patrouillent. REUTERS/Amir Cohen

Une Palestinienne et son enfant, à Jérusalem Est, pendant que des soldats israéliens patrouillent. REUTERS/Amir Cohen

Le vice-Premier ministre israélien, Moshe Ya'alon, a récemment écrit un article pour Foreign Policy qui déformait de manière pernicieuse l'engagement palestinien envers une paix durable et donnait une fausse image de nos efforts sincères pour trouver une solution diplomatique au conflit qui nous oppose. Permettez-moi de rectifier les choses.

Avec sa rhétorique incendiaire, Ya'alon cherche à masquer une vérité simple: que le conflit entre Israël et le monde arabo-musulman est le résultat de l'occupation par Israël des territoires palestinien et arabes, puis de son refus d'accorder liberté et égalité au peuple de notre région.

La raison d'être de nos efforts

Cette vérité simple et primordiale s'exprime comme suit: les Palestiniens se doivent d'être libres. Cette prérogative morale fondamentale demeure la force motrice présidant à toute expression palestinienne, qu'elle soit politique, sociale, culturelle ou artistique. Elle explique la création de l'Organisation de Libération de la Palestine (OLP), et elle reste la raison d'être* de chacun de nos efforts.

Il n'y a rien de particulier ou d'unique dans la soif palestinienne d'être libre sur notre propre terre –la terre de nos pères, grands-pères, et de leurs grands-pères–, aux côtés d'un Israël serein. Ce désir basique de liberté est au cœur de chaque homme, femme ou enfant, aux quatre coins de la planète. Voilà pourquoi la lutte palestinienne pour la liberté est devenue un tel emblème dans le monde, chez toutes les personnes acquises à la justice et aux droits civils. Du Brésil à la Turquie, de l'Indonésie à l'Afrique du Sud, et de la Bosnie-Herzégovine au Royaume-Uni, les Palestiniens symbolisent la responsabilité de tout un chacun envers la liberté du dernier des opprimés.

C'est aussi vrai ici, aux États-Unis –une nation fondée sur un esprit de liberté et d'indépendance. A ce seul égard, les Palestiniens et les Américains sont unis d'un lien souvent tacite, mais néanmoins indéfectible.

Libres de vivre

Le vocabulaire technocratique des négociations peut faire bailler le plus passionné des mordus de politique. Mais le jargon du processus de paix va plus loin que le simple ennui imposé aux lecteurs des journaux –il obscurcit les faits les plus essentiels de notre désir d'indépendance. L'objectif des Palestiniens est d'être libres; libres de vivre dans notre propre pays, libres de construire nos maisons où bon nous semble, libres de voyager où nous le voulons, et quand nous le voulons, libres de payer des impôts uniquement à un gouvernement que nous avons choisi et qui représente nos intérêts, libres de ne pas nous soucier chaque jour et chaque minute de notre sécurité, et de celle de nos enfants. Cette semaine, le rapport rendu par l'Association pour les droits civiques en Israël et montrant que, pour cette seule année, plus de mille enfants palestiniens ont été emprisonnés à Jérusalem-Est, ne peut rien faire d'autre que de briser le cœur de tout parent, et de réaffirmer l'urgence de notre lutte. 

C'est peut-être parce que notre cause est si universelle que ceux qui s'opposent à notre liberté concentrent leurs efforts sur la manipulation des faits –tout particulièrement aux États-Unis, dont le rôle pour assurer une fin rapide et pacifique à l'occupation reste essentiel. Les Américains se sont vus dire par les officiels israéliens et leurs soutiens qu'Israël serait heureux d'accorder leur liberté aux Palestiniens, mais que les Palestiniens, eux-mêmes, n'ont pas voulu de leurs offres «généreuses».

La vérité est loin d'être aussi extravagante.

L'«offre Barack»

A Camp David, en 2000, le Premier ministre israélien Ehud Barak a fait une proposition non-écrite qui aurait gardé l'espace aérien palestinien, les communications électromagnétiques, les points de passage internationaux et les ressources en eau sous contrôle israélien. L'«offre Barak» en appelait à un échange de terres favorable dans un rapport de 9 contre 1 à Israël, et ne proposait aucune solution acceptable au problème des réfugiés palestiniens et de Jérusalem, deux questions fondamentales pour les Palestiniens. Une telle offre aurait aussi permis à une présence militaire israélienne de se maintenir au sein du futur État palestinien. La seule proposition écrite de Camp David fut soumise par les Palestiniens et concernait la question des réfugiés; les Israéliens n'y ont jamais répondu.

