La grand messe contre l'Islam
Deux futurs candidats à la présidentielle, une romancière russe, des gros bras et un «héros» suisse anti-minarets… Une après-midi avec le gratin anti-islam.
- Le musée d'histoire naturelle de Paris devant la mosquée de Paris, décembre 2009, REUTERS/Charles Platiau -
Sur le panneau situé à l’entrée, on apprend que l’Espace Charenton, dans le XIIème arrondissement de Paris, accueille vos séminaires, colloques, réunions et autres lancements de produits. Ce samedi 18 décembre, c’était donc un lancement un peu spécial, celui du produit Choc des civilisations. Aux manettes, Riposte laïque et le Bloc identitaire, les créateurs des apéros saucisson–pinard.
Les très redoutées Assises internationales contre l’islamisation de l’Europe ont donc finalement eu lieu. L’occasion de mesurer la vigueur d’une alliance contre-nature entre «Républicains des deux rives», ou plutôt entre partis d’extrême droite et anciens militants de gauche laïcs, marxistes ou féministes contre l’ennemi commun: l’islam et les musulmans des pays occidentaux.
Les contrôles systématiques de police cent mètres en amont témoignent d’une certaine tension. A l’entrée, cela s’agite un peu. C’est qu’il faut accueillir la partie pacifique du public tout en contenant les jeunes à capuches et autres habitués des tribunes chaudes du Parc des Princes… Le tout en accueillant les journalistes venus en nombre pour assister à l’acte de baptême de ce front anti-islam œcuménique, si j’ose dire. Soixante-dix accréditations annoncées, plus de cent journalistes s’étant présentés le jour J: les organisateurs ont réussi leur coup.
La Mosquée Notre-Dame de Paris
Au-delà de la diversité apparente des allocutions et du cursus des intervenants, une orientation unique est défendue, celle des musulmans comme vecteur de danger civilisationnel. Pas le moindre intervenant à contre-courant, pas la moindre tentative de compréhension, un procès à charge se déroule ici et il y a près de mille procureurs dans la salle. Tout le monde est venu pour s’exalter, l’heure n’est ni au débat ni à l’examen des faits.
«Phobique» n’est pas un terme excessif pour qualifier les sentiments qu’inspire l’islam aux intervenants qui se succèdent à la tribune. Après la pause déjeuner (saucisson – pinard au menu), Elena Tchoudinova, romancière russe, est venue parler de son roman La Mosquée Notre-Dame de Paris année 2048, refusé par soixante-dix éditeurs en France (huées) mais enfin disponible en version française (hourras). Bref intermède vidéo: on lance quelques images de la désormais célèbre rue Myrha (quartier de la Goutte-d’Or à Paris), sur les trottoirs de laquelle des musulmans prient chaque semaine. Rue qui est devenue un symbole et même une raison d’être pour ce front radical de lutte contre l’islam. Semaine après semaine, l’envoyé spécial de Riposte laïque s’en va en effet filmer cette prière collective sur place.
Les images emportent un réel succès: les participants se mettent à huer les musulmans comme un seul homme, certains lèvent le poing et déjà on entend du «Rentre chez toi», du «Mais on est en Europe» fuser dans la salle. L’assemblée applaudit volontiers ses héros, mais rien ne l’excite comme ses ennemis.
«L’In-Nocence» et le «Grand Remplacement»
Renaud Camus, qui doit intervenir à ces Assises, est assis près de moi, j’en profite pour entamer la conversation avec lui et un secrétaire général de son Parti de l’In-Nocence. C’est surtout sur la forme que ce parti se distingue des organisateurs de la conférence. Il est difficile à définir mais on pourrait le qualifier de tendance la plus littéraire et élitiste du courant de défense de la civilisation européenne. Un exemple parmi d’autres, sur l’immigration le parti juge qu’elle «n'a pas coïncidé avec un accroissement de la douceur de vivre, de la civilité dans les échanges sociaux et de l'harmonie dans la vie quotidienne». Le programme du FN, donc, mais exprimé très poliment…
Les camusiens sont là pour donner leur opinion sur «le grand remplacement de population de la France», l’écrivain est inquiet pour la «continuité du peuple français», et préfère rappeler qu’il est invité par Riposte laïque plutôt que d’entrer dans le jeu des ressemblances avec le Bloc identitaire. Mais à ce point de la journée, y a-t-il encore quelqu’un pour penser que la distinction importe? Le Parti de L’In-Nocence, dont le fondateur sera une nouvelle fois candidat à la présidentielle (s’il rassemble les 500 signatures nécessaires) a un discours ampoulé et ambiguë, à l’image du communiqué qu’il poste sur son site en réaction aux propos de Marine Le Pen. Si elle a parlé de l’Occupation avec un «O» majuscule, en référence à la période historique, alors elle a tort, si en revanche elle a parlé de l’occupation du sol et du territoire, alors «ses propos sont marqués au coin du bon sens et ils relèvent de la pure et simple observation des faits».
