France

Présidentielle: 2012 ne sera pas 2007

Thomas Legrand, mis à jour le 19.12.2010 à 8 h 58

Les candidats ne sont pas encore connus, les programmes sont en construction, mais, à gauche comme à droite, on ne pourra pas resservir les recettes du passé.

Réunion à Orbec, le 1er décembre 2012. REUTERS/Philippe Wojazer

Réunion à Orbec, le 1er décembre 2012. REUTERS/Philippe Wojazer

La seule chose qui soit sûre, c’est que 2012 ne ressemblera pas aux précédentes campagnes. C'est-à-dire que nous n’assisterons pas au classique affrontement droite-gauche, bien binaire avec la rigueur, l’économie et le marché à droite et puis le social, la redistribution et l’Etat à gauche. Smith contre Keynes, c’est fini.

A gauche, éviter le syndrome 2002

Pour l’instant, le PS mange son pain blanc programmatique. Le projet d’égalité réelle, qui couvre aussi bien la fiscalité, le logement que l’éducation, est certes fondé sur des préoccupations réelles, il fait encore illusion, mais de l’aveu même des responsables socialistes, ce n’est encore qu’un catalogue, pas réellement chiffré et pas du tout hiérarchisé. Le PS nous promet un chiffrage à l’euro près en début d’année prochaine et la hiérarchisation, on imagine, sera le fait des différents prétendants à la candidature socialiste selon leur tropisme et sera un élément du choix offert aux électeurs des primaires. Que ce soit DSK, Aubry, Royal, Hollande et –soyons sympa– Valls ou Montebourg qui soit désigné en novembre prochain, il/elle aura devant lui/elle, en ligne de mire, mai 2012, mais aussi un immense gouffre financier.

Aucun des candidats socialistes potentiels ou déclarés n’affirme, pour l’instant, vouloir rétablir la situation à coup de relance purement keynésienne. Si chacun fait attention de refuser l’idée d’une rigueur trop dure, pour ne pas briser les possibilités de croissance, plus personne au PS ne proposera le smic à 1.500 euros et des hausses de prestations en tout genre. On ne le mesure pas encore vraiment, la droite ne le mesure pas encore, qui traite toujours les socialistes de néo-marxistes, mais en réalité le PS s’apprête à faire une campagne relativement centriste. Et pourtant, il peine, le PS de Martine Aubry, à mettre des mots de modération sociale sur son ébauche de programme.

Cela risque troubler les électeurs de gauche, me direz-vous... Mais en tout cas, pour l’instant, l’électeur de gauche, dans les sondages, plébiscite le patron du FMI, qui –de part ses fonctions– ne représente pas le profil type du bon socialiste français en campagne. Et puis l’électeur de gauche, peut-être qu’il se rappelle qu’à chaque fois que les socialistes ont été au pouvoir, en dehors de la période 1981-1983, ils ont toujours finalement fait une politique relativement modérée. Donc, pourrait-il se dire, l’électeur de gauche: quitte à voter pour un candidat qui fera une politique modérée et «raisonnable», autant voter pour un candidat qui dit qu’il fera une politique modérée et raisonnable.

Voilà en tous cas ce que doivent espérer les responsables du Parti socialiste qui savent ce qu’ils vont trouver (ou plutôt ne pas trouver) dans les caisses en 2012 et qui savent donc ce qu’ils ne peuvent pas promettre. Leur angoisse c’est que, finalement, le seul candidat socialiste à avoir eu (à peu près) ce genre d’attitude en campagne, dans l’histoire récente (souvenez-vous, «mon programme n’est pas socialiste») c’est Lionel Jospin en 2002. Évidemment ce n’est pas très engageant.

La grande difficulté pour la gauche sera de se différencier de la droite avec un peu plus que la promesse d’une rigueur plus juste. Pour cela, il lui faudra trouver les perspectives, non pas de rasage gratis mais de transformations sociales crédibles. On entend déjà parler de capitalisme coopératif (Arnaud Montebourg), de nouveau protectionnisme, avec l’apparition de cette notion du «juste échange»...