A Camp David, les Palestiniens se sont vus offrir un État sans souveraineté, sans capitale à Jérusalem, et tout simplement sans aucune solution au problème des réfugiés. Voilà pourquoi les négociations ont échoué –et non pas à cause de l'intransigeance ou de l'obstruction palestinienne, comme le veut depuis le mantra politique et médiatique américain.

Aucune «offre Olmert»

Les discussions suivantes, entre le président palestinien Mahmoud Abbas et le Premier ministre Ehud Olmert, en 2008, ne se sont soldées par aucune «offre Olmert», même si les deux dirigeants débattirent en profondeur de toutes les questions concernant le statut permanent.

Vers la fin de leurs entrevues, Olmert présenta au président Abbas le plan des terres qu'il lui proposait d'échanger en compensation des territoires qu'Israël voulait annexer –environ 6,8% de la Cisjordanie– dans le cadre d'un accord. Les Palestiniens demandèrent à Olmert de leur faire une proposition écrite, et soumirent aussi aux Israéliens 14 questions visant à clarifier certains points importants du statut permanent. Là encore, les Israéliens laissèrent ces deux  demandes lettre morte. Les pourparlers furent ensuite rompus après l'attaque barbare d'Israël dans la bande de Gaza, en décembre 2008, et Olmert démissionna pour avoir été impliqué dans un scandale de corruption.

Nous ne sommes pas restés les bras croisés

Ces dix derniers mois, les Palestiniens ont, soit directement, soit par l'entremise des États-Unis, proposé certaines offres aux Israéliens et leur ont fait part de leurs idées quant à chacune des questions du statut permanent. Les Palestiniens ne sont pas restés les bras croisés jusqu'à l'expiration du soit-disant moratoire, comme d'aucuns le prétendent. Pendant ces quatre derniers mois de pourparlers indirects, et durant le mois de négociations directes – toutes sous l'égide du gouvernement Obama – Israël a refusé de répondre aux Palestiniens et aux Américains l'enjoignant de prendre une position ferme sur des questions fondamentales, que ce soit le futur de Jérusalem, le sort des réfugiés, les implantations, la sécurité ou les problèmes de l'eau. Telle est la triste réalité depuis la nomination de Benjamin Netanyahou au poste de premier ministre, voici 20 mois.

Le thème de la construction de nouvelles colonies est aussi en proie aux malentendus et au travestissement volontaire de la vérité.  Les dirigeants israéliens ont récemment déclaré que les implantations n'occupaient que 1,7% du territoire palestinien, alors que les infrastructures militaires soutenant ces colons, incluant des murs, des points de contrôle et des routes «réservées» aux Israéliens ôtent 82% de la Cisjordanie des mains palestiniennes.

La question même de la reconnaissance est devenue une imposture. L'OLP a reconnu en 1988 le droit d'Israël à exister au sein de ses frontières de 1967, et a depuis maintes fois réaffirmé sa position sur la question. L'OLP a même convoqué en 1998 son parlement en exil pour réitérer son acceptation, sous les auspices du président américain Bill Clinton. Encore aujourd’hui, notre reconnaissance d'Israël demeure non réciproque, que ce soit au sein de la Knesset israélienne, ou du parti au pouvoir, le Likoud.

Devenir de parfaits voisins

Les Palestiniens, cependant, ne sont pas des victimes passives. Nos droits ne sont pas assujettis, ou conditionnés à la reconnaissance ou à l'acceptation israéliennes. Nos droits d'être libres et de vivre de manière équitable sur nos propres terres, et au sein de notre propre État sont inaliénables. Nous apprécions les efforts continus des États-Unis visant à mettre fin à une occupation démarrée en 1967, mais nous n'attendons pas sagement qu'on nous rende à notre liberté.

Pour atteindre nos objectifs, nous sommes en droit de recourir à tous les moyens pacifiques, non-violents et légaux à notre disposition. Ce qui inclut – mais ne s'y limite pas -, de défendre notre position auprès des Nations Unies et d'autres instances internationales, de pousser plusieurs pays à reconnaître l'État palestinien dans ses frontières de 1967, et d'œuvrer avec l'aide de la communauté internationale à la réalisation des droits nationaux palestiniens d'auto-détermination et d'indépendance étatique.  

L'ironie, pour Israël, est que sa meilleure garantie de sécurité et de survie ne réside pas dans l'humiliation et l'assujettissement continus du peuple palestinien, mais bien plutôt dans notre liberté et notre indépendance. Les œillères politiques israéliennes ne convaincront jamais les Palestiniens d'abandonner leur droit légitime à l'autonomie, et ce n'est qu'avec une liberté véritable que nous pourrons, au final, devenir de parfaits voisins. 

Maen Rashid Areikat
Ambassadeur, représentant de l'OLP aux Etats-Unis

Traduit par Peggy Sastre

* en français dans le texte

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