France

Présidentielle: le scénario du remake du duel Sarkozy-Royal

Bastien Bonnefous et Jean-Marie Pottier, mis à jour le 16.12.2010 à 9 h 24

A 500 jours de la présidentielle, Ségolène Royal vient de se porter candidate, Nicolas Sarkozy entre dans la dernière phase de son quinquennat et Slate.fr a revu le débat de 2007 pour tenter d'imaginer le possible remake de 2012.

Ségolène Royal, David Pujadas, Laurence Ferrari et Nicolas Sarkozy (REUTERS/mont

Ségolène Royal, David Pujadas, Laurence Ferrari et Nicolas Sarkozy (REUTERS/montage Slate.fr).

«Bonsoir à tous. Bonsoir Ségolène Royal, bonsoir Nicolas Sarkozy.» Nous sommes le mercredi 2 mai 2012, et Laurence Ferrari accueille, au côté de David Pujadas, les 20 millions de téléspectateurs du débat de l’entre-deux-tours de l’élection présidentielle, qui a un air de déjà vu: il oppose les mêmes candidats que cinq ans auparavant.

[Regarder l'intégralité du débat de 2007 ou en lire la transcription]

Cette hypothèse paraît encore lointaine –nous sommes à 500 jours du premier tour de la présidentielle– et pour qu'elle se réalise, encore faudrait-il que Royal remporte une nouvelle fois la bataille de l'investiture socialiste et qu'elle et Sarkozy écartent l'hypothèse d'un troisième homme ou femme, comme Marine Le Pen ou François Bayrou. Mais elle met face-à-face un candidat très probable et, pour l'instant, la seule candidate déclarée de tout premier plan chez les socialistes. Elle ne constituerait pas non plus une première, puisque Mitterrand et Giscard d'Estaing s'étaient déjà affrontés en un «remake» en 1981, et que ce scénario aurait pu se reproduire en 2002 avec Chirac et Jospin.

Slate.fr a tenté d'imaginer ce scénario en revisionnant le débat du 2 mai 2007 et en listant, au vu des trois ans et demi écoulés, les thèmes qui pourraient animer celui de 2012, sachant que certains (comme l'international) avaient été «expédiés» à l'époque.

Stratégie: l’international contre le local

Entre 2007 et 2010, la posture de Ségolène Royal a finalement peu évolué, la responsable socialiste faisant toujours reposer sa candidature sur un même atout supposé: son implantation locale et son bilan politique comme présidente de région en Poitou-Charentes. Dans l'interview à La Nouvelle République où elle a annoncé sa candidature le 30 novembre, elle décrit une nouvelle fois sa région comme le «laboratoire économique, social, écologique et éducatif» de son «projet de gauche et écologiste». Le 18 septembre, elle avait expliqué lors de son discours de rentrée à Arcueil que «ce qui se fait sur un territoire peut être fait au niveau national». Un message qu'elle n'avait cessé de répéter en 2007 durant la campagne présidentielle, signant sa candidature sous le sceau de «la politique par la preuve».

A l’opposé, Nicolas Sarkozy avait davantage mis l’accent dès 2007 sur les comparaisons mondiales, qui rendaient selon lui nécessaire une adaptation de la France sur plusieurs points. En 2012, il devrait à nouveau se projeter dans sa dimension internationale, d’autant que 2011 est l’année de la présidence française du G20. Les références, cependant, devraient quelque peu changer: en 2007, le futur chef de l’Etat mentionnait surtout l’Espagne (depuis victime d’une très grave crise immobilière) et l’Angleterre (qui a dû nationaliser plusieurs banques). En 2012, les comparaisons internationales viseront évidemment l’Allemagne, et sans doute, si DSK ne s'engage pas dans la course présidentielle, le FMI, afin de tenter de jouer sur de possibles divisions socialistes.

Economie: le procès du «président des riches»

L’analyse du bilan économique de Nicolas Sarkozy (qui se fixait comme objectif lors du débat de 2007 un taux de chômage de 5%) va de toute façon être brouillée par la crise internationale, mais celle-ci pourrait offrir plusieurs angles d’attaque à Ségolène Royal, par exemple sur les ristournes fiscales du début de mandat. Le «paquet fiscal» de 2007 (passage du bouclier fiscal de 60% à 50%, détaxation des successions...) et les mesures projetées pour 2011 (suppression du bouclier fiscal, mais aussi en parallèle de l’ISF) devraient animer un éventuel débat: celui de 2007 avait été marqué par un accrochage sur une «riche héritière» (son nom n’avait pas été prononcé, mais il s’agissait de Léone-Noëlle Meyer, héritière du groupe Galeries Lafayette) qui avait «reçu un chèque de 7 millions d’euros» grâce au bouclier fiscal à 60%. En 2012, il serait surprenant que le nom d’une autre héritière, Liliane Bettencourt, ne soit pas prononcé, autant pour les affaires entourant l'héritière L'Oréal que pour sa stratégie d'optimisation fiscale.

