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Quand le FBI fabrique de faux terroristes

Temps de lecture : 3 min

Comment les agents fédéraux américains se font-ils passer pour des militants islamistes?

Des agents du FBI en mars 2010. REUTERS/Adam Hunger
Des agents du FBI en mars 2010. REUTERS/Adam Hunger

Les autorités fédérales américaines ont arrêté mercredi 8 décembre à Baltimore un homme pour avoir essayé de faire exploser une bombe devant un centre de recrutement de l’armée dans le Maryland. Selon le Baltimore Sun, l’homme est un Américain d’origine nicaraguayenne qui s’est récemment converti à l’islam. Selon le New York Times, le suspect a approché trois personnes différentes pour l’aider dans son projet d’attentat mais a été éconduit à chaque fois. Quand il a enfin trouvé un associé pour commettre son crime, le partenaire s’est avéré être un agent secret du FBI. L’agence surveillait l’homme depuis qu’il avait vanté les mérites du tireur de Fort Hood sur Facebook il y a quelques mois, et lui a fourni de faux explosifs. Le FBI avait déjà utilisé des agents secrets se faisant passer pour des militants islamistes pour piéger un adolescent américain d’origine somalienne identifié comme recrue potentielle d’al-Qaida. Ces agents ont aidé Mohamed Osman Mohamud à préparer un attentat à la voiture piégée visant une cérémonie d’illumination de sapin de noël à Portland, dans l’Oregon, avant de l’arrêter le vendredi 26 novembre. Comment le FBI forme-t-il ses agents secrets pour qu’ils puissent passer pour des militants islamistes?

Avec quelques phrases bien ciblées. Il n’existe pas de réseau djihadiste organisé aux États-Unis—la plupart des candidats terroristes dont parlent les médias, comme Mohamud, sont des personnes jeunes, inexpérimentées et isolées. Il n’est donc pas nécessaire de s’infiltrer clandestinement pendant longtemps dans une entreprise criminelle, et les agents n’ont besoin que de duper un ou deux terroristes novices. En outre, étant donné que les djihadistes viennent de diverses parties du monde et parlent différentes langues, l’agent secret n’a pas forcément besoin de parler arabe couramment et sans accent. Certes, le FBI préfère les agents qui semblent venir d’Asie du sud-est, d’Afrique de l’Est ou du Moyen-Orient, mais si ce n’est pas possible ce n’est pas rédhibitoire. La formation revient à familiariser les agents secrets avec une certaine tendance de la théologie islamique radicale, et à leur enseigner des expressions incontournables—comme le salut arabe traditionnel, Salam Aleykoum.

Le FBI a toujours su infiltrer la Mafia sicilienne grâce à son recrutement inventif et à ses techniques de formation. Si un réseau terroriste islamique devait s’établir aux États-Unis, il aurait sans doute recours à certaines des leçons apprises en luttant contre la Pieuvre.

La couleur de peau et le contexte ethnique ne sont pas aussi importants qu’on pourrait le croire lorsqu’il s’agit de sélectionner un agent secret. Les notes internes du FBI concernant le recrutement d’espions ne mentionnent pas systématiquement l’apparence physique, et l’agence a fait certains choix parfois surprenants. Joaquin «Jack» Garcia, Américain d’origine cubaine, est devenu l’un des agents secrets qui a le mieux réussi à infiltrer la Mafia sicilienne—une organisation à l’homogénéité culturelle bien plus poussée que celle des terroristes islamiques nationaux. Garcia a si bien réussi à convaincre La Cosa Nostra de son authenticité que ses membres lui ont offert de devenir un homme d’honneur officiel.

Si l’agent doit travailler sur le terrain pendant une longue période, le FBI lui crée une fausse identité complète. Garcia a endossé le rôle de Jack Falcone, italo-américain de la quatrième génération aux racines siciliennes. Avant d’apparaître sur le paillasson de la Mafia, le faux Falcone avait été voleur de bijoux et extorqueur. L’agent Robert Mazur a fait tomber de nombreux piliers du narcotrafic en se faisant passer pour un spécialiste international du blanchiment d’agent. Le FBI lui avait donné le nom d’un bébé, Bob Musella, mort dans le New Jersey peu de temps après la naissance de Mazur. Il avait ensuite ouvert des comptes en banque au nom de Musella, lui avait fabriqué un faux CV et forgé des références qui pouvaient répondre de lui.

Si une acculturation est nécessaire, le FBI peut aussi s’en charger. Il a affecté un vrai employé italo-américain à «l’éducation mafieuse» de Garcia (alias Jack Falcone). Celui-ci apprit à quoi ressemblait une enfance dans une famille italienne, reçut des costumes Armani, porta des bijoux ostentatoires et passa des heures à regarder des émissions de cuisine italienne sur Food Network pour être capable de proposer à ses cibles quelques copeaux de Parmigiano Reggiano sans leur mettre la puce à l’oreille.

Brian Palmer

Traduit par Bérengère Viennot

L’Explication remercie l’analyste en terrorisme J.M. Berger, Peter Earnest de l’International Spy Museum et Marc Sageman, auteur de Leaderless Jihad: Terror Networks in the Twenty-First Century.

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Brian Palmer Journaliste

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