Seuls les faibles ont le droit d'être impatients
Le capitalisme d'enfants gâtés court à sa perte s'il ne réapprend pas la patience. Les marchés financiers veulent des profits immédiats. Nous voulons satisfaire sans attendre nos désirs politiques et de consommation. Un système intenable.
- Distribution de repas chauds par «Les Restos Du Coeur» Vincent Kessler / Reuters -
Les plus pauvres sont par nécessité contraints à la patience, c'est-à-dire, au sens propre, à souffrir, et au sens figuré, à ne pas attendre de résultats rapides de leurs efforts. Pour eux, aucun désir ne peut être satisfait dans l'immédiat. Accumuler de quoi satisfaire les besoins les plus élémentaires, comme se loger, prend beaucoup de temps. Il faut épargner pour cela, longtemps. Pour eux, la récompense arrivera, au mieux, dans très longtemps ou pour une autre génération ou dans une autre vie.
A l'inverse, les puissants de ce monde ont tous les droits. En particulier celui de ne pas attendre pour voir satisfaits leurs désirs. Ils exigent tout, tout de suite. Leur impatience pousse les financiers à exiger une rentabilité immédiate; elle pousse les entreprises à se contenter de projets à court terme. La publicité, la société de consommation, le culte de la satisfaction permanente de nos désirs, poussent les classes moyennes vers le même modèle. Pourquoi vous priver? Pourquoi attendre? Les électeurs aussi exigent une satisfaction immédiate, et les politiques tentent de leur plaire dans l'instant. Cela conduit les uns et les autres à toujours plus d'endettement, Etats ou individus, la vraie mesure de l'impatience.
Capitalisme patient
Ce modèle, qui renvoie à l'essentiel, c'est-à-dire au rapport au temps, est suicidaire. Et on pourrait expliquer toute la dynamique de nos démocraties de marché autour de cette idée. C'est celle-là qu'il faut inverser: l'impatience doit devenir le droit des pauvres et uniquement le leur. La patience doit être le devoir des riches. Le concept de «capitalisme patient», que j'ai proposé il y a trois ans, pour décrire la responsabilité sociale d'entreprise, doit se généraliser. Il doit s'appliquer autant que possible à l'action de recherches et d'investissement des dirigeants de l'économie. Cela est plus facile à mettre en oeuvre pour des entreprises non cotées, à l'abri des caprices des marchés et des traders. De même, le secteur du social business, est lui aussi fondé sur la patience de ceux qui y investissent. Il est appelé a un grand avenir.
Cette responsabilité doit aussi être redécouverte et retrouvée par les hommes d'Etat. Ils doivent chercher comme récompense la trace qu'ils laisseront dans l'histoire et pas une remontée dans le prochain sondage. Les électeurs et les citoyens sont en fait bien plus mûrs qu'on l'imagine et aptes à comprendre que la patience ne contredit pas la démocratie. Cette patience doit devenir la vertu principale des dirigeants et même le critère pour les choisir.
A l'inverse, les pauvres, eux, doivent être impatients et ont toutes les raisons de l'être. Impatients de recevoir les moyens, en particulier financiers et politiques, de la dignité. Le monde est riche et injuste. Ils doivent le remettre en cause. Ils doivent refuser les gaspillages, la myopie, les caprices des riches. De leur impatience, de leur colère même et de son expression, dépendent aujourd'hui la survie de ce monde.
Jacques Attali
Mis à jour le 12/12/2010 à 13h44















































Oui aux beaux mots mais qui deviennent des actes. Votre cri devant de telles injustice est superbe, poignant mais sera -t-il entendu par les plus grands ?
Etant engagé dans des associations "humanitaires" pour ici et là-bas, j'ai forcément des convictions mais je me base sur la réalité, sur les faits, les actes.
Notre président a dit avoir supprimé les paradis fiscaux et veut supprimer les niches fiscales, très bien mais dans la réalité, nous savons bien qu'elle est toute autre. Les plus riches parmi les entreprises vont continuer à s'enrichir en plaçant leurs capitaux dans ces paradis (qui est un enfer pour nous tous, petits et moyens) et faire fructifier leur argent sans payer ou peu d'impôt.
L'argent n'est plus au service de l'homme mais l'homme est au service de l'argent.
Cet argent n'est plus un moyen pour investir mais bien un but en soi, ce qu'est la financiarisation de l'économie.
Permettez-moi de suggérer la lecture de "Notre besoin de consolation est impossible à rassasier" de Stig Dagerman :
"Car peu importe que je rencontre la beauté l’espace d’une seconde ou l’espace de cent ans. Non seulement la félicité se situe en marge du temps mais elle nie toute relation entre celui-ci et la vie.
Je soulève donc de mes épaules le fardeau du temps et, par la même occasion, celui des performances que l’on exige de moi. Ma vie n’est pas quelque chose que l’on doive mesurer. Ni le saut du cabri ni le lever du soleil ne sont des performances. Une vie humaine n’est pas non plus une performance, mais quelque chose qui grandit et cherche à atteindre la perfection. Et ce qui est parfait n’accomplit pas de performance : ce qui est parfait œuvre en état de repos... comme une pierre sur le sable".
Notre président a dit avoir supprimé les paradis fiscaux et veut supprimer les niches fiscales, très bien mais la réalité, nous savons bien qu'elle est toute autre. Les plus riches parmi les entreprises vont continuer à s'enrichir en plaçant leurs capitaux dans ces paradis (qui est un enfer pour nous tous, petits et moyens) et faire fructifier leur argent sans payer ou peu d'impôt.