Les journalistes privés de castagne
Intermède de Pierre Cassen, dirigeant de Riposte laïque, dont la coupe au bol et les tenues de baba-cool du Larzac apportent une touche d’exotisme gauchisant au folklore vestimentaire identitaire. L’ancien trotskiste de la LCR et syndicaliste du livre à la CGT regrette l’absence du maire UMP de Montfermeil Xavier Lemoine, suite à la révélation de sa venue programmée par le blog du Monde consacré à l’extrême droite. Le journaliste, qui est dans la salle, se fait huer par les neuf cents «laïcs»… Il doit se sentir très seul.
A l’extérieur une possible confrontation entre la manifestation des partis et associations de gauche et le service d’ordre (joliment labellisé «Organisation») du Bloc identitaire se prépare. Apparemment ça va chauffer, les policiers sur place s’inquiétant dès le démarrage d’un possible affrontement. «Maintenant on vous conseille de rentrer», déclare l’attachée de presse du Bloc sans se départir de son sourire. Petite excitation journalistique générale autour de moi, il va enfin y avoir un peu de grabuge… Le service d’ordre forme deux lignes, on adopte une stratégie défensive et on attend la première charge, qui ne viendra pas, la police ayant bouclé le périmètre depuis le matin et empêché les deux cents manifestants de s’approcher de l’Espace Charenton.
Oskar Freysinger, icône pop de l’islamophobie
Retour au chaud pour assister au climax de la journée. La venue très attendue et très médiatisée du député du parti suisse UDC, Oskar Freysinger, le principal porte-parole de l’initiative populaire suisse (c’est-à-dire du referendum) contre la construction de minarets. L’extrême droite européenne s’est habituée à faire transiter les idées et les «bonnes pratiques» de ses militants, mais là nous avons à faire à une véritable star des mouvements anti-islam.
Par ailleurs chanteur et écrivain, portant le catogan, Oskar Freysinger est plus agitateur qu’homme politique classique. Excellent tribun, il tranche immédiatement par son aisance. «C’est vraiment sympa de votre part d’être venu écouter un salopard comme moi!» Après la succession à la tribune de radoteurs craintifs et haineux, Oskar Freysinger offre le visage jeune et dynamique de l’extrême droite new look. Blagues subtiles, bonnes formules, sous-entendus malicieux, il sait manier le verbe, il sourit et fait rire son auditoire. Il fustige les laïcs: «C’est facile de courber le dos quand on n’a pas d’échine!» Succès assuré. Les non musulmans? «Chez nous, c’est la majorité qui rase les murs». Le projet politique de l’islam? «L’islam est un socialisme perfectionné, l’islam c’est l’URSS plus Dieu». Nouvelle ovation. Délire de la salle. Oskar sait fustiger le christianisme et ses dérives «théocratiques» au bon moment, il invoque Voltaire et Rousseau, défend la révolution française et en appelle au peuple qui, en Suisse, «votera plus en un an que vous (c’est-à-dire les Français) dans toute votre vie».
Cette vivacité, cette bonhomie, ce charme même, tout cela me rappelle étrangement le candidat à l’élection présidentielle de Dead Zone, de Stephen King, adapté par David Cronenberg en 1983. Dans ce film le personnage charismatique y est plus séducteur qu’inquiétant, mais c’est son entourage qui révèle très tôt sa nature profonde: une bande de sinistres sbires qui ne le lâchent jamais d’une semelle et assurent la sécurité du boss. Venu avec son gilet pare balles, Oskar Freysinger peut compter sur la surveillance rapprochée de trois jeunes hommes en pull à capuche, casquette et lunettes noires qui balaient le public du regard dans l’attente d’un possible kamikaze, et qui n’essaient même pas de se faire discrets.
