Monde

La Chine, un partenaire économique à privilégier

Jean-François Copé, mis à jour le 24.12.2010 à 9 h 17

Selon le président de l'UMP, en France, on a souvent tendance à croire que nous avons plus besoin de la Chine que la Chine n’a besoin de nous. Ce postulat, qui frôle parfois le complexe d’infériorité, est faux.

A Shanghai, dans la queue pour acheter un billet de train. REUTERS/Aly Song

A Shanghai, dans la queue pour acheter un billet de train. REUTERS/Aly Song

Aux yeux des Chinois, la France est un pays qui compte, en particulier par son poids international. Notre place motrice au cœur de l’Europe, à côté de l’Allemagne, notre siège permanent au Conseil de sécurité de l’ONU, notre influence au G20, notre présence à la tête d’organisations internationales comme le FMI ou l’OMC, sont autant d’atouts qui font de la France un interlocuteur politique important pour la Chine.

Comme j’ai pu le mesurer lors de ma visite en Chine, du 1er au 5 décembre derniers, avec Jean-Pierre Raffarin, notamment quand nous avons rencontré le vice-Premier ministre Li Keqiang, les Chinois sont très intéressés par les démarches françaises en faveur d’une nouvelle gouvernance mondiale. Nous avons des intérêts communs à défendre. La Chine pourrait d’ailleurs collaborer sur au moins deux priorités portées par la France, alors qu’elle préside le G20.

1) La réforme du système monétaire international

On assiste à un «yo-yo» monétaire inquiétant: par exemple, depuis 10 ans, l’euro a gagné 40 % face au dollar, alors même que l’économie de la zone euro ne se porte pas mieux que celle des Etats-Unis… Aujourd’hui on voit bien que beaucoup d’Etats sont tentés de mener une dévaluation pour payer leurs déficits ou doper leurs exportations. Cette situation n’est pas viable à long terme: elle crée des déséquilibres tels qu’une nouvelle crise mondiale de très grande ampleur peut se préparer. Ce n’est dans l’intérêt de personne! A cet égard, la décision de la Chine en juin dernier de réévaluer graduellement le yuan est un signe très positif. Nous pouvons avoir un dialogue constructif sur ce sujet: d’autant plus qu’une réévaluation raisonnable du yuan est bien sûr dans l’intérêt de la Chine elle-même, c’est en effet le meilleur moyen de lutter contre une inflation galopante et une surchauffe de l’économie. La France plaide ainsi pour un système international moins volatil, moins dépendant du dollar, en favorisant l’emploi de l'instrument monétaire créé par le FMI, les droits de tirages spéciaux (DTS), pour équilibrer le cours des devises. Ce serait une avancée utile pour la France comme pour la Chine.

2) La réduction de la spéculation sur les matières premières

Avec la crise, le cours des matières premières aurait dû baisser, cela n’a pas été le cas, notamment à cause de la spéculation. Dans ce contexte, la France propose de réguler le fonctionnement des marchés de dérivés des matières premières, de renforcer en amont le dialogue entre producteurs et consommateurs pour laisser moins de prise à la spéculation, d’accroître la transparence sur le marché des matières premières agricoles (en ce qui concerne par exemple les politiques de stockage), et de créer au niveau international des outils assuranciels pour permettre aux pays importateurs de se couvrir contre la volatilité des cours. La Chine, qui a un grand besoin de matières premières pour son développement, a intérêt à mener ce combat avec la France.

Ces intuitions et ces combats que nous partageons au niveau mondial sont le signe de relations de confiance. Pourtant, il y a un décalage entre la grande qualité de nos relations bilatérales et l’anémie de nos relations économiques. Certes la France s’appuie sur un réseau de près de 1.400 entreprises implantées en Chine, mais cela ne permet pas à notre partenariat de décoller vraiment. Notre part de marché en Chine est seulement de 1,3% contre environ 4,85% pour l’Allemagne. Au premier semestre 2010, les exportations de produits allemands en Chine ont bondi de 56% pour atteindre 25,2 milliards d’euros (contre seulement 5,5 milliards pour la France).

A nous, Français, de mieux comprendre les besoins et le mode de fonctionnement de la Chine. Les entreprises françaises doivent renforcer leurs coopérations avec leurs homologues chinoises, à l’image des partenariats fructueux qu’Areva, Alstom ou EDF ont su mener à bien depuis des années pour renforcer le parc nucléaire civil chinois. Plus généralement, je crois aussi que la France, qui a parfois tendance à se refermer sur elle-même, doit prendre exemple sur la Chine pour s’ouvrir sans complexe sur le monde. En moins de 10 ans, la France est devenue la 1ère destination non anglo-saxonne pour les étudiants chinois qui vont à l’étranger, c’est très encourageant. J’aimerais désormais que ce soit au tour des étudiants français de se tourner massivement vers la Chine!

Aux Chinois aussi de ne pas craindre d’ouvrir leur économie aux pays développés. Nous devons engager des discussions de fond sur la protection de la propriété intellectuelle, l’accès aux marchés publics en Chine et la possibilité pour les entreprises européennes d’acquérir des partenaires chinois.

La coopération économique est l’un des sujets majeurs sur lesquels que nous avons pris rendez-vous avec nos homologues chinois. Dans ce domaine, nous ne devons pas faire preuve de timidité: l’arrimage à l’économie chinoise est indispensable –comment se tenir éloigné d’un pays qui connaît une croissance à deux chiffres et devrait, à ce rythme, devenir la première économie mondiale en 2040? En Chine comme partout ailleurs, notre influence politique ne perdurera que si nous gagnons également en poids économique.

Jean-François Copé

Jean-François Copé
Jean-François Copé (75 articles)
En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l’utilisation de cookies pour réaliser des statistiques de visites, vous proposer des publicités adaptées à vos centres d’intérêt et nous suivre sur les réseaux sociaux. > Paramétrer > J'accepte