Economie

L'année de l'or

Gérard Horny, mis à jour le 13.12.2010 à 9 h 26

En 2010, pour les épargnants il fallait avoir de l’or en portefeuille. C’est l’actif qui a le plus progressé, bien loin devant les actions. Les pronostics pour 2011 sont encore favorables au métal jaune, valeur refuge par excellence.

Lingots d'or produits en Sibérie Ilya Naymushin / Reuters

Lingots d'or produits en Sibérie Ilya Naymushin / Reuters

Même si l’on n’est pas soi-même investisseur ou épargnant–tout le monde n’a pas une fortune à gérer!–, il est toujours intéressant de savoir où il est possible de gagner de l’argent. Cela donne une idée de l’état du monde. Que constate-t-on, si l’on fait un premier bilan du point de vue de l'investisseur de l’année qui se termine? Qu’il fallait encore avoir investi en or ou spéculer sur les matières premières ou les actions de sociétés des pays émergents pour faire le plus fructifier son épargne. A la lecture de cette information sommaire, on dispose déjà de deux indications majeures: d’une part, la confiance n’est pas vraiment revenue dans le monde et, d’autre part, les pays émergents sont déjà sortis de la crise et ont retrouvé une croissance rapide, ce qui pousse à la hausse le prix des matières premières qu’ils produisent et/ou consomment.

Ça monte si ça va bien et... si ça va mal

Les choses deviennent évidemment un peu plus compliquées lorsqu’on les regarde plus en détail et qu’on veut profiter des enseignements de 2010 pour prendre position et préparer 2011. Prolonger les tendances haussières passées est toujours hasardeux, mais, à l’opposé, ce n’est pas parce que le prix d’un actif a déjà beaucoup monté qu’il ne peut pas progresser davantage encore. Aucun chemin n’est tracé.

Prenons l’exemple de l’or. Au début de la décennie, il avoisinait les 300 dollars l’once. Fin 2006, avant que les premiers signes de turbulences financières n’apparaissent, il avait franchi le cap des 600 dollars. Au cours des derniers jours, il a établi un nouveau record à 1.431,25 dollars. Pour beaucoup d’analystes et de gérants de capitaux (Pictet, Deutsche Bank, etc.), cette ascension n’est pas terminée. Les questions ne commenceront vraiment à se poser que lorsqu’il sera aux alentours de 2.000 dollars. Pourquoi? L’or bénéficie actuellement d’une curieuse faveur: selon le sentiment dominant, il devrait monter si cela va bien… et si cela va mal! Si les Etats-Unis réussissent à faire repartir leur économie, compte tenu du double laxisme actuel de leur politique budgétaire et de leur politique monétaire, l’inflation repartira; elle est d’ailleurs déjà en train de revenir en Chine. Dans ce cas, les placements qui protègent contre l’inflation seront recherchés; les Chinois commencent à devenir de gros acheteurs d’or. Si, au contraire, la situation ne s’améliore pas, notamment en Europe, et si les obligations émises par les Etats n’inspirent plus confiance, les banques centrales, notamment celles des pays émergents, qui sont déjà acheteuses d’or alors que celles des pays développés ont été plutôt vendeuses au cours des dernières années, vont se reporter massivement sur le métal jaune.

En résumé, avec l’or, à tous les coups l’on gagne! Et, dans la foulée, ce sont  tous les métaux précieux qui profitent de la ruée des investisseurs. Ainsi, l’argent vient de retrouver son cours le plus élevé depuis plus de trente ans. Ce qui, entre nous, en dit long sur la sécurité de ce type de placement: quelqu’un qui aurait acheté de l’argent en mars 1980 commencerait tout juste à ne plus être perdant. Et l’on ne parlera même pas du fait que les 30 dollars de l’once d’argent aujourd’hui n’ont plus vraiment la même valeur que les 30 dollars l'once de 1980. Même pour l’or qui va de record en record, quelqu’un qui aurait acheté au plus haut le 21 janvier 1980, à plus de 800 dollars l’once, serait encore perdant aujourd’hui en valeur réelle (c’est-à-dire en tenant compte de l’inflation).

Bref, tant que les taux d’intérêt sont bas et qu’il n’est pas très coûteux de financer des positions spéculatives sur l’or, celui-ci a encore de bonnes chances de monter. Mais est-ce une bonne idée de placement à long terme? On en reparlera dans trente ans…

Les performances des émergents

Investir dans les actions des pays émergents semble une meilleure idée. Les performances sont là. Tandis qu'en France les épargnants comptent sur un ultime rallye pour être gagnants cette année, la progression des indices boursiers est spectaculaire sur plusieurs places financières d’Asie ou d’Amérique du sud: près de 48% en Indonésie, près de 45% en Argentine, près de 40% en Thaïlande et au Chili, 33% en Colombie, etc...