Et le Front national dans tout ça? Personne ne l’a invité. Involontairement, il aura pourtant participé par l’esprit à cette rencontre puisque c’est aux propos de Marine Le Pen sur l’occupation du territoire par les musulmans qu’on doit l’énorme focalisation médiatique sur ces assises. Et puis le Bloc présentera son candidat à la présidentielle, une autre voix identitaire aurait donc peut-être été de trop.
Jean-Laurent Cassely
Mis à jour le 19/12/2010 à 23h44















































GF, slate.fr
On ne peut pas parler d'objectivité à son égard.
Il oublie notamment le fond du problème qui est la non séparation entre une religion intolérante et l'organisation de la société.
"le suffixe phobie" est mal approprié. Il indique un peur irraisonnée alors que les raisons de craindre l'islam sont clairement analysées par les participants au colloque.
Vous écrivez: Assises internationales CONTRE l’islamisation de l’Europe ont donc finalement eu lieu.
L'intitulé exact de la maifestation était: Assises SUR l'islamisation de nos pays.
Vous avez changé deux mots et rajouté un autre mot
http://fr.novopress.info/73783/assises-contre-l’islamisation-ils-prendront-la-parole-le-18-decembre-a-paris-1/
Or pour l'avoir écouté plusieurs fois, l'intervention (complète, et non pas une sélections de morceaux choisi pour étayer votre opinion) d'Oskar Freysinger était impressionnante de réflexion et de profondeur, voir même de spiritualité.
Jugez par vous même, ayez la patience et justement l'objectivité de tout écouter :
http://www.dailymotion.com/video/xg6mwl_assises-de-l-islamisation-oskar-freysinger_news#from=embed
Ensuite, demandez vous si les fachos sont bien ceux que vous croyez ;-)
d'abord cet article n'est pas le compte-rendu officiel, vous me permettrez donc de choisir les extraits que je veux.
Ensuite vous dites que je ne suis pas objectif, et c'est vrai, j'ai souhaité assister à la manifestation organisée pour en relater une vision forcément personnelle tout en essayant avant tout de raconter ce que j'y ai vu et entendu, sans avoir à disserter autour du sujet beaucoup plus vaste de l'islam. En cela j'espère avoir fait preuve non pas d'objectivité, mais d'honnêteté ou de fidélité à la réalité.
Vous écrivez aussi "Oskar Freysinger était impressionnant de réflexion et de profondeur, voir même de spiritualité" : c'est votre avis et ça ne veut en rien dire qu'il est plus objectif que moi ou que quelqu'un d'autre.
Enfin, vous avez lu le terme "fachos" dans cet article ? Il ne me semble pas...
J'espère que ce commentaire répondra aussi aux autres réactions.
jean laurent cassely
Cela ne marche presque plus que sur certains bobos particulièrement crédules.
Les participants au colloque ne sont nullement des fascistes contrairement à certains opposants comme les islamo-fascistes de forzane alizza. Ils ne sont pas opposés au musulman de base qui essaie de pratiquer sa religion, mais contre un système qui fait que sur plus de 50 pays à majorité islamique aucun n'est tolérant et démocratique.
Le recteur de la mosquée de Paris en réclame … 4000 ! On va où ?
Le responsable du NPA (03.02.2010) présente une candidate voilée pour les élections régionales.
Le Premier ministre inaugure une mosquée (28/06/2010) avec à sa droite une gamine voilée. Aurait-il inauguré une église ?
Le nombre de femmes voilées a littéralement centuplé dans les rues depuis 5 ans. On va où ?
Les attaques délibérées et répétées contre le statut des femmes ne cessent pas : au début, une sorte de bandana, puis le voile, puis la burqa.
La Turquie, dirigée par un gouvernement islamiste déterminé et rusé, finira par être admise dans l'UE … et la charia aura ses grandes entrées au conseil de l'Europe.
Dès qu'une critique est émise envers l'islam, la victimisation est systématique et les groupes de pression montent au créneau. Vous en voyez beaucoup, des groupes de pression chrétiens faire le même cinéma quand Benoît XVI est critiqué par quelqu'un ?
