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Il s'est passé quelque chose au G20

Jean-Marie Colombani, mis à jour le 04.04.2009 à 9 h 09

Mais deux questions n'ont pas été traitées: la monnaie et la cohérence de la politique économique européenne.

Obama, Berlusconi, Medvedev tout sourires   Reuters

Obama, Berlusconi, Medvedev tout sourires Reuters

«Historique», selon la plupart des participants ; «un pas sans précédent» selon Barack Obama ; «une page tournée dans l'histoire du capitalisme», selon Nicolas Sarkozy ; la promesse d'un «nouvel ordre mondial» selon Gordon Brown : manifestement, il s'est passé quelque chose au sommet du G20 réuni le 2 avril à Londres.

Il est vrai que beaucoup de leaders avaient en tête le précédent fâcheux de 1933, toujours à Londres, au cours duquel rien de bon n'avait été décidé, ; au contraire puisque s'en était suivi une vague de protectionnisme, laquelle avait conduit à la guerre. La hantise des principaux responsables des économies les plus puissantes était donc de se prémunir contre la dépression mondiale qui menace de suivre l'actuelle récession, de conjurer le risque d'un retour du protectionnisme, et de réenclencher un processus de retour de la confiance.

Même s'il se trouvera toujours des voix pour considérer que le résultat de Londres 2009 est insuffisant, le premier ministre britannique - crédité par les participants d'un réel savoir faire pour obtenir l'accord de tous - a pu saluer «le jour où le monde s'est mis ensemble pour combattre la récession».

Qu'on le veuille ou non, à l'échelle de l'Histoire récente et de ses deux conflits mondiaux, c'est une bonne nouvelle pour tous ! Pressé de dire s'il considérait que le dispositif adopté à Londres garantirait que la récession ne deviendrait pas une dépression, Barack Obama a toutefois prudemment répondu qu'en économie, on ne pouvait jurer de rien ; mais que rien ne pouvait se faire dans un seul pays ; que personne ne pourrait réussir seul.

C'est d'ailleurs la conscience de cette interdépendance planétaire qui a saisi les dirigeants du G20 qui frappe le plus. On en trouve la traduction la plus forte dans l'accroissement considérable des ressources des institutions financières internationales, sommes qui vont permettre d'éviter à un certain nombre d'Etats la faillite pure et simple, en même temps qu'elles vont aider à combattre la récession et le chômage qui l'accompagne.

Au total, près de 1100 milliards de dollars pour le seul FMI (Fonds monétaire international). Auxquels s'ajouteront les sommes débloquées pour soutenir le commerce mondial, dont l'effondrement menace aussi bien les grands pays exportateurs qu'un continent comme l'Afrique ; et les sommes que les Etats-Unis ont décidé, en propre, de consacrer à l'aide alimentaire pour les pays les plus pauvres.

Non, décidément, on n'avait jamais vu un tel consensus de par le monde ; à la condition, bien sûr, que chacun tienne ses engagements, notamment au regard du refus affirmé du protectionnisme.
Chacun, en outre, a une bonne raison de se réjouir : Américains, Britanniques et avec eux tous ceux qui réclament une relance de la demande mondiale, au seul énoncé du total, avoisinant les 5 000 milliards de dollars, qui devrait être injecté d'ici 2010 dans les circuits de l'économie mondiale ; Allemands et Français, plus largement les Européens du continent, par la promesse d'une réforme des systèmes de régulation  de la finance internationale, et la mise au pilori des paradis fiscaux, avec la publication d'une « liste noire » et des sanctions possibles contre les pays qui y figurent ; les progressistes par l'engagement d'encadrer les rémunérations des « traders » ; les entreprises par l'annonce d'une révision des règles comptables, dont certaines ont accéléré la crise : tout cela donnant un «compromis historique pour une crise exceptionnelle» aux dires d'Angela Merkel.

Restent cependant deux grandes questions non traitées - ce n'était sans doute pas le lieu - mais décisives, car de la réponse qui leur sera donnée dépendront en partie les nouveaux rapports de force mondiaux qui s'ébauchent sous nos yeux.

La première a trait au sort des monnaies en général, à celui du dollar en particulier. C'est une première significative : la Russie, et surtout la Chine, ont souhaité la création d'un «panier de monnaies» qui se substitue au dollar comme monnaie de réserve ! La Chine en particulier, créancière des Etats-Unis, craint une baisse délibérée et prolongée du dollar, aux fins de réduire le déficit extérieur américain ; elle craint d'être payée en monnaie de singe. La Chine a pris date comme on dit, et l'on frémit à l'idée de ce pourrait être une tourmente monétaire. Mais c'est aussi par la monnaie que passent la puissance et la domination ! Il a fallu trente ans au vingtième siècle pour que le dollar se substitue à la livre comme monnaie de réserve. Nous vivons le début d'une nouvelle période de substitution d'un instrument à un autre.

L'instrument du futur pourrait être l'euro. On touche là la seconde grande question non résolue : celle de l'unité de l'Europe, et au minimum de sa cohérence dans la conduite qui devrait être commune de sa politique économique. Les Allemands n'en veulent pas, les Français ne le souhaitent qu'en paroles, et le désordre règne. Même si , à Londres, Merkel et Sarkozy ont fait cause commune, a-t-on songé un instant au poids qu'aurait représenté une Europe forte et unie ? L'euro serait alors naturellement le candidat naturel pour devenir à son tour la principale monnaie de réserve. Pour le plus grand bien de nos économies. Dans la grande redistribution des cartes mondiales qui s'opère, nous sommes hélas en retard. Et si nous en restons à l'Europe des Etats, donc a minima, nous regarderons l'histoire passer...

Jean-Marie Colombani

A lire aussi sur slate.fr au sujet du G20 et de la diplomatie mondiale, la tribune d'Hubert Védrine ,«le retour du leadership américain» de Daniel Vernet, l'analyse d'Anne Applebaum, celle d'Eric Le Boucher et notre forum.

Et l'intégralité du communiqué final du G20 sur lesechos.fr


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