Monde

L'Iran pourra fabriquer une bombe nucléaire dans trois mois

Jacques Benillouche, mis à jour le 13.12.2010 à 9 h 37

Téhéran disposera bientôt de suffisamment d'uranium enrichi pour fabriquer une arme atomique.

Le principal réacteur de la centrale nucléaire iranienne de Bushehr Raheb Homava

Le principal réacteur de la centrale nucléaire iranienne de Bushehr Raheb Homavandi / Reuters

Selon des informations confirmées par les services israéliens, l'Iran a constitué un stock de 23 kg d’uranium enrichi à près de 20% et sera en mesure de d'en avoir 28 kg d'ici le mois de février 2011, obtenant ainsi la quantité d’uranium nécessaire à la fabrication d'une bombe nucléaire. Cette information est confirmée par le chef de l’Agence iranienne de l’énergie atomique, Ali Akbar Salehi, qui a précisé que ce lot provenait de la mine de Gachin, au sud du pays.

Les dirigeants de la République islamique se félicitent du résultat obtenu malgré l’arrêt de l’usine d’enrichissement de Natanz en novembre à la suite de l’infection du virus Stuxnet  et en dépit de l’assassinat du professeur Fereydoun Abbassi, l'un des spécialistes iraniens de la séparation des isotopes. Ils ont réussi à mener leurs opérations à terme et ont tenu à ce que cela se sache. Une information notamment destinée aux cinq membres permanents du Conseil de Sécurité de l'ONU et à l’Allemagne, les six Grands qui mènent les négociations avec Téhéran sur son programme nucléaire. Le dernier round de deux jours s'est terminé, sans surprise, le 7 décembre à Genève sur aucun résultat tangible. Les pourparlers reprendront fin janvier à Istanbul et n'aboutiront à rien puisque la seule chose que Téhéran cherche et réussit à faire est de gagner du temps pour rendre son programme irréversible. Ce qui est peut-être déjà le cas.

Le choix du plutonium

Dans ces conditions, le gouvernement israélien se trouve aujourd'hui devant des décisions de plus en plus difficiles face à ce qu'il considère comme une menace pour l'existence même de l'Etat hébreu. Et il se heurte dans le même temps à l'administration Obama, frustrée de l'absence de tout progrès dans les négociations israélo-palestiniennes, et qui semble incapable de choisir une stratégie et de s'y tenir face à la République islamique.

Le Premier ministre israélien a pris l'engagement à plusieurs reprises de s’opposer à la nucléarisation de l’Iran. Il est attendu de pied ferme par son aile nationaliste qui lui reproche sa faiblesse vis-à-vis de l'administration américaine et d'avoir déjà perdu beaucoup de temps. Benjamin Netanyahou n'a cessé d'expliquer aux Américains que les sanctions n’ont aucun effet et qu’elles ont poussé les Iraniens à concentrer tous leurs moyens et leurs forces sur leur programme nucléaires. Les informations confirmées par les experts israéliens montre que l’Iran n’aurait aujourd'hui même plus besoin de renvoyer ses barres de combustibles nucléaires à la Russie pour retraitement, comme stipulé par les accords.

Les Iraniens auraient aussi choisi d’abandonner temporairement la filière uranium pour la filière plutonium. Le principe est plus à leur portée. La combustion des barres d'uranium dans un réacteur nucléaire produit du plutonium et des produits de fission hautement radioactifs. Un processus chimique complexe permet ensuite de séparer le plutonium des produits de fission et de l'uranium non utilisé. Si l'on sait fabriquer des barres de combustible et, ensuite, en séparer le plutonium une fois qu'elles sont consumées, on peut alors mettre à profit ce savoir pour produire les matières fissiles nécessaires à la fabrication d'armes nucléaires.

L’Iran aurait réussi à produire son propre «Yellowcake» qui est une poudre grossière jaune de concentré d’uranium. Traitée par une méthode chimique, elle peut être purifiée sous forme de barres de combustible capables d’alimenter le cœur des réacteurs nucléaires et de produire du plutonium, une alternative à l'uranium enrichi.