A droite, faire oublier 2007

Et à droite? C'est pareil, pas question non plus de faire les mêmes promesses qu’en 2007… L'UMP prépare la campagne de 2012, celle de Nicolas Sarkozy, puisqu’on apprend que le Président vient de faire rayer des statuts de l’UMP ce qu’il avait lui-même institué: les primaires. C’était un détail, mais il ne fallait pas l’oublier. Donc, si tout va bien… (et d’ailleurs aussi, si tout va mal, comme aujourd’hui en matière de popularité) Nicolas Sarkozy devrait être candidat. Avec quel programme? L’UMP de Jean-François Copé se met au travail avec une difficulté particulière: faire oublier 2007.

Ce que proposera Nicolas Sarkozy pour son prochain mandat ne pourra pas ressembler, de près ou de loin, à ce qu’il avait proposé en 2007. Et il encourra, forcément, le risque de la contradiction flagrante. Des slogans comme «travailler plus pour gagner plus» ou des mesures emblématiques comme le plan Marshall pour les banlieues sont caduques. Comme pour la gauche, les promesses coûteuses ne seront plus de mise mais en plus, la difficulté pour la droite est que le discours habituel –celui qui avait été dominant chez Nicolas Sarkozy en 2007, celui de l’adaptation de la France à la mondialisation– ne sera plus de mise non plus. D’ailleurs, en chargeant Bruno Lemaire, villepino-chiraquien (donc à cent lieues de la rupture de 2007) de rassembler les idées des think tanks et autre clubs de droite, pour en être, ensuite, l’incubateur et la plume du programme, l’UMP montre à quel point la campagne de 2012 sera différente de la campagne de 2007.

Mais c’est normal, il y a eu la crise! Oui. Mais cet argument est compliqué à manier, parce que ça voudrait dire que les promesses de 2007 n’étaient pas adaptées aux temps de crise. Ça veut dire que les mettre en œuvre aurait aggravé la crise, un peu comme si on vous vendait un vélo que pour les descentes! Mais, comme pour la gauche, qui, du fait de la crise, ne peut plus promettre un Etat dépensier, la droite est obligée d’admettre que ses solutions –celles en tout cas de 2007 où l’on nous disait qu’il fallait que la France s’adapte à la mondialisation et au libéralisme ambiant–  ressemblaient à ce qui a donné la crise. Par exemple: faire de la France «un pays de propriétaires»,  l’un des slogans de la dernière campagne, supposait plus de facilité d’endettement. Solution rendue obsolète et même nocive, aux yeux de tous, par la crise de septembre 2008.

Alors, on commence à percevoir quelques bribes de ce que devrait proposer le Sarkozy 2012. L’Etat doit se concentrer sur des missions prioritaires, dit-on déjà dans les cénacles qui planchent au futur programme. Le problème, c’est que c’est exactement aussi ce qui se dit dans les cénacles qui planchent pour le futur candidat socialiste.

Autre discours qui monte, en ce moment à droite, c’est qu’il faut reformer, notamment la fiscalité, dans le sens d’une coordination avec nos partenaires européens (ça aussi ça monte au PS). Cette idée qu’on ne règlera rien tout seul. Une idée délicate à manier, parce qu’elle peut ressembler à un début d’aveu d’impuissance. S’il se confirme que c’est sur ce constat, assez évident d’ailleurs, que va se fonder le programme économique du Président, il faudra admettre que (logiquement) rien ne dépend –uniquement– de nous.

C’est intéressant, parce que ça va à l’encontre d’une certaine forme de volontarisme national qui était le carburant du Sarkozy 2007. Le Sarkozy 2012 saura-t-il trouver les mots pour dire l’inverse du Sarkozy 2007 en restant crédible? On souhaite bon courage à Bruno Lemaire. Mitterrand 1988 (réélu) avait réussi à faire oublier Mitterrand 1981. Encore une fois, François Mitterrand est le modèle stratégique de Nicolas Sarkozy.

Thomas Legrand

Thomas Legrand
Thomas Legrand (156 articles)
En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l’utilisation de cookies pour réaliser des statistiques de visites, vous proposer des publicités adaptées à vos centres d’intérêt et nous suivre sur les réseaux sociaux. > Paramétrer > J'accepte