Ah, autre chose : ni Oskar Freysinger ni Geert Wilders ne sont des « fascistes » ou des « nazis ».
Ils ont le mérite de mettre un couop de projecteur exactement là où il le faut.
JF Bonnin
- Ils n'ont aucun problème à vivre leur foi dans le cadre de nos institutions et ne souhaitent pas les mettre à bas pour y substituer la charia. On gardera quand même à l'esprit qu'en matière d'Islam, le politique n'est jamais très loin du religieux.
- Ils ne souhaitent pas s'intégrer plus dans une société occidentale qu'ils considèrent comme à la dérive et dépourvue d'un socle de valeur suffisamment solide.
L'Islam interroge nos sociétés et la seule réponse qu'on semble capable de fournir c'est ce discours de rejet et des postures défensives un peu grotesques quand on regarde ce qu'il reste à défendre : l'individualisme hédoniste, la consommation et le code pénal.
C'est la conséquence de notre désintérêt pour la vie publique, notre mépris pour la philosophie, le débat d'idées. Même la spiritualité semble être un oripeau de la nature humaine dont il faut se délester d'urgence (c'est bien connu, la spiritualité, c'est pour les neu-neu qui ne comprennent rien à la science).
Nous n'avons pourtant rien à craindre de l'Islam dans la bataille des idées et des concepts, son développement n'est que démographique et sa nature et sa forme même, rigide et tendant vers le "totalitarisme", est précisément ce qui le disqualifie pour s'imposer en masse dans des pays comme les nôtres.
Par ailleurs, comment cela pourrait-il arriver alors qu'une affaire d'amende pour port du voile au volant nourrit la chronique médiatique pendant la moitié de l'année ? Comment cela pourrait-il arriver alors que le gouvernement a, à propos de la burka, commis une atteinte au principe de laïcité, c'est à dire de neutralité, de l'Etat français en matière de religion ? L'Islam et les musulmans sont surveillés comme le lait sur le feu et on craint encore une islamisation de l'Europe ?
J'imagine qu'une société qui s'ennuie fini par prendre goût à se faire peur.
Je loue seulement le vrai travail d'un journaliste qui a pris la peine de se rendre sur place, de voir, de d'entendre et de discuter
Ce n'est pas comme sur tous les, oui tous!, les sites des quotidiens et hebdos de la presse française qui ont juste fait un copier-coller de la dépêche AFP qui, sans nuance, mettait l'extrême droit dans l'espace Charenton et la gauche à l'extérieur.
Dans cet article qui sent le vécu, on voit bienque cette dépêche AFP était "orientée".
En revanche, le terme "islamophobie" apparaît dès 1910, dans "La politique musulmane dans l'Afrique Occidentale Française", d'Alain Quellien. On en retrouve d'autres occurrences durant le tout début du siècle dernier, dans la "Revue du Monde Musulman", la "Revue du Mercure de France" et d'autres. La référence la plus connue de ce terme est celle de 1925, sous la plume du peintre orientaliste Etienne Dinet qui évoque un "délire islamophobe" à propos d'un ouvrage d'un jésuite.
Alors que Fourest admet elle-même l'existence d'un "racisme anti-musulman" (cf sa dernière tribune dans Le Monde, pour dénoncer cette réunion d'extrême droite), il serait plus que temps d'appeler les choses par leur nom, islamophobie, et reconnaître ce que les rédacteurs d'un siècle évoquaient sous le même terme : les préjugés essentialistes, vindicatifs et bellicistes à l'égard des musulmans. Un racisme exponentiel que l'on retrouve aujourd'hui parmi les mouvements d'extrême droite à l'initiative de ces "Assises" comme dans des courants idéologiques modérés, proches des think tanks néo-cons. Parallèlement, la symétrie entre l'antisémitisme et l'islamophobie est frappante, mêmes mécanismes essentialistes et différencialistes, mêmes procédés de racialisation d'une religion, même démonisation, même recherche du bouc-émissaire en période de crise. Reconnaître la réalité de l'islamophobie n'empêche pas de dénoncer l'intégrisme islamique, de même que reconnaître la réalité de l'antisémitisme n'empêche pas non plus de dénoncer les ultras du sionisme.