Ces informations ne semblent pas inquiéter outre mesure le président américain. Barack Obama semble même vouloir à nouveau infléchir sa position même si les négociations entre  les six Grands et l'Iran ne donnent rien. Obama a donné un gage de bonne volonté à Téhéran en donnant l'ordre au porte-avions USS Harry S.Truman et à ses 70 avions de combat de réintégrer la base navale américaine de Souda Harbor, sur l’île de Crète pour ne laisser que le porte-avions Abraham Lincoln sur site. Les Israéliens ne comprennent pas qu’après avoir bombé du torse quelques semaines auparavant, en envoyant une armada au large de l’Iran, il change soudain de stratégie.

La volonté d’Obama de changer d'approche est confirmée par le fait que le secrétaire d’Etat à la défense, Robert Gates, a été envoyé à Oman le 5 décembre pour des discussions avec le Sultan Qaboos bin Said qui entretient de bonnes relations avec l'Iran et qui fait pression auprès des Américains pour une solution diplomatique face au programme nucléaire de l'Iran. Cette visite a pour but de convaincre ses interlocuteurs que les Etats-Unis ont évolué sur l’option militaire qui aurait été définitivement écartée. Lors de sa visite aux troupes américaines, Gates a d’ailleurs précisé que les problèmes de l’Irak et de l’Afghanistan sont les deux seuls points chauds qui requièrent l’attention des américains.

De nouvelles têtes en Israël

Certains Israéliens veulent interpréter ce désengagement comme un feu vert qui leur est donné pour agir selon leurs intérêts ou au contraire comme le signe que les Etats-Unis ne cautionneraient pas l’activisme éventuel d’Israël. 

Dans le même temps, Benjamin Netanyahou se donne clairement les moyens de lancer son pays dans un conflit dur. Hasard du calendrier, l'opportunité lui a été donnée de marquer d’une touche personnelle les grandes institutions sécuritaires du pays. En arrivant au pouvoir, il avait hérité des nominations de ses prédécesseurs. Il a décidé de ne pas prolonger le mandat des personnalités en place. En changeant les têtes, il pense avoir les coudées franches.

Le nouveau chef d’état-major, Yohav Galant, catalogué comme «dur», prendra ainsi ses fonctions au début de l’année 2011. Meïr Dagan, l’homme que les Egyptiens ont affublé du sobriquet de «superman de l’Etat juif», nommé à la tête du Mossad par Ariel Sharon, est aussi remplacé. Son successeur, Tamir Pardo, un homme du sérail, est un ami personnel de Benjamin Netanyahou. C'est aussi un homme d’action puisqu’il a fait partie des commandos spéciaux de l’état-major (Sayeret Matkal) sous les ordres du colonel Yoni Netanyahou, frère du Premier ministre tombé lors de l'opération de sauvetage d'Entebbe. Le jeune général de 46 ans, Aviv Kochavi, vient de prendre le relais à la tête du renseignement militaire, plus communément connu sous le nom de «Aman». La dernière nomination concerne le président de la prestigieuse commission des Affaires étrangères et de la Défense du parlement israélien. Shaoul Mofaz, numéro 2 du parti d’opposition Kadima, ancien chef d’état-major et ancien ministre de la Défense nationale, vient d'obtenir ce poste. Malgré son appartenance au parti centriste, il est étiqueté comme «faucon» par les observateurs politiques israéliens.

Cette nouvelle garde rapprochée, qui personnifie pour l’opinion publique la détermination, aura deux objectifs contradictoires. Elle pourrait être chargée de faire passer, auprès de l'opinion, le choc de négociations de paix accompagnées de concessions douloureuses. Elle pourrait aussi constituer l’épine dorsale d’une équipe désignée pour régler le problème iranien par la force avec ou sans l'aval des Etats-Unis. Il n'est plus question aujourd'hui en Israël de voir les Américains mettre leur veto à une opération israélienne contre les installations nucléaires iraniennes comme il y a encore quelques mois. Le temps est compté.

Jacques Benillouche

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Journaliste
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