France

Météo: un système de vigilance à l'efficacité reconnue

Grégoire Fleurot, mis à jour le 16.12.2010 à 10 h 36

Le gouvernement a pointé du doigt les mauvaises prévisions de Météo-France. L'efficacité du système de vigilance météo français est pourtant reconnue en dehors de nos frontières.

Dans le jardin des Tuileries à Paris, 8 décembre 2010, REUTERS/Charles Platiau

Dans le jardin des Tuileries à Paris, 8 décembre 2010, REUTERS/Charles Platiau

Mercredi 9 décembre, 15 à 20 centimètres de neige tombaient sur la région parisienne, paralysant les transports dans et surtout autour de la capitale pendant toute une nuit et provoquant un échange musclé entre le gouvernement et Météo France sur les responsabilités des uns et des autres, comme ce fut déjà le cas lors du passage de la tempête Xynthia. Le Premier ministre accusant le service Météo de ne pas avoir «prévu cet épisode neigeux, en tout cas pas son intensité». Réponse cinglante des syndicats de Météo-France, preuves à l’appui: «Pour nous, il s’agit d’une bourde au niveau du gouvernement de dire que l’épisode neigeux n’a pas été prévu par Météo-France.» Nos systèmes de vigilance et d’alerte sont-ils bons? Et si oui, sont-ils bien compris par les pouvoirs publics?

C’est en 2000 que le dispositif de Vigilance météo que nous utilisons aujourd’hui a été mis en place, à la suite des tempêtes Lothar et Martin des 26 et 27 décembre 1999. Si le système de l’époque avait mal prévu la première tempête, il avait parfaitement vu venir la seconde; pourtant, «les dégâts humains furent aussi grands, la désorganisation postérieure encore plus», écrit Denis Clement, ancien prévisionniste, dans un article très instructif sur la prévision météo et la gestion du risque. C’était la preuve qu’une bonne prévision ne signifie pas une réponse adéquate si elle n’est pas comprise: le système de l’époque avait été conçu d’abord pour l’aviation et la marine, et ses alertes n’étaient pas toujours comprises par la Sécurité civile, d’où la nécessité de créer un système d’alerte clair et simple.

Un système de vigilance météo efficace

Le système de vigilance météo actuel est composé de quatre couleurs reflétant les niveaux de vigilance en fonction du risque: du vert pour signifier qu’aucune vigilance particulière n’est nécessaire au rouge synonyme d'une vigilance absolue, en passant par le jaune et le orange. Météo-France publie ses cartes de vigilance, qui sont divisées par département, deux fois par jour. A partir du niveau orange, elles sont accompagnées de bulletins de vigilance qui précisent l’évolution et l’intensité du phénomène, les conséquences possibles et les conseils de comportement. Les cartes de vigilance sont disponibles sur Internet, par téléphone et sont largement relayés à la télévision et à la radio quand les niveaux orange ou rouge sont enclenchés. La préfecture, qui est en charge de la sécurité civile, décide ensuite des mesures à prendre en fonction des prévisions.

Peu après la tempête Xynthia, le sénateur socialiste Alain Anziani estimait: «Il y a trop d'alerte et des alertes obscures. Si vous avez 30 alertes par an et que derrière ces 30 alertes, vous n'avez forcément une tempête, vous vous posez évidemment des questions.» Mais la vigilance rouge n’a été déclenchée qu’à neuf reprises en 10 ans, notamment pour la tempête Klaus en 2009 (voir carte) ou Xynthia en 2010. Le bulletin du mardi, plus de 24 heures avant la chute de neige, de couleur orange, était d’une précision indéniable: «Un refroidissement sensible se produira après les chutes de neige en soirée de mercredi favorisant la formation de glace au sol.» Bison Futé précisait que «les conditions de circulation peuvent devenir rapidement difficiles sur l'ensemble du réseau». Denis Clément confirme:

«Le système est adéquat et efficace car il alerte correctement de la survenue d'un évènement inhabituel et permet à ceux qui le doivent ou le veulent d'en tenir compte.»

