La guerre contre l'euro
La monnaie subit des attaques coordonnées. Aux Européens de se battre pour défendre leur bien.
- Une autre guerre, celle d'Afghanistan: un soldat américain met des balles dans son chargeur, avril 2010. REUTERS/Tim Wimborne -
«Le piège est de douter nous-mêmes de la solidité du système […]. Dire que l'euro est en danger est totalement dénué de sens.» En remettant le grand prix de l'économie des Echos à Wolfgang Schäuble, mercredi 1er décembre, Valéry Giscard d'Estaing a tenu le discours qu'on aurait aimé entendre de la bouche des responsables politiques depuis le début de la crise des dettes souveraines, il y a un an. Non, l'euro n'est pas menacé dans sa survie, comme l'a malencontreusement déclaré le président du Conseil, Herman Van Rompuy. Il «fait l'objet d'attaques spéculatives coordonnées»: il s'agit d'une guerre. Aux Européens de se battre pour défendre leur bien.
Monter sur la colline et affirmer nos différences
J'entends bien, cette posture combative peut paraître factice et un peu désuète. Si les marchés attaquent l'Europe, c'est qu'ils la sentent faible. Et le fait est qu'elle est bizarre, hétéroclite, emplie de failles, désarmée. Génétiquement malade d'être une union monétaire sans union politique, comme les marchés anglo-saxons ne manquent de le souligner. Mais battre les tambours de guerre, comme VGE, change la perspective. Au lieu d'admettre que les marchés ont raison, au lieu de subir leurs attaques comme le font les responsables européens depuis un an, au lieu de se soumettre en adoptant des plans de rigueur plus drastiques les uns que les autres, ouvrant grande la perspective d'une révolte des peuples, au lieu de ces reculs, les politiques auraient dû monter sur la colline et haranguer les foules: l'Europe ne plaît pas aux marchés? Notre bizarrerie les rend perplexes? Et bien l'Europe c'est çà! La deuxième économie du monde n'est pas bâtie à l'américaine avec un seul gouvernement comme le veulent les simplistes traders. Nous avons une histoire, des traditions, des Etats nationaux fiers et un modèle social auquel sont attachés les 380 millions de citoyens. Cette Europe-là survivra aux attaques des marchés, elle ne se désagrégera pas mais, au contraire, se renforcera. Elle gagnera.
Excès d'optimisme? Angélisme? Pour gagner les guerres, c'est ainsi que doivent parler les généraux. A condition, comme nous l'apprend Thucydide, qu'à l'optimisme du discours, on ajoute le pessimisme des hypothèses sur le champ de bataille. A condition, d'abord, de faire taire les désaccords dans les rangs et, ensuite, de préparer les dispositifs. De ce point de vue, l'Europe présentait deux faiblesses graves.
Le problème allemand
La première est en Allemagne. Redoutant son opinion publique dressée contre les pays du «Club Med», et hérissée par toute idée d'«une Europe des transferts» où les Allemands paient pour les fautes d'autres, le gouvernement de Berlin a été sur le recul depuis le départ. Il en est arrivé à penser, sinon à dire, qu'un pays pouvait sortir de la zone ou faire défaut sur sa dette. Conception plus qu'étrange! Non seulement cette perspective encourage la spéculation, mais elle jette une tache indélébile sur l'euro lui-même. Jean-Claude Trichet s'en est très justement étranglé. Mais, assure-t-on à Paris, Angela Merkel «a compris depuis le week-end dernier». L'Allemagne, hier animée de l'unique volonté d'infliger la pénitence aux pêcheurs du Sud, aurait basculé et pris en compte la solidité fondamentale de la monnaie unique. La première faiblesse, celle de la désunion, serait donc comblée.
La zone euro est maintenant dotée d'un mécanisme qui permet de se porter au secours d'un pays membre en crise. Il est pérenne. Est-il suffisant? Il faudra annoncer qu'il sera doté autant que nécessaire pour soutenir l'Irlande, le Portugal et même l'Espagne. Reste à déminer la défiance des marchés en précisant les nombreux détails encore flous de ce Fonds. Reste surtout à éliminer l'ambiguïté née en Irlande de savoir qui on sauve: les Etats ou les banques? Si les moyens manquent, si un choix est nécessaire, il faut choisir clairement pour les Etats et engager une restructuration bancaire à l'échelle européenne, d'ailleurs depuis longtemps nécessaire.
Deuxième faiblesse: l'absence d'union politique. Une union économique «sans transferts» financiers d'un pays à l'autre, et sans émigration possible d'une région à une autre, pose un problème de fond: comment tient-elle sur le long terme? Quelle spécialisation interne? Comment éviter les divergences? Trouver une réponse prendra du temps. Mais il n'y a pas urgence. Dans le feu de la guerre, il faut crânement souligner que le baroque de la construction européenne n'a pas empêché les gouvernements de s'entendre pour inventer le dispositif de secours ci-dessus. Il faut vanter le fait qu'il s'agit d'une rupture fédérale réalisée en quelques mois à l'intérieur des traités. L'Europe a su avancer, VGE a raison: elle n'a pas à douter d'elle-même.
