Life

Hotmail et moi, c'est fini

Jack Shafer, mis à jour le 16.12.2010 à 9 h 35

Pourquoi je mets fin à ma longue histoire d'amour en ligne.

All We Are...  / Enkhtuvshin's 40D via Flickr CC License by

All We Are... / Enkhtuvshin's 40D via Flickr CC License by

Hotmail et moi, c'est une longue histoire. J'avais déjà un compte avant que Microsoft ne rachète la société pour 400 millions de dollars (300,7 millions d'euros) début 1998, ce qui fait de ce service de courrier électronique ma relation la plus longue à ce jour. Bien sûr qu'il y en a eu d'autres avant Hotmail. J'ai eu un compte CompuServe, une adresse AOL, et bien avant ça, à l'époque de ma cyber-puberté, j'avais un compte MCI Mail si lent qu'on pouvait lire le mail à mesure qu'il s'affichait sur l'écran, à 300 bauds.

Parmi mes relations les plus faciles, il y a également eu les comptes pros, généralement via Microsoft Outlook. Mais se servir d'Outlook, c'est comme coucher avec une pute à un congrès puis envoyer la facture à son patron. Avec Outlook il n'y a ni plaisir ni intimité; c'est seulement pour se soulager. Si le client mail de Microsoft existe, c'est uniquement pour faire plaisir à votre chef et aux tarés du bas, à l'informatique. Surtout pas à vous, ni à moi.

Le bon vieux temps

Ce qui m'a attiré chez Hotmail? C'était une boîte gratuite, ce n'était pas Outlook, et elle n'était pas casanière. Comme toutes les putains, Outlook se montrait particulièrement exigeante, décidant où et quand nous nous connecterions. Quand je n'étais pas au bureau, je pouvais la fréquenter uniquement via VPN, et plus tard, quand la perspective d'attraper un virus à cause de moi a viré à l'obsession, on ne pouvait se brancher que si j'avais une carte à puce valide à plugger sur USB en guise de préservatif. Hotmail n'en avait rien à foutre de tout ça. N'importe quand et de n'importe quelle machine, ça lui allait.

Parcourir de vieux dossiers m'a replongé dans nos souvenirs heureux, comme le jour où j'ai acheté ClipMate et envoyé ma clé d'enregistrement sur ma boîte Hotmail. Et mon abonnement à CRAYON? Diantre, je ne suis pas retourné sur ce site depuis une bonne dizaine d'années, et vous savez quoi? Mon nom d'utilisateur –mon adresse Hotmail– et mon mot de passe fonctionnent toujours! C'est marrant de revoir ses vieilles commandes Amazon passées dans les années 1990 et se remémorer les souvenirs d'une époque où tout était plus simple: une dizaine de livres, un casque Koss pas cher, ce CD de Son Volt...

Mais quelque part en route, Hotmail a changé –et  je suis le premier à admettre avoir changé moi aussi. Lorsque je lui ai demandé si ça lui allait que je fréquente d'autres services gratuits de courrier électronique, elle m'a dit que ça ne la dérangeait pas. Alors je me suis fait une adresse Go.com, une autre chez Yahoo, une deuxième adresse Hotmail pour le boulot avec Slate, et puis j'ai flirté avec Outlook Express, et, beaucoup plus tard, avec Thunderbird. J'ai même chopé une adresse MSN supposément payante, mais vu que Slate appartenait à l'époque à Microsoft... Comme toutes les relations, mon histoire avec Hotmail a dégénéré en une espèce de cohabitation amour-haine. Je détestais qu'Hotmail limite le nombre de mails que je pouvais stocker gratuitement, et je détestais pouvoir envoyer des pièces jointes jusqu'à une certaine taille seulement. J'ai commencé à croire qu'Hotmail me haïssait car je voulais profiter de tout ce qu'elle avait à me proposer, et plus, mais sans jamais payer.

Le jour où j'ai rencontré Gmail

2004 a marqué le début de la fin, quand j'ai réussi à me procurer une invitation Gmail. Le service de courrier électronique de Google ne me parlait pas de limites, lui. J'ai archivé la quasi-totalité des courriers que j'ai reçus sur ma boîte Gmail et je n'ai toujours pas atteint la limite de stockage maximale. Pourtant je ne suis jamais tombé amoureux de Gmail, même si j'y ai également deux comptes. J'ai seulement compartimenté, réservant Hotmail pour mon shopping en ligne et mes clés d'enregistrement. Je dois y avoir stocké un million de factures et je n'avais pas envie de me prendre la tête à changer l'adresse mail pour accéder à mes comptes Amazon, Netflix, Go Daddy, Borders, Napster, et iTunes. Alors je suis resté, rationalisant mon malheur. Je parie que vous avez déjà connu ça: elles vous mettent le grappin dessus et hop, terminé, impossible de vous en défaire.