Les performances sont encore plus remarquables si on les exprime en euros, du fait que notre monnaie a reculé face à un grand nombre de devises cette année (ce qui n’arrête pas le sempiternel discours sur l’Europe dindon de la farce monétaire avec son euro toujours trop fort). En misant sur la Bourse de Jakarta, un Européen aurait gagné 68% depuis le début de l’année. La progression des autres devises face à l'euro rend aussi substantiels des gains modérés: ainsi 18% sur le Dow Jones américain qui progresse de 9% en monnaie locale, environ 20% sur les valeurs du S&P 500 et 25% sur le Nasdaq (ce qui montre au passage que les valeurs technologiques américaines se portent bien). De même la hausse du real brésilien et du yuan chinois  permet de compenser la performance médiocre de la bourse brésilienne et plus encore de celle de Shanghai. Cela peut paraître curieux, alors que ces pays sont en permanence présentés comme des locomotives de la croissance mondiale. Mais une croissance forte a pour conséquence de provoquer des tensions sur les prix et d’inciter les banques centrales à mener des politiques monétaires un peu plus restrictives; les marchés d’actions n’apprécient guère.

En Europe, les choses sont claires: le continent a été secoué par les crises grecque et irlandaise et cela se retrouve en Bourse, avec des baisses de 15% en Espagne ou 30% en Grèce. L’Allemagne tire son épingle du jeu sur le plan économique, cela se retrouve sur les marchés avec une progression de l’indice Dax de plus de 17%. Faut-il pour autant cesser d’investir en Europe et aller sur les pays émergents? Sur ce point, les experts sont divisés: les uns font remarquer que croissance économique et performance boursière ne vont pas toujours de paire et que l’investissement dans certains pays émergents peut être périlleux. Ils constatent aussi que ces places sont déjà chères, tout comme les matières premières, et que les perspectives pour 2011 sont limitées. A l’opposé, d’autres soulignent que les marchés de ces pays n’occupent pas encore la place qui devrait être la leur dans les portefeuilles boursiers et que leur marge de progression est forte. Tout le monde en revanche semble se retrouver pour dire que le marché européen des actions est peu cher actuellement et que ce peut être le moment de recommencer à investir. Un appel semble-t-il assez peu entendu par le plus grand nombre jusqu’à présent: échaudés par les chocs de 2000 puis de 2008, les particuliers ne se bousculent pas (c’est tellement mieux d’acheter très cher des appartements à Paris!) et les investisseurs institutionnels, un peu paralysés par les nouvelles normes qui leur sont imposées ou se profilent à l’horizon, ne se précipitent pas non plus pour acheter des actions.

Quant aux obligations d’Etat, les événements de cette année sont venus rappeler qu’elles pouvaient être plus risquées qu’on ne voulait le croire. Les taux d’intérêt payés par les Etats se sont violemment écartés, ce qui ne serait pas choquant si les hommes de marché étaient véritablement impartiaux: on voit que les Etats-Unis et le Royaume-Uni sont comparativement mieux traités que les pays de la zone euro compte de tenu de l’ampleur de leurs déséquilibres budgétaires.

Après être descendus très bas jusqu’à la fin de l’été, les taux à long terme sont de nouveau orientés à la hausse (les obligations baissent quand les taux montent). Le mouvement est-il appelé à se poursuivre? Avec des taux à court terme qui vont rester très faibles en Europe comme aux Etats-Unis et aucune crainte fondée pour l’inflation à l’horizon, malgré quelques tensions sur les matières premières, il n’y a pas de raison que la hausse des taux à long terme aille très loin au-delà des 3,30% à 10 ans atteints de nouveau à Paris. Ou alors il faudrait que les perspectives d’activité économique  s’améliorent très sensiblement, ce qui paraît peu probable avant plusieurs trimestres. La croissance devrait être  molle en 2011, ce qui n’est pas incompatible avec une progression assez marquée des résultats des entreprises: celles-ci se sont organisées pour être bénéficiaires même avec une activité modeste. Mais ce qui est bon pour la Bourse ne l’est pas forcément pour l’emploi et les salaires…

Gérard Horny

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Journaliste
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