Eric Le Boucher
Chronique également parue dans Les Echos
Mis à jour le 08/12/2010 à 9h48













































Je rêverais que les différentes autorités, sans nier les difficultés ou contester le diagnostic actuel et en apportant des solutions pour le futur en effet, disent franchement aux marchés, que si ça ne leur plait pas, c'est la même chose ! D'ailleurs ça ne leur déplait pas toujours visiblement, quand ils propulsent l'euro à 1,60 dollar, ou le font remonter de 20% (20 % !) après la crise grecque, pourtant en rien réglée alors que la crise irlandaise se profilait déjà et n'était pas exactement inattendue. La Communauté puis l'Union européennes ont survécu à des crises autrement plus graves que la baisse de quelques centimes sur la parité euro/dollar et trois passages d'ordres sur un clavier.
Alors à tous ces matheux analphabètes sachant péniblement aligner 3 mots en anglais ou français sans y mettre 15 fautes, lançons un défi: faites tomber l'euro si vous en êtes capables, bande de planqués ! On vous attend !
Ca m'étonnerait que leurs faibles hormones leur fasse relever ce défi, l'euro leur est trop utile...
Cordialement,
Marc
@Marianne : que ce soit l'or ou du papier, la monnaie repose sur la confiance. La monnaie électronique est ce qu'il y a de mieux : totalement divisible, fluide, facile à transporter, facile à conserver. Le problème est psychologique : le support est abstrait. Mais il faut bien avoir en tête que tous les problèmes que l'on connaît avec la monnaie actuelle existait avec l'or sous une forme ou une autre (un bateau coule avec une cargaison et tout devient plus cher, une mine est trouvée et paf on a de l'inflation, un pays prend les stocks d'or d'un autre et fait de la rétention = spéculation sur l'or, etc...). Le problème actuel est plus dans le fait que la création monétaire a été privatisée puisque ce sont les banques commerciales qui créent de la monnaie et en tirent profit à chaque fois qu'elles accordent un prêt alors qu'elles n'ont pas les actifs correspondants (règle de la réserve). Tant que la création monétaire (battre monnaie) dépendait directement des Etats, la création et son bénéfice étaient socialisés : on achetait les pièces à l'Etat. Bien sur, c'était souvent le prince qui s'en mettait plein les poches. Mais dans un état démocratique, qui plus est en situation de marché ouvert, la création monétaire devrait dépendre des capacités de production : chômage de masse donc fortes capacités de mobilisations, donc création monétaire pour financer l'emploi de ces personnes = peu d'inflation (on crée une valeur en faisant travailler ces personnes qui compense la création monétaire). L'étalon-or n'est donc pas une solution même si ça peut rassurer le quidam.
faut-il vous rappeler, à vous et aux Allemands, ce que nous a coûté la réunification allemande, à nous tous Européens, avec son taux de conversion choisi par le gouvernement Kohl de 1 mark RFA contre 1 mark RDA ? Une dette pour 250 ans ! Et également le fonctionnement de la BCE, totalement calqué sur celui de la Buba, et pas pour le meilleur. Ainsi que l'absence de gouvernement économique, refusé par les Allemands, et que l'on pleure à longueur de colonnes depuis des années.
Ca fait cher du "bouc émissaire" !
En outre, l'économie de l'Allemagne, comme vous le savez, est fortement exportatrice, avec un moteur de la consommation intérieure structurellement anémié, ce qui fait que leur économie, c'est nous qui la leur finançons (l'Europe et principalement la France, premier partenaire), sans que ça leur coûte grand-chose puisqu'ils ne nous achètent rien ! Dans une Union Européenne où les pays ne sont pas censés se faire une guerre économique, mais plutôt être coopératifs, sinon "solidaires" (comment dit-on "gros mot" en allemand ?) , cette situation leur impose quelques responsabilités !
Bien cordialement,
Marc
Et quelle Tartuferie toute cette histoire de crise Euro! Nous avons la mémoire courte. Les spéculateurs ont besoin de matières de spéculation. Et quand il n'y en a pas il faut en inventer.
Il y a un an à peine, souvenez-vous?, c'était le pétrole. 100$? 150$? 200$? le baril. Qui dit mieux? Chaque baisse de température, chaque rupture de pipe-line religieusement rapporté par les média. Et ces Chinois et ces Indiens qui - soudainement - allaient piquer 'notre' pétrole pour leus nouvelles voitures bon marché.....(qui parait-il ne se vendent pas si bien que ça...)
Je ne dis pas qu'il n'y a pas matière dans le fond. Nous sommes tous trop endettés et cela doit cesser. Mais je n'ai jamais entendu parler d'une monnaie qui s'écroule par ce qu'elle est trop fort!
Ah oui, au fait, rappelez-vous de cette période bénie quand l'Euro était trop faible. Ou est-ce que je me trompe?, c'était quand l'Euro était trop forte, je ne m'en souviens plus!
C'est vrai, je perds la mémoire parfois....