L'argent n'est plus au service de l'homme mais l'homme est au service de l'argent.
Cet argent n'est plus un moyen pour investir mais bien un but en soi, ce qu'est la financiarisation de l'économie.
Pourtant, pensez-vous subitement que le dumping fiscal et le profit tiré des aides européennes par un pays comme l'Irlande est une simple impatience totalement légitime d'un pays en grande difficulté? Après tout, il s'agissait bien de se précipiter sur le système financier mis en place pour rattraper un retard important sur les plus riches voisins. Sans doute, d'ailleurs, pouvons-nous penser que la Chine et sa "guerre pacifique avec les Etats-Unis menant à un nouveau bipolarisme", pour reprendre vos propres mots, ne fait preuve que d'un légitime réalisme visant à croquer autant la pomme que ne l'a fait le reste du monde durant tant de décennies. Après tout, ce n'est que justice et peu importe les conséquences de son impatience.
C'est étrange, j'ai du mal à connecter ce texte avec les analyses habituelles sur la macro-économie. Mais sans doute n'est-il destiné qu'à un public bien précis. Devrions-nous lire que le droit à l'impatience est de rigueur pour les pauvres des pays riches mais sans aller jusqu'à le revendiquer au-delà?
En somme, s'agit-il de donner la parole aux pauvres ou de faire en sorte pour les pays les plus riches de solutionner la paupérisation d'une partie de leur population? Je me permets de poser cette question car si l'impatience ainsi prônée se révèle au niveau mondial, je crains que le seuil de pauvreté en vigueur dans l'Union Européenne ou aux Etats-Unis ne doivent être rapidement recalculé.
Remarquez, il est vrai que vous nous avez expliqué que quand le régime communiste Chinois tombera, les couches les plus pauvres de cette société seront un marché miraculeux pour nos économies en panne de croissance.
Comme dit l'adage : charité bien ordonnée...
Bien à vous
Populisme : Attitude, comportement d'un homme qui, contre les élites dirigeantes, se pose en défenseur du peuple et en porte-parole de ses aspirations, avançant des idées le plus souvent simplistes et démagogiques.
Démagogie : Recherche de la faveur du peuple pour obtenir ses suffrages et le dominer.
Très peu cordialement.
De leur impatience, de leur colère même, dépend la survie du monde. »
Discours de nantie. Malgré tout l'humanisme et l'empathie dont M. Attali peut faire preuve tout ceci n'est que de la philosophie bien malhabile.
« Ce modèle (de l'impatience), qui renvoie à l’essentiel, c’est à dire au rapport au temps, est suicidaire. »
La colère des faibles ne peux que s'exprimer par la violence pour être entendu. Est-ce ce qu'ils désirent? Un faible impatient ne va que de désillusion en désillusion. Et je vous le confirme court au suicide. La sagesse des faibles se matérialise par leur patience à toute épreuve. La sagesse des faibles se matérialise par leur compréhension de la douleur. Ne faites pas aux autres ce que vous n'aimez pas qu'ils vous fassent. Ne suivez de modèle d'une bêtise indicible.
Je finis par une citation, une fois n'est pas coutume :
« Je m'éloigne d'autant que je m'approche, bla bla bla » Philippe Katerine
Si l'on considère que derrière le mot patience se cachent ce que l'on nomme vertus à savoir : calme, pondération, sang-froid, persévérance, maîtrise de soi, considérez vous ces vertus comme des souffrances ? A moins que déjà pour vous, attendre, patienter, soient des souffrances ? Ce qui vous rangerait dans la catégorie des enfants gâtés que vous dénonceriez.
La vie n'est que patience ; regardez une plante pousser, il lui faut du temps pour fleurir. Est-ce une souffrance ou une succession d'étapes normales pour " devenir et être " ? La vie serait " sur du plus long terme " que " l'homme puissant ", il semble. L'impatience ne serait donc qu'un dérèglement de l'ordre des choses. Les puissants, les adeptes du " tout, maintenant " devraient manifestement consulter et se faire soigner. Le capitalisme n'est donc malade que du comportement de ses dits " puissants ".
Depuis quand les faibles ont-ils des droits ? Si cela était, ça se saurait. Un certain Jean de La Fontaine : " la raison du plus fort …"
Les clochards et autres SDF me surprennent toujours ; que risquent-ils dans leur situation ? Pas grand-chose ! Les voyez-vous dévaliser les étals de nourritures dans les rues ou le métro ? Qu'est-ce qui les retient ? La peur, un conditionnement passé, une forme de morale, la honte ?
Si l'on se réfère au livre de Boris Cyrulnik, sur la honte, on peut y lire : " Les pervertis et les pervers. Les premiers sont des gens normaux qui, pris dans un embrigadement nationaliste, clanique, sectaire, idéologique, perdent leur capacité d'empathie. Les pervertis ne sont pas atteints par la souffrance des autres et ne se sentent jamais coupable de faire souffrir. Ce sont eux dont on dit : ils devraient avoir honte. Mais voilà, ils affichent un sans-gêne à toute épreuve. Un peu comme les responsables de la déroute économique, non ? On peut le dire, les financiers se sont un peu comportés comme des pervers ".
La honte rend humain. Les enfants gâtés que vous côtoyez probablement, sont pour beaucoup des pervertis et la frontière est fine avec les pervers qui se délectent carrément de la souffrance des autres. Je me demande parfois si ce ne sont pas des malades mentaux qui nous gouvernent.
Je n'ai pas compris en définitive la finalité de votre texte, vus vos précédents écrits. Peut-être une morale de façade que vous souhaitiez défendre, un début de conversion ou une manière alambiquée de quitter le navire ?