Sports

Boire et déboires du sportif

Yannick Cochennec, mis à jour le 13.12.2010 à 10 h 58

Les deux procès en une semaine de Paul Gascoigne et les frasques de Sidney Govou nous rappellent les liens très étroits qui existent entre le sport professionnel et l'abus d'alcool.

Deux hockeyeuses canadiennes après leur victoire aux JO de Vancouver en 2010, REUTERS/Scott Audette

Deux hockeyeuses canadiennes après leur victoire aux JO de Vancouver en 2010, REUTERS/Scott Audette

Sidney Govou a, comme l’on dit, un petit problème avec l’alcool. Lorsqu’il jouait sous les couleurs de l’Olympique Lyonnais, l’ancien international de l’équipe de France a été pris au moins deux fois par la patrouille. En décembre 2008, il avait été contrôlé en état d’ébriété dans les rues de la cité des Gaules avec un taux de 2,6g dans le sang. En octobre 2009, il avait perdu cette fois le contrôle de lui-même lors d’une soirée officielle, ce qui lui avait valu un rappel à l’ordre de son club et le retrait de son brassard de capitaine.

Ces dernières semaines, Govou s’est illustré à Athènes où il joue désormais pour le Panathinaïkos pour un salaire annuel estimé à un peu plus d’un million d’euros. De nouvelles virées nocturnes, bien arrosées, dans la capitale grecque lui ont fait manquer plusieurs séances d’entraînement. D’où la colère légitime de ses employeurs qui envisageaient de se séparer de lui pour faute professionnelle. Pour éviter le pire, le Français a proposé de jouer pour un salaire de 1.050 euros (le smic grec)…

Mais Sidney est un «petit joueur», ou plutôt un petit buveur, à côté de l’ancien footballeur anglais Paul Gascoigne. Âgé de 43 ans, il a échappé de justesse, jeudi 9 décembre, à une peine de prison ferme pour avoir roulé, en octobre, sous l’emprise de l’alcool, l’éthylotest révélant un taux quatre fois supérieur à la normale autorisée en Grande-Bretagne. Moins d'une semaine plus tard, il doit à nouveau se défendre devant un tribunal à partir de lundi 13 décembre pour un autre incident de conduite en état d'ivresse en février 2010, là encore avec un taux quatre foix supérieur au niveau  autorisé.

Foot anglais et bière

Ces nouvelles incartades de Gascoigne n’ont surpris personne outre-Manche tant le public a toujours été habitué aux frasques de l’ancienne star de Tottenham et de l’équipe d’Angleterre, alcoolique au temps de sa splendeur sportive, d’ailleurs en grande partie gâchée par ces mauvais penchants. En 1998, ivre mort, il avait mis à sac la chambre de Glenn Hoddle, le sélectionneur de l’équipe d’Angleterre, qui venait de lui apprendre qu’il renonçait à ses services lors de la Coupe du monde en France.

Depuis l’enfance, Gascoigne a toujours baigné dans les vapeurs d’alcool au milieu d’un environnement familial très perturbé. Le drame de Gascoigne eut lieu quand il avait 10 ans lorsqu’il vit mourir, sous ses yeux, un jeune camarade renversé par une voiture –mort dont il s’imputa longtemps la responsabilité. Sa vie n’a été qu’une constante descente aux enfers qui pourrait le mener à une mort anticipée dans le sillage de George Best, l’ancienne étoile filante du football anglais, décédé en 2005 à seulement 59 ans, et qui avait l’habitude de dire: «Si vous vous souvenez des années 1970, c’est que vous n’y étiez pas.»

L’alcool a longtemps fait partie de l’ordinaire et de l’imagerie, presque romantique, du football anglais dont la liste des frasques est résumée ici. Le rugby n’a pas été épargné non plus. Lors de son procès pour le meurtre de sa femme alors qu’il avait trop bu, le rugbyman français Marc Cécillon, capitaine du XV de France en 1992, avait bien dû reconnaître que l’alcool était partie intégrante de son quotidien quand il jouait pour le club de Bourgoin. Il n’était pas le dernier, et même plutôt le premier, lors des fameuses troisièmes mi-temps. Comme l’écrivait Antoine Blondin, écrivain, admirable chroniqueur sportif et amoureux de la dive bouteille: «Le rugby aide les enfants à devenir des hommes, et permet aux hommes de demeurer des enfants.»

