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Guy Forget serait plus utile comme président de la FFT

Yannick Cochennec, mis à jour le 08.04.2012 à 15 h 07

La défaite de la France en finale de coupe Davis est une nouvelle preuve que les joueurs tricolores n'ont n'ont ni le mental, ni le physique pour s'imposer dans les grands tournois. Guy Forget n'y changera rien en tant qu'entraîneur, mais pourrait faire évoluer les choses à la tête de la Fédération française de tennis.

L'équipe de France de coupe Davis à Belgrade le 5 décembre 2010,  REUTERS/Marko Djurica

L'équipe de France de coupe Davis à Belgrade le 5 décembre 2010, REUTERS/Marko Djurica

L'équipe de France de Coupe Davis a été éliminée en quarts de finale de l'édition 2012, dimanche 8 avril à Monte-Carlo, par les Etats-Unis. C'était le dernier match de Guy Forget sur la chaise, après treize ans de capitanat marqué par quatre finales dont une victoire, en 2001. A cette occasion, nous republions un article de décembre 2010 où nous suggérions son transfert du capitanat à la tête de la Fédération.

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Echouer en finale de coupe Davis après avoir viré en tête 2-1 au soir du double est une rareté. Au cours des 30 dernières années, ce cas de figure s’est présenté seulement deux fois. Deux fois, hélas, au détriment du tennis français qui a donc désormais perdu ses deux dernières finales de coupe Davis après avoir vendangé semblable capital.

Comme lors de l’affrontement contre la Russie, à Bercy en 2002, les Bleus de Guy Forget ont dilapidé, en effet, ce trésor de guerre face à la Serbie à Belgrade où ils ont fini par sombrer corps et bien. Dimanche, ils n’ont pas été capables de marquer le moindre set pour perturber et endiguer le retour de leurs adversaires. Lourd constat d’échec. Et faute de coaching de Guy Forget et de son encadrement à l’occasion du 5e et dernier match survolé par Viktor Troicki aux dépens de Michaël Llodra.

Evidemment, il est très facile de refaire un match à froid et de scier un capitaine avec des si. Reste le résultat qui, seul, compte en sport comme dans de nombreux domaines: Bogdan Obradovic, l’homologue serbe de Forget, a fait, lui, le bon choix lors du 5e match en sélectionnant Viktor Troicki alors que le clan français pensait avoir affaire à Janko Tipsarevic dans cette situation extrême.

Erreur tactique

Face à Troicki, qu’il a battu quatre fois sur quatre dans sa carrière, Gilles Simon aurait pu être une solution évidente. Mais Forget n’imaginait pas que Troicki, protagoniste forcément déçu du double pendant lequel les Serbes avaient cédé malgré le gain des deux premières manches, aurait les ressources mentales pour pouvoir jouer l’éventuel sauveur de la nation. Comme le souligne, lundi, L’Equipe «les Français ont commis une grosse gaffe en donnant à leurs adversaires une information essentielle avant le match: en laissant Gilles Simon assister à l’intégralité de la rencontre Djokovic-Monfils tandis que Llodra rentrait au vestiaire, ils ont joué cartes sur table. À en croire les Serbes, c’est cette information qui les a poussés à lancer Troicki, dont Simon est justement la bête noire.»

Mais au-delà de cette erreur d’appréciation, si la France s’est inclinée, c’est aussi et avant tout parce qu’elle ne dispose d’aucun champion de la valeur de Novak Djokovic, n°3 mondial. Et que cela dure…

A Belgrade, elle a pu regretter l’absence de Jo-Wilfried Tsonga, blessé, mais elle ne devait pas oublier non plus qu’elle a eu beaucoup de chance pour arriver jusqu’en finale en bénéficiant des forfaits de Rafael Nadal lors du quart de finale contre l’Espagne à Clermont-Ferrand et de Juan-Martin del Potro en demi-finales face à l’Argentine à Lyon.

Top 100 mais pas de champion

Le tennis masculin français vit une situation paradoxale. Depuis longtemps, il est massivement représenté parmi les 100 premiers mondiaux. Actuellement, 11 joueurs figurent ainsi dans ce «top 100». C’est trois de moins que l’Espagne, mais comparativement aux trois autres pays du Grand Chelem, c’est six de plus que les Etats-Unis et… dix de plus que l’Australie et la Grande-Bretagne, nations à la dérive en dépit des fortes ressources engendrées par l’Open d’Australie et le tournoi de Wimbledon.

