Monde

Netanyahou et Sarkozy, la même trajectoire

Jacques Benillouche, mis à jour le 03.04.2009 à 12 h 54

Les deux hommes ont puisé dans leurs traversées du désert et leurs disgrâces l'énergie pour prendre le pouvoir.

Embrassade sur le perron de l'Elysée entre Nicolas Sarkozy et Benjamin Netanyahu REUTERS/Jacky Naegelen

Embrassade sur le perron de l'Elysée entre Nicolas Sarkozy et Benjamin Netanyahu REUTERS/Jacky Naegelen

Rarement similitude de trajectoire politique n'aura été aussi flagrante entre deux personnages d'origine et de formation si différentes. Benjamin Netanyahou adorait se comparer à Nicolas Sarkozy et il l'avait d'ailleurs avoué à l'occasion d'un entretien qu'il avait accordé lors de sa réception à la Commission française des affaires étrangères. L'histoire s'est imprimée, pour les deux, sur un échec cinglant hypothéquant alors toute ascension politique.

Lorsque Nicolas Sarkozy pénétra dans l'enceinte de la réunion nationale du RPR le 15 octobre 1995, les secondes de son déplacement dans les travées de la salle du meeting lui parurent les plus longues de sa vie tant il supportait mal les sifflets de ceux qui étaient ses amis quelque temps auparavant. Il pressentait alors la fin de sa carrière politique et, par là même, le terme de son rêve présidentiel. Aux élections législatives de 2006, Netanyahou obtint in extrémis la place de chef de l'opposition grâce à l'attribution par la Commission électorale d'un siège supplémentaire après réaffectation des résidus de voix liée à la proportionnelle intégrale. Son parti de droite, le Likoud, venait de s'effondrer avec douze députés élus seulement. L'échec était, à juste titre, entièrement attribué à son chef qui n'avait pas résisté aux coups de butoir du nouveau parti Kadima de Ariel Sharon. Contrairement à d'autres dirigeants, il n'avait pas estimé devoir quitter la politique car il estimait que «seule la politique pouvait le quitter»

Les deux leaders ont gardé de leurs mésaventures respectives un relent d'aigreur et une sensation de gâchis et d'injustice qui a accru leur volonté de combat. Benjamin Netanyahou a voulu s'inspirer de la réussite du président français qui est revenu au sommet alors que ses chances étaient devenues infimes. Durant ses nombreuses visites à Paris, au plus profond de sa traversée du désert, il n'a cessé d'écouter les conseils de celui qu'il qualifie d'ami et de frère en politique. A force de s'inspirer de son modèle, il en est presque devenu le clone politique. Sarkozy lui a appris à tirer d'excellents enseignements de l'échec et à imiter sa stratégie dès son arrivée au pouvoir. Il lui a suggéré de briser les murailles, d'ouvrir les portes, de vivifier l'air et d'insuffler de nouvelles méthodes politiques comme lui même l'avait fait.

Ils ont utilisé la même technique du baiser mortel pour étouffer leurs adversaires plutôt que de prendre le risque de les combattre. Soumis tous les deux à la pression de l'extrême droite, ils ont tout fait pour assécher leur électorat soit en épousant leurs idées et leur dialectique soit, en offrant une place préférentielle aux plus virulents d'entre eux. Le Pen et le Front National constituaient pour Sarkozy le même risque que les colons et les extrémistes barbus pour Netanyahou. Ils ont préféré les intégrer pour garantir la pérennité de leur gouvernement.

En offrant le ministère des affaires étrangères à Lieberman pour l'un, et à Kouchner pour l'autre, ils ont cherché à museler les voies discordantes au sein du parlement. Ils ont ensuite misé sur le pragmatisme de tout ministre qui, une fois nanti de ses prérogatives, se trouve contraint de favoriser le combat contre les idées extrémistes. Le fils Begin (Benny Begin), tenant de la politique d'expulsion des Arabes vers la Cisjordanie pour judaïser le pays, a reçu un poste ministériel et une place recherchée au cabinet de sécurité du gouvernement, le lieu où réellement les décisions politiques et sécuritaires sont prises en petit comité. Il est donc fortement probable que les nouvelles responsabilités pousseront tant Lieberman que Begin à mettre de l'eau dans leur vin. Mis à part le discours convenu s'adressant à l'opinion interne, ils seront amenés à tenir compte de leur intérêt à être aux affaires pour moduler leurs thèses extrémistes.

