France

Neige: et si c'était la faute à personne?

Grégoire Fleurot, mis à jour le 19.12.2010 à 10 h 57

Plus les prévisions météo sont bonnes, moins nous tolérons les conséquences des intempéries. Certaines d'entre elles sont pourtant inévitables, et nous devrions savoir adapter nos comportements en conséquence.

A Sestrieres, décembre 2008, REUTERS/Max Rossi

A Sestrieres, décembre 2008, REUTERS/Max Rossi

Trente-quatre départements ont été placés en vigilance orange dimanche 19 décembre pour cause de neige et de verglas. On redoute déjà une pagaille similaire à celle qui avait suivi la chute de neige du mercredi 8 décembre, quand de nombreux automobilistes s'étaient retrouvés bloqués sur les routes. Cet article, publié le 16 décembre, revient sur la gestion des conséquences des intempéries hivernales en France.

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Quelques jours après l’importante chute de neige qui a paralysé une partie du réseau de transport en Île-de-France le 8 décembre, la querelle entre Météo-France et le gouvernement semble s’être calmée. Le gouvernement a reconnu que les prévisionnistes «ont fait du mieux qu’ils pouvaient» et a décidé de changer de discours en prévision d’un nouvel épisode neigeux attendu jeudi 16 décembre: le secrétaire d’Etat aux Transports Thierry Mariani a déclaré lundi 13 décembre au Parisien qu’«acheter davantage de saleuses ne changerait rien et me paraît disproportionné […] tous les moyens de l’Etat étaient engagés. […] Les pouvoirs publics ne peuvent pas tout faire et les ennuis zéro, ça n’existe pas». Dans quelle mesure les conséquences d’un phénomène météorologique peuvent-elles être maîtrisées?

Comme lors de toute chute de neige importante, ce sont les transports qui ont principalement été touchés en Ile-de-France le 8 décembre dernier. Il existe pourtant des dispositifs de réponse à de telles situations. Une fois alertées par les services météorologiques, les autorités chargées des Transports se mettent au travail.

Rendre les routes praticables

Elles disposent de plusieurs outils pour essayer de rendre les routes praticables: le salage est effectué le plus près possible de la chute de neige pour éviter la formation de verglas, l’épandage de fondant routier (qui consiste à verser du chlorure de sodium sous forme liquide, solide ou de bouillie) sur le verglas pour en accélérer la fonte et enfin le raclage en cas de grosse épaisseur de glace ou de neige. Ces mesures sont mises en place sur les axes qui sont définis comme prioritaires selon les flux habituels de trafic et des facteurs socio-économiques (activité dans la zone, transports en communs, centres hospitaliers). Comme pour la météo, les autorités utilisent un code couleur destiné aux usagers de la route pour les conditions de conduite et pour les conditions de circulation.

La réponse des pouvoirs publics n’a pas été parfaite lors de la dernière chute de neige: le préfet de Paris a attendu 15 heures mercredi 8 décembre pour interdire la circulation des poids-lourds sur certains grands axes, une décision tardive qui a contribué à bloquer les saleuses dans des embouteillages. Les routes de la région ont aussi été salées trop tôt (dans la nuit de mardi à mercredi), ce qui a laissé le temps à la  pluie et au passage des voitures d’enlever le sel des routes. Ces dysfonctionnements ont nui à l’efficacité de la gestion du trafic, mais une question reste: même si les autorités avaient répondu avec un timing parfait, y aurait-il eu des perturbations sur le réseau routier? Il y a de bonnes chances pour que la réponse soit positive.

«On ne peut pas enlever la neige avant qu’elle soit tombée», plaisante René Héroux, des services météorologiques canadiens. Cette réalité indiscutable est souvent oubliée. En fait, les améliorations dans la qualité des prévisions météo ont un effet pervers sur la tolérance des citoyens: plus les prévisions sont bonnes, moins la population tolère les conséquences pourtant parfois inévitables des intempéries. Comme si la prévision seule réglait les problèmes. Denis Clément, formateur de l’Institut français des formateurs-Risques majeurs et protection de l’environnement (IFFO-RME), explique:

«La difficulté actuelle de la prévision météo, c'est qu'elle devient très bonne. Et que plus la zone d'incertitude se réduit, plus l'existence même de cette incertitude devient difficile à supporter par les personnes concernées.»