En termes de formation, à l’exception de l’Espagne, la France écrase ses rivales en faisant preuve d’excellence, mais elle est incapable de trouver un successeur à Yannick Noah, dernier vainqueur tricolore dans un tournoi majeur, à Roland-Garros en 1983. Depuis 1946, Noah est même l’unique champion de l’hexagone à avoir connu cette extase sur le plan masculin alors que l’Australie et les Etats-Unis ont produit des n°1 mondiaux en pagaille jusqu’à récemment avec Patrick Rafter et Lleyton Hewitt côté australien, Pete Sampras, Andre Agassi et Andy Roddick côté américain. La France a la quantité, mais pas la qualité. Elle se contente de finalistes dans le Grand Chelem, à l’Open d’Australie avec Arnaud Clément (2001) et Jo-Wilfried Tsonga (2008), à Wimbledon avec Cédric Pioline (1997) ou à l’US Open toujours avec le même Pioline (1993)…

Quels que soient les systèmes de formation et aussi performants soient-ils, un champion ne se décrète pas. Par essence, il est toujours exceptionnel. Par exemple, la Suisse, qui a produit deux génies de l’envergure de Roger Federer et Martina Hingis, n’a pas de formule magique d’entraînement pour avoir été capable de les produire. Elle a eu ce bonheur inouï de tomber sur ces deux pépites.

Culture de la gagne

Il n’empêche, la France aurait pu et pourrait mieux faire. Il est admis que les joueurs français savent jouer plus de coups que les autres en raison du très bon enseignement qu’ils reçoivent, mais au niveau de l’attitude au quotidien, ils laissent à désirer. A sa manière, Richard Gasquet, formé dans le cocon fédéral, symbolise ce petit gâchis. Génie des courts lors de son enfance, il est aujourd’hui rentré dans le rang au point d’avoir fait banquette lors de Serbie-France sans que cela paraisse le déranger outre mesure. Il se contente de qu’il a: d’une vie confortable qui ne mérite pas davantage d’efforts. Avant lui, Sébastien Grosjean, qui aurait également pu mieux faire, avait été frappé du même manque d’ambition. La culture de la gagne, en toutes circonstances, leur est étrangère. Ayant grandi à la dure, à une époque où son pays était en guerre, Novak Djokovic est évidemment dans un autre état d’esprit. Souffrir la rage au cœur, il sait ce que c’est. Guy Forget constatait il y a quelques années:

«Les joueurs français sont des garçons qui sont très tôt très complets techniquement, capables de jouer sur toutes les surfaces, et particulièrement sur des surfaces rapides. On développe des joueurs au tennis plus ludique – aspect qu’il ne faut pas dénigrer, loin de là! –, mais dans le même temps le tennis espagnol et argentin favorise l’éclosion de gars qui sont des guerriers sur terre, plus limités que les Français techniquement, c’est sûr, mais plus forts mentalement et physiquement, parce que ce sont des jeux qu’ils pratiquent depuis tout petits, jeux qui les poussent à développer ces qualités-là.»

A L’Equipe, l’Espagnol Alex Corretja, ancien n°2 mondial, s’était confié en ces termes sur les différences entre la France et l’Espagne, qui a aligné les victoires en Grand Chelem depuis 20 ans avec Rafael Nadal, Juan Carlos Ferrero, Carlos Moya, Sergi Bruguera et Albert Costa:

«Les différences majeures sont physiques et mentales. En Espagne, très vite, les joueurs passent beaucoup de temps sur le court à travailler leur physique. En hiver, la priorité est donnée au physique. Par exemple, si on a six semaines de préparation, on va en passer trois à ne faire que du physique. Des courses, des changements de rythme, des poids et même de l’athlétisme. Quand je me préparais pour un Grand Chelem, je faisais des séries de 100 m ou de 400 m sur une piste d’athlétisme. C’est dur, mais ça donne un gros avantage mental. Vous avez éduqué votre corps à souffrir. Vous l’avez déjà poussé jusqu’à sa limite. Donc, après quatre heures de match, vous n’avez pas peur de la souffrance.»

Après 11 ans passés au capitanat de l’équipe de France de coupe Davis, Guy Forget a probablement fait son temps. Onze ans, c’est long, très long, trop long. Mais le tennis français a besoin de lui pour trouver des solutions et revoir toute sa filière. Il est un personnage incontournable du paysage en raison de sa passion pour son sport et de son intelligence communicative. Depuis 1993, la Fédération Française de Tennis connaît un grave problème de leadership. Christian Bîmes, président cette FFT de 1993 à 2009, n’a pas été à la hauteur de la fonction et Jean Gachassin, son successeur, ne paraît pas mieux armé si l’on en juge par ses gaffes récentes et son apparent manque de vision. Tout le monde le sait et le murmure. Forget a l’envergure pour devenir président de la FFT et donner un nouveau dynamisme au tennis français, à l’heure de surcroît où le tennis féminin s’enfonce dans une terrifiante médiocrité après les années Mauresmo et au moment où Roland-Garros pourrait être amené à déménager avec la perspective de la construction d’un nouveau centre national d’entraînement. Il est temps qu’il se mette en campagne pour le scrutin de 2013. Il aura 48 ans. Le bon âge pour passer à autre chose et continuer de servir le tennis français qui a besoin de vrais changements à son sommet…

Yannick Cochennec

(article mis à jour le 11/12/2010)

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