A l’opposé, Nicolas Sarkozy devrait défendre son action d’«amaigrissement» de l’Etat et sa décision de ne pas remplacer 50% des départs à la retraite de fonctionnaires, là où Ségolène Royal défend toujours en 2010 l'arrêt des suppressions de postes dans l'Education nationale et propose la création d'une «banque nationale» de prêts pour les petites entreprises.

Sur l’emploi, il est en revanche plus difficile pour l’instant d’évaluer comment se déploierait le clivage entre les deux candidats. En 2007, Ségolène Royal défendait prudemment les 35 heures, progrès social qui avait créé selon elle «un million d'emplois» en France, et proposait également de «revaloriser» le smic et les bas salaires. Mais elle avait renié dès juin 2007 ces deux propositions «pas du tout crédibles» de son programme présidentiel. En vue de sa candidature pour 2012, la dirigeante socialiste a concentré une grande part de ses efforts sur une catégorie particulière, les jeunes, avec sa proposition d’un «pacte de confiance» prévoyant que chaque jeune actif français «doit être soit en formation, soit au travail, soit en service civique»; l’élargissement de sa proposition de «bourses tremplins» avec à la clé «500.000 emplois» promis; ou encore un «tutorat» de salariés expérimentés pour encadrer les jeunes accédant à leur premier emploi.

Retraites: la bataille des 60 ans

Sur les retraites, en cinq ans, l’un a plutôt bougé vers la droite, l’autre a campé sur ses positions —ce qui augurerait d’un affrontement tendu sur le sujet. Alors qu’en 2007, Nicolas Sarkozy s’inscrivait seulement dans la continuité des lois Fillon de 2003, c’est-à-dire l’allongement progressif de la durée de cotisation, il a choisi en 2010 d’en finir avec le symbole de la retraite à 60 ans. Ségolène Royal, qui promettait il y a trois ans de «remettre à plat» les lois Fillon, a quant à elle créé la polémique en septembre 2010 en s'engageant publiquement et au nom de son parti à revenir sur le dispositif Sarkozy-Fillon et à rétablir la possibilité de prendre sa retraite à 60 ans. Une proposition qui pourrait pousser le chef de l’Etat sortant à réaffirmer son opposition à la «logique socialiste du partage du temps de travail» comme un «gâteau», qu’il exprimait déjà en 2007, et qu'il a reprise lors de son intervention télévisée de la mi-novembre face à l'argument «plus de sexagénaires au travail, c'est plus de chômage des jeunes».

Sécurité: la répression contre... la répression

Au-delà des postures d'usage, la lutte contre l'insécurité est un des rares domaines où les deux responsables se rapprochent, au moins sur l'objectif poursuivi: une politique dure pour Nicolas Sarkozy, une politique «non laxiste» pour Ségolène Royal. En 2007, le futur chef de l'Etat avait annoncé sans détour son programme policier, avec comme point d'orgue, la lutte contre la récidive. Si son bilan sécuritaire est plus que mitigé, les violences aux personnes n'ayant pas par exemple été véritablement endiguées, il a dès le début de son mandat appliqué ses promesses de campagne.

Outre une réforme de la carte judiciaire imposée malgré une forte opposition des magistrats, Nicolas Sarkozy a fait voter via sa première garde des Sceaux, Rachida Dati, la loi du 10 août 2007 sur les peines planchers contre les récidivistes. En février 2008 est venue la loi sur la rétention de sûreté pour les détenus libérables mais jugés dangereux. Depuis, le président de la République semble avoir perdu le rythme des réformes. Son projet de suppression du juge d'instruction, lancé en 2009, est enterré, même s'il n'a jamais été abandonné officiellement. La jurisprudence de la Cour européenne des droits de l'homme impose chaque jour un peu plus à la France de réformer son système de garde à vue. L'une des dernières idées présidentielles pour reprendre la main judiciaire est l'introduction de jurys populaires dans les tribunaux correctionnels et la présence de citoyens auprès des juges d'application des peines pour les décisions de libération conditionnelle. Pour remobiliser ses troupes en 2012, on pourrait imaginer le voir ressortir l'idée d'une réforme de l'ordonnance de 1945 sur la justice des mineurs, déjà dans les tuyaux en 2007.

De son côté, Ségolène Royal se donnait comme priorité en 2007 «la sanction dès le premier acte de délinquance» en répétant la bombe qu'elle avait lâchée quelques mois plus tôt en pleine campagne d'un «encadrement militaire» des mineurs délinquants. Trois ans plus tard, l'encadrement militaire est toujours présent dans son programme, mais le PS ne veut toujours pas en entendre parler. Dans les 22 propositions socialistes du «pacte national de protection et de sécurité publique», adopté en novembre 2010, le parti ne cite pas l'idée et lui préfère le développement de «travaux d'intérêt général» pour les primo-délinquants.