Réponse individuelle

Il n’y a pas que la responsabilité des prévisions météo et des pouvoirs publics. Les moyens à disposition de la population pour s’informer lors des intempéries d’hiver ne manquent pas: Météo-France, les sites des Directions interdépartementales des routes, les cartes de trafic comme Sytadin ou encore le site de Bison Futé. Les conseils aux conducteurs sont clairs: en cas de vigilance météo orange ou rouge, il est fortement recommandé de ne pas prendre la route, un conseil que les automobilistes bloqués le 8 décembre n’ont pas suivi.

Les comportements individuels sont en effet souvent ignorés dans l’analyse des désordres engendrés par les intempéries. Pourtant, ils ont une importance primordiale. Lors des tempêtes de 1999, les gens ont eu tendance à sortir pour mettre leur voiture ou leur chien à l’abri, au lieu de rester chez eux, ce qui a entraîné de nombreuses victimes. Dans un pays comme la France où les grosses chutes de neige restent rares (mis à part les zones en altitude), la population n’est pas habituée et n’a souvent pas les bons réflexes. France Soir rapporte les propos d’un membre de la Préfecture de police:

«Dès qu’il y a cinq centimètres, ils paniquent! Les Canadiens, eux savent conduire en hiver. Ici, il y a tout de suite des voitures arrêtées, des accidents, des automobiles en travers de la route, qui bloquent tout. [...] Quand il pleut, c’est déjà le bazar dans Paris. Alors avec de la neige, on n’est pas étonnés!»

René Héroux n'est pas de cet avis:

«Au Canada, dès qu’il y a une tempête, c’est comme si les gens n’habitaient pas dans un pays nordique. Ils sont au courant des alertes météo, mais ne suivent pas forcément les recommandations. Les gens ont beau être habitués, chaque année, lors de la première tempête de la saison, on a l’impression que c’est du jamais vu. Il y a une sorte de déni de l’hiver.»

Tout le monde ne réagit pas de la même manière face à un évènement imprévu, explique Denis Clément: «10% des gens réagissent parfaitement, 80% ne font rien, et 10% font exactement le contraire de ce qui est nécessaire.» La chute de neige du 8 décembre a eu au moins une conséquence positive: le secrétaire d’Etat aux Transports semble avoir compris l’importance d’une bonne information de la population et a appelé à un renforcement du système d'alerte en cas de fortes intempéries, avec des messages par des flashes à la radio, des bandeaux défilants à la télévision, des messages sur les panneaux lumineux des autoroutes, «sur le modèle de celui qui existe pour les enlèvements».

L’IFFO-RME, une structure associative missionnée par le ministère du Développement durable et le ministère de l’Education, travaille depuis 20 ans à la sensibilisation aux risques majeurs, et notamment météorologiques, tout au long de l’année. Sa présidente, Sylvette Pierron, explique qu’il n’est pas facile d’inculquer une véritable culture du risque:

«Dans nos sociétés, on est assuré pour tout, mais est-ce vraiment une bonne chose? Le citoyen est le premier responsable de sa sécurité, mais en France on a tendance à toujours se tourner vers l’Etat. Le citoyen doit devenir un acteur et ne pas simplement subir les phénomènes. Notre action porte ses fruits, et il y a eu en 20 ans de réels progrès dans la prise en compte et le développement d’une culture du risque au niveau des autorités et des associations. Mais à l’échelle des comportements individuels, la situation évolue moins rapidement.»

Encore une fois, difficile de mettre en place une vraie sensibilisation de la population pour des phénomènes qui restent exceptionnels. Le meilleur comportement à adopter reste encore de se tenir informé et de suivre les recommandations des autorités. Dans la nuit de jeudi 16 à vendredi 17, où des chutes de neige allant jusqu'à 20 cm sont annoncées dans le nord-est, le bulletin de vigilance orange conseille: «Soyez très prudents et vigilants si vous devez absolument vous déplacer.»

Grégoire Fleurot

Grégoire Fleurot
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Journaliste
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