Monde

Dans la famille Medvedev, voici Svetlana

Nathalie Ouvaroff, mis à jour le 06.12.2010 à 15 h 24

Dmitri Medvedev est engagé aujourd'hui dans un véritable combat politique contre Vladimir Poutine. La forte personnalité de sa femme Svetlana Medvedeva n'est pas pour rien dans l'ambition du Président russe de le rester et de devenir le seul maître de son pays.

Svetlana Medvedeva REUTERS/RIA Novosti/Kremlin/Mikhail Klimentyev

Svetlana Medvedeva, lors du Nouvel An au Kremlin en 2008. REUTERS/RIA Novosti/Kremlin/Mikhail Klimentyev

La first lady russe n’est ni une seconde Ludmilla Poutina, épouse effacée de Vladimir Poutine qui collectionne les fautes de goût, ni un clone de Raïssa Gorbatcheva, femme de conviction dont l’élégance à l’occidentale, un brin ostentatoire, exaspérait ses concitoyens et surtout ses concitoyennes. Svetlana Medvedeva projette elle l'image de la femme russe moderne, forte et puissante à la fois, une femme d’influence, épouse et mère, mondaine et proche de ses racines notamment religieuses.

Dans le couple Medvedev, Svetlana porte indéniablement la culotte. Sans elle, le petit professeur de droit ne serait sans doute jamais devenu Président de la fédération de Russie. Depuis leur mariage en 1989, elle a été non seulement l’épouse mais l’éminence grise de son mari qu’elle a aidé à se hisser au sommet de l’Etat. Et c'est elle qui le pousse dans un combat politique de plus en plus âpre contre Vladimir Poutine.

Née le 15 mars 1965 dans la banlieue de Leningrad dans une famille de militaires, Sevtlana Linnik a été bien dotée par la nature. Blonde, plantureuse avec des avantages que des jupes droites et des vestes courtes très ajustées, réalisées généralement dans des tissus brillants de couleur claire, mettent en valeur, elle est plutôt jolie malgré des traits un peu lourds et un soupçon aujourd'hui de double menton. Svetlana et Dimitri se sont connus à 7 ans sur les bancs de l’école. «Svetlana, était gaie, brillante, avait de bonnes notes, jouait dans les spectacles de l’école et avait de nombreux soupirants. A côté d’elle Dimitri était terne, timide, peu sûr de lui», raconte Elena Egorova, l’une des camarades d’école de la future first lady et d’ajouter: «Elle plaisait beaucoup à Dimitri mais pour elle c’était un copain comme les autres, ils se voyaient mais il n’y avait rien de sérieux entre eux.»

A la fin de sa scolarité, Svetlana s’inscrit à la faculté d’économie de l’université de Leningrad tandis que Dimitri opte pour des études  de droit. On ne sait pas grand-chose sur cette période de sa vie. A l’université elle n’a pas laissé un souvenir impérissable, aucun de ses professeurs ni camarades de promotion ne se souvient d’elle ou ne veut s'en souvenir...

L'art des mondanités

En 1989, Svetlana épouse Dimitri qu’elle a retrouvé après une coupure de deux ans dans leurs relations. «L’annonce du mariage nous a tous surpris, peut-être a-t-elle finalement apprécié la constance et la fidélité de son amoureux transi», raconte Serge, un ancien camarade d’école de Svetlana Linnik sur le site Compromat.ru. Après son mariage, le jeune couple va vivre chez les Linnik qui ont un appartement de trois pièces au centre de Saint-Petersbourg.

Svetlana, femme de caractère, protégée de surcroît par son environnement familial, n’a aucune difficulté à prendre les commandes tant en ce qui concerne la vie de tous les jours que les grandes décisions concernant la carrière de son mari. «Les personnes qui fréquentaient le couple à l’époque ont tous remarqué la grande influence que Svetlana exerçait sur son mari», souligne le politologue Stanislav Belkovskiy qui rappelle qu’au «moment du mariage, Medvedev venait tout juste d’obtenir un poste à la mairie de Moscou et que c’est grâce aux relations de sa femme qu’il a pu se lancer dans des occupations beaucoup plus lucratives». Il devient conseiller juridique de la société Ilim Palp, géant de la pâte à papier dont la femme du patron est une amie intime de son épouse. Détail intéressant, cet épisode ne figure pas dans la biographie officielle du Président de la Fédération de Russie.

En 1996, Svetlana donne au futur président un fils, Ilia. Elle s’occupe de sa famille tout en menant une vie mondaine. Elle se rend aux défilés de mode, honore de sa présence les galas de bienfaisance. Ces activités lui permettent de tisser des liens et de connaitre des informations ou des potins qui par la suite pourront servir son mari. Elle est proche de la chanteuse populaire Alla Pougatcheva et de son couturier fétiche Valentin Youdachkine et également de Tatiana Mikhaïlkov, directrice de la fondation «Silhouette russe». «On la voit partout et c’est bien ainsi. Il faut savoir ce qui se passe dans les autres milieux et dans les mondanités, on récolte tout un tas d’informations qui échappent aux fonctionnaires», explique Alexeï Mitrophanov, un politicien qui fréquentait les mêmes réceptions. Svetlana cultive aussi des amitiés et des relations à l'étranger, notamment en l’Italie ou elle a de nombreux amis. Pour Stanislav Belkovskiy, «elle a même joué un rôle de premier plan dans l’ouverture de la ligne d’avion Saint-Pétersbourg –Venise».

A Moscou, devenue la première dame du pays, Svetlana change de registre. Consciente qu'en Russie le glamour pour les femmes de hauts dignitaires irrite la population, elle se consacre de plus en plus aux bonnes œuvres visite les orphelinats, prend la parole aux colloques sur la famille et les enfants. Devenue soudain croyante et pratiquante sous l’influence de sa sœur aînée Catherine, qui a également amené à la foi l’épouse de l’oligarque Roman Abramovitvch, elle se rapproche du patriarcat par l’intermédiaire de son père spirituel, Alexandre Volgine, un prêtre très influent qui avec l’higoumène Tikhon, soi-disant confesseur de Poutine, dispense la nourriture spirituelle à l'élite moscovite.

La first lady intervient de plus en plus dans les affaires de l’Etat. De nombreux experts estiment qu’une grande parie de l’allocution du Président devant les chambres le 30 novembre a été inspirée par son épouse. On lui prête également un rôle majeur dans le vote de la loi sur la restitution à l’église orthodoxe de tous ses biens confisqués.

Quant à l’information provenant des dépêches diplomatiques américaines rendues publiques par Wikileaks selon laquelle Svetlana Medvedeva dresserait son mari contre Poutine et aurait constitué une liste noire contenant le nom des fonctionnaires qui ne sont pas vraiment fidèles à son mari, elle n’a surpris personne. L’antipathie de Svetlana pour Vladimir Poutine est de notoriété publique.

Nathalie Ouvaroff

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