Economie

Les nouvelles voitures, moteur de nouveaux emplois

Gilles Bridier, mis à jour le 14.01.2011 à 14 h 14

Les premières voitures électriques seront bientôt commercialisées. Elles symboliseront les nouvelles formes de mobilité, avec, à la clé, de nouveaux postes surtout dans les services.

Storm?  / _maddin_ via FlickrCC License by

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L’arrivée de la voiture électrique, après tant d’années où elle ne fut qu’un véhicule virtuel, marquera bien plus qu’une rupture technologique. En France, la commercialisation de la Ion de Peugeot doit démarrer fin 2010, un an avant la Zoe de Renault. Mais ces voitures ne sont que la partie la plus visible d’un phénomène qui ne demande qu’à éclore. D’autres concepts de véhicules électriques totalement nouveaux sont prêts à prendre la route, comme les petites voitures à quatre places SC4P de SimplyCity, à deux places Smera de Lumeneo ou BlueCar de Bolloré, les utilitaires légers Sam de la société Bi-Scot ou G5 de Goupil Industrie. Et treize agglomérations pilotes (parmi lesquelles Bordeaux, Strasbourg, Grenoble, Rennes, La Rochelle…) se sont engagées à déployer des infrastructures électriques spécifiques pour recharger les batteries des véhicules.

Va-t-on enfin sortir des discours incantatoires? Pour Vincent Chriqui, directeur général du Centre d’analyse stratégique (CAS) rattaché aux services du Premier ministre, «le modèle de société fondé sur l’automobile, tel qu’il s’est construit tout au long du XXe siècle, n’apparaît aujourd’hui plus durable. Les mois qui viennent verront l’arrivée d’une nouvelle génération de véhicules, entièrement électriques ou hybrides. L’enjeu des prochaines années résidera dans notre capacité à intégrer ces véhicules dans une vision globale de la mobilité», explique-t-il dans un rapport qui propose 19 recommandations en faveur des nouvelles mobilités.

La mobilité durable, un creuset pour de nouveaux métiers

Ainsi, même si elle ne doit représenter que 10 à 15% des ventes à l’horizon 2020, la voiture électrique –ou hybride– va devenir l’expression d’une nouvelle approche des transports, notamment en milieu urbain. Avec, à la clé, de nouveaux emplois. Jean-Louis Léonard, directeur du Programme national de recherche et d’innovation dans les transports terres pour 2008-2012 (Predit 4), résumait récemment les nouveaux enjeux: «Maintenant, il va falloir former des mécatroniciens», contraction de mécaniciens et d’électroniciens. La mécatronique qui associe mécanique, électronique et micro-informatique, existe depuis une quinzaine d’années. Ses effectifs devraient vite se développer.

Le concept de mobilité durable ne s’arrête pas aux véhicules. «Un nouveau partage de la chaîne de la valeur pourrait permettre le passage progressif d’une économie de biens à une économie de services. Avec l’apport du numérique, il s’agit désormais de penser la mobilité autrement», poursuit Vincent Chriqui.

Cette projection dans l’avenir n’est pas nouvelle, mais elle n’avait jusqu’à présent jamais mobilisé les foules et encore moins les décideurs économiques qui évaluaient mal les retours sur investissement. Le Grenelle de l’Environnement a changé le regard porté sur la mobilité durable en fixant un objectif aux transports; une réduction des émissions de dioxyde de carbone de 20% d’ici à 2020, afin de les ramener à leur niveau de 1990.

Aussi, lorsque les travaux en amont du Grand emprunt désignèrent ce secteur comme l’une des priorités avec une enveloppe de 3 milliards d’euros pour la mobilité future et  une autre de 4,5 milliards pour la ville de demain, les décideurs en question prirent alors le projet au sérieux: on parlait d’argent. Du coup, on allait plancher sur de nouveaux projets et se mettre en quête de nouvelles compétences, pour pourvoir ces fameux emplois verts qui doivent contribuer à la croissance économique de demain. Or, la mécanique du Grand emprunt progresse: début décembre, le Premier ministre François Fillon a distribué les premières enveloppes.

Emplois verts, dans les transports aussi

S’appuyant sur un certain nombre d’études, le Conseil d’orientation pour l’emploi (COE) évalue à 600.000 le nombre total de postes qui pourraient être créés en dix ans, tous secteurs confondus, au titre de la croissance verte. Sur ce total, une bonne partie proviendrait de la mobilité durable, qu’il s’agisse de la construction de nouvelles infrastructures (plus de 60.000 postes), de la production de nouveaux matériels de transports collectifs (5.000 emplois supplémentaires pour les tramways), du développement de modes de transport écologiques (le transport fluvial devrait créer quelques milliers d’emplois)… Dans l’industrie automobile, les nouveaux véhicules devraient surtout permettre de lutter contre les réductions d’effectifs. Dans les filières électromécaniques et réseaux électriques, plusieurs dizaines de milliers d’emplois devraient être créés, concernés pour partie par des questions de mobilité.

Toutes les options sont ouvertes. Des sociétés d’ingénierie et de services se multiplient pour coordonner des actions. Les projets vont de l’extension de réseaux de transports collectifs à la mise en place de petits véhicules légers en libre service, électriques à deux, trois ou quatre roues et au vélo, le tout en offrant une information en temps réel pour permettre l’optimisation des déplacements. Ce qui laisse aussi une immense place aux entreprises du numérique.

Rien n’est gagné par avance car toutes les habitudes doivent être chamboulées. Aussi pour Jean-Claude Degand à la tête de Mobiken-SLE (technologies de l’information appliquées au transport et à la ville et disponibles sur les mobiles ou dans les véhicules), «nous avons une ardente obligation d’ergonomie» pour séduire le grand public. Giuseppe Attoma, dont la société a conçu Navigo pour la RATP, s’attaque à la complexité croissante des systèmes de mobilité en ville.

Numérique, ergonomie et logistique, au service de la mobilité

Des projets voient le jour, mais leur fiabilité économique doit être validée. Par exemple, compte tenu d’une dérive des coûts dans le vélo en libre service, un géant du secteur comme JC Decaux hésite à se lancer dans l’autopartage. Malgré tout, Okigo (émanation d’Avis et de Vinci Park) à Paris, City Roul à Rennes, Auto’trement  à Strasbourg ou Mobilib à Toulouse ont franchi le pas. Et le 16 décembre, Paris a donné le coup d'envoi d'Autolib, en confiant le marcgé de la voiture électrique en libre-service à Bolloré. Car on n’imagine pas faire marche arrière dans les transports: le prix de l’énergie est plus orienté à la hausse qu’à la baisse et les réglementations pour la sauvegarde de  l’environnement et contre le réchauffement climatique –tant françaises qu’européennes– sont de plus en plus sévères.
 
La mobilité va changer. Des cabinets de conseil comme Mobility+ se spécialisent dans les plans de déplacements d’entreprises (PDE) pour réorganiser les trajets domicile-travail des salariés, et la conception de systèmes de déplacements alternatifs à la voiture individuelle à la demande de collectivités territoriales. Plus globalement, la logistique qui sert à optimiser les transports de personnes et de marchandises prend de plus en plus d’importance dans les entreprises. Elle représente aujourd’hui 10 à 15% de leur chiffre d’affaires en France et est créatrice d’emplois. Certes, les habitudes de transport ne se modifieront que lentement et la mobilité durable ne s’installera que progressivement, mais les compétences au service de nouveaux modes de déplacement seront de plus en plus recherchées. Le potentiel, dans ces filières, est encore à peine exploité.

Gilles Bridier

Chronique également parue sur Emploiparlonsnet

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Journaliste
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