Pourquoi étais-je si malheureux? Après tout, Hotmail m'a beaucoup donné sans jamais vraiment demander quoi que ce soit en retour. Et bien, je me suis simplement mis à préférer Gmail. Plus élégant, plus rapide et plus facile à explorer; tout l'inverse d'Hotmail. Et puis Hotmail n'arrêtait de pas de prendre du poids avec toutes ses nouvelles fonctionnalités –fonctionnalités dont je n'avais que faire. Il y a aussi eu les innombrables changements de nom, symptomatique de ses problèmes de confiance: Hotmail est devenue MSN Hotmail, puis Windows Live Mail, et ensuite Windows Live Hotmail. Qui est-ce que tu croyais tromper, comme ça? Tout le monde le sait, tu es la même qu'au premier jour de notre rencontre, en 1996.

Je n'ai jamais eu honte d'avoir une adresse Hotmail –je ne peux pas en dire autant pour mon compte AOL. Et je ne serais pas en train d'écrire cet article si Hotmail était restée fidèle à elle-même. Mais non, il a fallu que qu'elle se mette entre le Web tout entier et moi, à surveiller mes moindres faits et gestes. A peine me connectai-je à ma boîte Hotmail qu'elle me harangue pour que je me logge sur Facebook, MySpace et LinkedIn. Elle m'implore de «Partager» quelque chose avec mes contacts, me supplie d'ajouter des photos. Là, tout de suite, ma page d'accueil Hotmail me notifie l'anniversaire imminent de quelqu'un que je ne connais même pas.

Je dois avouer que je me suis laissé séduire une fois par la petite soeur d'Hotmail, Messenger, qui s'est elle aussi fait ravaler la façade plus de fois que la poste du coin. Mais j'ai également arrêté de la voir parce qu'elle me harcelait pour les mises à jour, et insistait pour s'occuper de mes vidéoconférences, de mon réseau, de mes transferts de fichiers, et même faire le maître d'hôtel! Elle a même voulu que je lui file mon numéro de téléphone, alors que wow, calmos, c'est pas quelque chose que je donne à n'importe qui. On la dirait incapable de comprendre que ce que j'attends d'elle c'est simplement

  • 1) de la stabilité
  • 2) envoyer des messages instantanés

Alors qu'elle arrête deux minutes de se donner des airs! Résultat, maintenant j'utilise le client Web Meebo pour tous mes besoins de messagerie instantanée.

Alors le mois dernier, j'ai rompu. Mais comme toutes les romances modernes qui se sont soldées par un échec, ça n'est pas une vraie rupture. J'ai arrêté d'utiliser Hotmail pour envoyer des courriers électroniques et j'ai configuré mon compte Gmail pour récupérer tous ceux qui m'y sont envoyés. Sauf ma connexion hebdomadaire pour vérifier les spams, Hotmail et moi c'est de l'histoire ancienne.

Honnêtement, il me faut bien avouer qu'avec Gmail, j'ai l'impression d'avoir rajeuni et perdu 10 kg. Mais j'en ai vu d'autres, et je sais que ce genre de relation n'est pas faite pour durer. Au début de l'année, Gmail a montré ses premiers signes de dépendance en m'imposant son Buzz sans me demander l'autorisation avant. De temps à autre, quand je clique accidentellement sur le bouton de statut, passant d'«invisible» à «visible», des gens à qui j'ai écrit une fois ou deux viennent me parler sur Google Chat.

Je sais bien que je risque de reproduire le même schéma et finir par gueuler sur Gmail parce que je suis trop vieux pour me prendre la tête avec ces conneries. Peut-être que j'ai eu ma dose d'histoires de ce genre. Est-ce que mon service d'email et moi on peut juste être colocs?

Jack Schafer

Traduit par Nora Bouazzouni

Addendum, 2 décembre: Hotmail prend ma lettre de rupture plutôt bien, et je suis sûr que tout ira bien pour elle. De toute façon, quand on a «Hot» dans son nom, on ne devrait pas avoir trop de mal à retrouver quelqu'un.

Jack Shafer
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