L’efficacité de ce système est en fait reconnue hors de nos frontières: des cartes de couleur similaires ont été adoptées pour les prévisions à l’échelle européenne. Le Canada, pays habitué aux intempéries extrêmes, teste actuellement un système de vigilance qui s’inspire du système français et de son code couleur pour remplacer son dispositif actuel binaire (soit il y a un avertissement, soit il n’y en a pas). Il n’existe aucun niveau intermédiaire, comme l’explique René Héroux des services météorologiques canadiens qui travaille sur la modernisation du système:

«Les critères sont fixes. Par exemple, un avertissement de neige émis à partir de 15 cm en 24h heures. Peu importe que ce soit la première neige en novembre ou qu’on soit en plein milieu de l`hiver. Pourtant, 5 à 10 cm de neige à la mi-novembre va causer bien plus de problèmes que 20 cm en janvier…»

Code couleur

Le code couleur ne garantit pas à lui seul une alerte claire et compréhensible. Aux Etats-Unis, le département de la Sécurité intérieure a récemment annoncé l’abandon du dispositif d’alerte terroriste par couleur utilisé depuis 2002. Similaire à celui utilisé par notre météo, il n’est pas compris par la population, notamment parce qu’il reste bloqué à jaune (menace «élevée») depuis 2005 et qu’aucune information supplémentaire ne l’accompagne. Tout le contraire de la vigilance météo, selon Denis Clément:

«Le système de couleurs est clair, il qualifie l’événement au lieu de le quantifier. Les différentes enquêtes affirment un niveau de notoriété de la carte de vigilance très élevé, et un niveau de compréhension des codes orange et rouge plutôt bon.»

A cela s'ajoutent des niveaux de vigilance par département, des pictogrammes pour préciser la nature de l’alerte et les bulletins informatifs différents pour la population (messages explicatifs et assez génériques) et pour les pouvoirs publics (diffusion restreinte avec une plus grande précision).

Un système en évolution

Si la prévision et la vigilance météo ne sont pas parfaites, elles sont en constante évolution et les progrès sont réels, comme le confie Denis Clément:

«La prévision de neige a longtemps été un véritable casse-tête, mais les progrès récents sont phénoménaux. Les trois dernières prévisions de neige ont concerné les secteurs indiqués, avec un déroulement chronologique exact à l'heure près, et des quantités posées au sol correctes à 20% près. J'ai arrêté la prévision en 2007, et à l’époque réussir une telle prévision sur un seul des trois événements m'aurait déjà semblé une bonne performance. On butait jusqu'à présent sur la puissance de calcul, sur l'erreur de mesure et le manque de point de mesure. Superordinateurs et super-satellites météo sont passés par là...»

Au-delà des progrès scientifiques et techniques, la réflexion sur l’amélioration des alertes météo est permanente, qu’il s’agisse des seuils, des délais, des préavis voire du zonage des cartes, avec les autres acteurs concernés comme la Direction de la sécurité civile, la Délégation à la sécurité et à la circulation, la direction générale de la prévention des risques ou encore l’Institut de veille sanitaire.

Un nouveau système d'avertissement et d'alerte au risque de submersion le long des côtes françaises devrait ainsi être mis en place à l'été 2011 afin d'alerter les populations de manière beaucoup plus précise que lors du passage de la tempête Xynthia. Mais la cartographie des zones vulnérables est complexe et coûteuse, ce qui pourrait considérablement retarder la mise en service de ce nouveau dispositif.

Grégoire Fleurot

A venir, un deuxième article sur la gestion des intempéries: qu'en est-il de l'efficacité de la réponse des pouvoirs publics et de celle des citoyens, à l'échelle individuelle?

Grégoire Fleurot
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Journaliste
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