Economie

Une Chevrolet pour le prix d'une Cadillac

Daniel Gross, mis à jour le 03.04.2009 à 14 h 42

Le plan de sauvetage de l'automobile américaine sanctionne les financiers de Wall Street.

Mannequin sur le capot d'une Cadillac rose de 1959 Laszlo Balogh / Reuters

Mannequin sur le capot d'une Cadillac rose de 1959 Laszlo Balogh / Reuters

Le nouveau programme de l'administration Obama visant à encourager l'achat de titres hypothécaires à risque, dévoilé la semaine dernière, a donné la sensation d'un doux baiser à l'industrie des hedge funds [fonds d'investissement à haut risque] et du private equity [capital-investissement].

Lundi 30 mars, pourtant, avec son annonce sur l'avenir du secteur automobile américain, le président Obama a asséné une gifle à ces mêmes professionnels de la finance. En plus d'avoir poussé vers la sortie Rick Wagoner, le PDG de General Motors (GM), Obama a livré aux investisseurs liés à GM et à Chrysler des nouvelles bien fâcheuses. C'est Steve Rattner, un banquier d'affaires et manager chevronné qui connaît bien le capital-investissement, qui conseille Barack Obama sur ce dossier. Et il n'a pas fait de cadeaux aux gros bonnets de Wall Street.

Le problème de GM, c'est exclusivement sa dette, pas son capital. Le 30 mars, avant l'ouverture de la Bourse, la capitalisation boursière de GM se montait à 2,23 milliards de dollars (environ 1,7 milliards d'euros). En quelques heures, elle est passée à moins de 2 milliards de dollars (1,5 milliards d'euros). En revanche, la société a des tonnes de dettes. (Voici une liste de son encours de ses dettes obligataires). Ses derniers résultats trimestriels signalent une dette à long terme de plus de 29 milliards de dollars (près de 22 milliards d'euros). Et comme la notation de crédit du groupe l'a relégué dans la catégorie des débiteurs à haut risque, la plupart de ses créanciers sont des hedge funds, des structures de private-equity et autres sociétés d'investissement. (De nombreux fonds mutuels et institutions d'investissement, tels que les fonds de pension et les compagnies d'assurance évitent les dettes pourries).

La dette de GM s'échange à des «niveaux périlleux» (c'est un euphémisme). Comme on le voit ici, les obligations dont l'échéance est fixée à moins de deux ans s'échangent à 20 cents de dollar. La plupart des acheteurs d'obligations de GM espéraient soit convertir leur créance en une part de l'entreprise en cas de dépôt de bilan, soit voir leurs obligations prendre de la valeur si le gouvernement décidait d'intervenir et de garantir officiellement la dette du groupe GM. Aujourd'hui, Obama a rendu explicite ce qu'ils soupçonnaient: aucune garantie de ce genre n'est prévue.

Le groupe General Motors devait se restructurer, a fait remarquer Barack Obama, mais il n'est pas allé assez loin. «Je suis totalement convaincu que GM est capable de se relever, à condition qu'il opère une restructuration fondamentale. A-t-il fait le ménage dans son bilan, ou est-il tellement grevé de dettes qu'il ne peut plus investir?» (Si vos réponses à cette double interrogation sont respectivement non et oui, vous êtes dans le vrai!) Résultat, les créanciers qui détiennent la dette de GM, comme d'autres entités auprès desquelles GM s'est engagé financièrement - concessionnaires, syndicats automobiles - vont devoir trouver un accord aussi vite que possible, et accepter d'obtenir moins que ce à quoi ils estiment avoir droit. Eux n'auront pas droit au traitement réservé aux créanciers d'AIG.

Le message d'Obama destiné à Chrysle était encore plus sévère. Le capital de la société - sa valeur - est détenu non pas par un actionnariat public, mais par le fonds d'investissement Cerberus, lequel a déboursé 7,4 milliards de dollars (5,6 milliards d'euros) pour acheter 80% du groupe automobile.

Cerberus a revendu des parties importantes de sa participation à d'autres sociétés d'investissement, réduisant ainsi le montant du capital qu'elle met en jeu. Mais l'année dernière, elle a accepté de prêter 2 milliards de dollars à Chrysler, qui était en grande difficulté. Selon le plan de viabilité que Chrysler a communiqué à Washington, le groupe automobile a un encours de dette de quelque 24 milliards de dollars (plus de 18 milliards d'euros). Obama a indiqué à la société automobile que le gouvernement ne lui donnerait pas beaucoup d'argent - si tant est qu'il lui en donne - et qu'il ne voyait pas d'avenir viable pour Chrysler en tant que firme indépendante. Il a recommandé au groupe automobile de poursuivre les négociations avec Fiat.

Chrysler pourrait céder 35% de son capital au groupe italien en échange de son savoir-faire. Le capital que Cerberus et d'autres investisseurs ont apporté était déjà sévèrement touché. Aujourd'hui, il vaut encore moins. Obama a accordé 30 jours à Cerberus pour conclure un accord avec Fiat. (Comment dit-on forte marge de négociation en italien?) Si Fiat et Chrysler s'allient - une alliance dilueraient encore un peu plus le capital en danger de Cerberus - «nous envisagerons de prêter jusqu'à 6 milliards de dollars (4,5 milliards d'euros) pour assurer le succès de ce projet conjoint», a ajouté Obama. Dans le cas contraire, et «en l'absence d'un autre partenariat viable, nous ne pourrons pas justifier des investissements supplémentaires avec l'argent du contribuable pour maintenir Chrysler en activité». Autrement dit, ce sont des coupes claires pour tout le monde - propriétaires, obligataires et créanciers - quand bien même Chrysler survivrait.

Barack Obama a même prononcé le mot terrible, faillite. Elle serait particulièrement désastreuse pour Cerberus. Quelles que soient les circonstances, à Wall Street, on dirait que beaucoup de ceux qui ont célébré le plan d'Obama concernant les actifs toxiques ne profiteront pas de son plan de sauvetage du secteur automobile.

Daniel Gross

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