Le très propret tennis avait aussi ses amateurs assoiffés avec les Australiens. L’ancien n°1 mondial, John Newcombe, a récemment raconté ses cuites avec George W. Bush qui n’était encore ni sobre ni président des Etats-Unis.

Plus de suivi aujourd'hui

Aujourd’hui, avec la professionnalisation des équipes et des sportifs soumis à des règles diététiques plus strictes, la consommation excessive d’alcool est plus canalisée, ou au moins davantage sous contrôle, même s’il y a encore des accros: Sidney Govou, le footballeur espagnol Guti, ou Byron Kelleher, interpellé par la police à Toulouse après un accrochage avec une voiture.

Hier surtout festif pour les sportifs (il l’est toujours au rugby comme au hockey féminin), l’alcool est aussi devenu aujourd’hui un produit consommé pour cacher des angoisses et de graves problèmes psychologiques liés notamment à l’enjeu, plus grand, autour des résultats et des performances. Le statut de superpuissant que vous confère le sport n’est pas aisé à supporter. Ces nouvelles transgressions sont vite sanctionnées, quand elles étaient tolérées dans le passé. Mais n’en reste pas moins des drames et des cocktails mortifères avalés notamment par le cycliste belge Frank Vandenbroucke, mort en 2009, pour avoir fini par tout mélanger, cocaïne et alcool.

Aux Etats-Unis, le baseball est touché régulièrement par ces drames imbibés d’alcool. En 2007, Josh Hancock, l’une des stars des Cardinals de Saint-Louis, est ainsi décédé à 29 ans dans un accident de voiture. Mais la ligue professionnelle de baseball (MLB) se garde bien de toute campagne à destination de ses joueurs ou de ses supporters. La marque de bière Budweiser est son sponsor principal depuis 30 ans et a été propriétaire du club des… Cardinals jusqu’en 1996. Avec sa loi Evin, très restrictive pour le monde sportif, la France est au moins à l’avant-garde de la santé publique quand la Grande-Bretagne, notamment, continue d’associer son sport avec des marques d’alcool. La Carling Cup  et la Heineken Cup en sont parmi les plus beaux exemples.

Effets néfastes sur la performance

Enfin, tordons le cou à une vieille croyance: sport et alcool ne font pas bon ménage dans la pratique sportive. L’alcool est même très néfaste. Ses calories ne sont pas utilisées par les graisses, mais au contraire, constituent des poisons s’attaquant aux vitamines. Boire un petit coup avant une compétition pour évacuer le stress n’arrange rien. Sur le moment peut-être, il procure un petit état d’euphorie, mais certainement pas lors de la performance forcément amoindrie à un moment donné ou à un autre.

D’ailleurs, preuve qu’en aucun cas il n’aide la performance, l’alcool (éthanol) ne figure même pas sur la liste des substances interdites par l’Agence Mondiale Antidopage (AMA), à l’exception de huit fédérations internationales et disciplines jugées dangereuses: aéronautique, automobile, karaté, motocyclisme, motonautique, pentathlon moderne pour les épreuves comprenant du tir, quilles (!) et tir à l’arc. Dans sa grande bonté, l’AMA a même consenti quelques aménagements culturels. Depuis le 1er janvier 2008, les sports de boule, à commencer par la pétanque, pour lesquels l’alcool était jusque-là un produit interdit pendant les compétitions et qui faisaient partie de la liste des exceptions, ne sont plus visés. Motif: l’absorption de pastis pendant les matchs est une sorte de rituel inattaquable.

Pourtant, on ne s’en souvient plus, mais l’alcool a été au cœur du premier scandale de l’histoire des Jeux olympiques avec la disqualification, octobre 1968, lors des Jeux de Mexico, du Suédois Hans-Gunnar Liljenwall, pentathlonien, qui eut le privilège de devenir le premier athlète de l’histoire contrôlé positif et disqualifié lors du plus grand raout sportif de la planète. Avant l’épreuve de tir, il avait bu deux bières pour se décontracter et c’est ainsi que la Suède perdit sa médaille de bronze. De la petite bière, à côté des pratiques dopantes d’aujourd’hui…

Yannick Cochennec

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Journaliste
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