Ecologie: vert pâle et vert foncé

En trois ans, le discours écolo de Nicolas Sarkozy a fortement pâli. Celui qui proposait en 2007 la taxe carbone l'a depuis enterrée, estimant que «l'environnement, ça commence à bien faire», et a également abandonné la taxe sur les poids lourds étrangers. Déjà, en 2007, il entamait un pas-de-deux environnemental malaisé, soutenant d'un pied le développement des énergies renouvelables et confirmant de l'autre le choix du nucléaire avec l'EPR.

En revanche, Ségolène Royal est devenue plus verte que verte, même si elle jugeait en mars que la taxe carbone était une «bonne idée» mais causerait du «dégât social». Celle qui plaidait en 2007 pour mettre l'accent sur l'écologie et le «levier industriel de l'environnement» défend encore plus nettement en 2010 la priorité d'une «croissance verte» avec la «mutation écologique de l'économie». A noter que dans son programme pour un «nouveau modèle économique» présenté en mars 2010, le PS reprend en partie l'idée d'un «small business act» qui favorise les PME et impose des «contreparties sociales et environnementales» aux aides publiques pour les entreprises.

Morale: la «République irréprochable» face au réel

Si elle était candidate en 2012, Ségolène Royal engagerait probablement le fer sur la «République irréprochable» promise par Nicolas Sarkozy le 2 mai 2007. Le président de la République a effectivement appliqué certaines de ses promesses (limitation du nombre de mandats présidentiels consécutifs ou attribution de la présidence de la commission des Finances de l’Assemblée à l’opposition), mais il en a oublié d’autres, comme celle de «parler plus fréquemment aux Français» —une seule conférence de presse nationale, en janvier 2008. Quant à sa «République où les nominations seront le fait de la compétence et non pas de la connivence» afin d’être «hors de tout soupçon», elle s’est heurtée aux polémiques entourant la nomination de son ancien conseiller François Pérol à la tête du groupe Banque Populaire-Caisse d'Epargne, le projet de bombarder son fils Jean à la tête de l'Epad ou la reprise en main de la nomination du président de France Télévisions.

Or, depuis trois ans, la présidente de Poitou-Charentes a souvent reproché à Nicolas Sarkozy de mener une politique pour ses proches. D'être finalement «le président des riches», pour reprendre le titre de l'ouvrage des sociologues Michel Pinçon et Monique Pinçon-Charlot. En octobre 2009, en pleine polémique sur le «prince Jean», elle accuse sur RTL Nicolas Sarkozy de vouloir, à travers son fils, mettre la main sur le trésor financier des Hauts-de-Seine. «Ça peut toujours servir avant une prochaine élection présidentielle, si vous voyez ce que je veux dire, de détenir ainsi des clefs et de brasser des milliards d'euros», lance-t-elle. En septembre 2010, à Arcueil, elle accuse publiquement le chef de l'Etat de mener une politique de caste pour ceux qui sont «là-haut». «Ils s'occupent d'eux-mêmes, ils s'enrichissent et enrichissent leurs amis. Ils n'ont qu'une seule obsession: ne pas perdre le pouvoir pour continuer à se servir», déclare-t-elle à la tribune. Difficile d'imaginer aussi qu'en cas de remake du débat de 2007, elle ne cherche pas à attaquer le président sortant sur les affaires Bettencourt ou Karachi, dans lesquelles son nom a été parfois cité. 

Royal pourra-t-elle «renverser les rôles»?

Si ce débat de 2007 avait souvent été vu comme un match nul, et avait au final apparemment peu pesé sur l'arithmétique de l'élection, son revisionnage laisse apparaître une différence de préparation frappante. Là où Nicolas Sarkozy semble maître de lui et de ses dossiers, et essentiellement désireux de casser son image agressive afin de dégager l'impression d'être déjà président de la République, Ségolène Royal, elle, apparaît plus confuse et hésitante. La désunion socialiste et les chausses-trappes internes au PS durant la campagne des primaires en 2006 avaient visiblement laissé des traces.

Dans l'hypothèse d'une nouvelle confrontation en 2012, le rapport de forces serait-il identique? Président sortant, Nicolas Sarkozy souffrira inévitablement d'un bilan en demi-teinte. Au-delà des thèmes du débat, Ségolène Royal, elle, pourrait bénéficier d'une meilleure maîtrise de l'exercice pour tenter de «présidentialiser» son image, et réussir la même performance que François Mitterrand en 1981. Lors du débat de l'entre-deux-tours face à Valéry Giscard d'Estaing, le candidat socialiste était apparu plus «présidentiel» que le président, au point que Le Monde avait résumé la soirée de la formule «le renversement des rôles».

Bastien Bonnefous et Jean-Marie Pottier

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l’utilisation de cookies pour réaliser des statistiques de visites, vous proposer des publicités adaptées à vos centres d’intérêt et nous suivre sur les réseaux sociaux. > Paramétrer > J'accepte