La manœuvre a été identique à gauche. Les ténors Kouchner, Strauss-Kahn en France et Barak,en Israël,  la soixantaine dépassée, savaient que leur avenir politique dans l'opposition était compromis et qu'il leur était difficile de patienter jusqu'à la nouvelle législature pour leur retour aux affaires. Leur ralliement obtenu en leur faisant miroiter un maroquin ministériel ou un poste international n'avait pour but que d'effondrer leur parti respectif. La gauche israélienne, orpheline, est éclatée et laminée tandis que le parti socialiste français s'enferre dans la recherche d'un nouveau chef charismatique. Mais les deux leaders, élus grâce à l'action des militants de leur parti, ont tôt fait d'oublier leurs troupes lors des récompenses. La boutade de Patrick Devedjian qui s'était alors dit «favorable à l'ouverture jusqu'au Sarkozystes» s'est trouvée réactualisée avec le Likoud qui n'a eu droit qu'à des strapontins au gouvernement, et cela, sans qu'aucune tête ne dépasse.

Les deux grands hommes dictent leur attitude sur le seul sentiment qui les a rongé durant la traversée du désert et qui les habite encore malgré leur victoire : la rancune. Sarkozy savait que Chirac avait commandité sa mise à l'index au sein de son parti en lui assénant une terrible leçon en public, devant des militants disciplinés. Il savait que sa mort politique avait été programmée en haut lieu. Netanyahou, de son côté, n'a jamais digéré que son dauphin, Sylvain Shalom, tente de l'évincer au lendemain de la défaite de 2006. Il se venge aujourd'hui en lui attribuant un portefeuille placard, sans réelle influence, le condamnant au silence.

Pour le quotidien Haaretz (édition du 14 décembre 2004), Nicolas et Bibi ont d'autres points communs puisqu'ils sont tous deux fervents admirateurs de l'administration américaine et de ses politiques musclées. «Il n'est pas surprenant, par conséquent, que Sarkozy et Netanyahou aient été attirés l'un par l'autre. Sarkozy, en tant que ministre de l'Intérieur, a combattu les rebelles corses avec une poigne de fer, en prenant alors l'avis de Netanyahou, l'expert israélien en terrorisme. Netanyahou, de son côté, a été fortement impressionné par la manière dont Sarkozy a traité sans prendre de gants les immigrés et les jeunes femmes musulmanes dans son pays.»

Les deux hommes, enfin, ont instrumentalisé la peur dans leur marche vers le pouvoir. Tandis que l'un exploitait le thème de la sécurité et du combat contre la délinquance, le second agitait le spectre du terrorisme comme repoussoir des tenants de la gauche. Ils ont réussi à persuader les électeurs de deux pays profondément ancrés à gauche à s'initier aux thèmes fétichistes de la droite. A tour de rôle, ils se sont entraidés car ils étaient constitués de la même cuirasse. Sarkozy était venu en Israël, en février 2005, pour courtiser Bibi et obtenir les voix juives ou pro-israéliennes. Netanyahou a usé de la même tactique en se montrant sans cesse aux côtés de son ami pour obtenir, en décembre 2008, l'imprimatur du chef de l'Etat français dans une sorte de retour d'ascenseur pour l'aide directe qui a permis à Sarkozy de siffler 80% des voix de la communauté juive, en France et en Israël.

L'échec qui d'ordinaire abat une carrière politique, celui de Lionel Jospin par exemple, les a conduits directement à la victoire et au pouvoir. L'avenir nous dira ce qu'ils en auront fait.

Jacques Benillouche

Crédit photo Embrassade sur le perron de l'Elysée entre Nicolas Sarkozy et Benjamin Netanyahu REUTERS/Jacky Naegelen

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