Vie extraterrestre: la Nasa survend ses découvertes
La façon dont l'organisme vient de présenter au grand public une bactérie exotique est le reflet de la situation difficile où se trouve l'agence.
- Détail de l'affiche du film «ET» de Steven Spielberg (DR) -
L'info du siècle n'est pas tombée le 2 décembre. Pourtant, une rumeur incroyable parcourait Internet depuis quelques jours: la Nasa allait faire ce jeudi une annonce tonitruante sur la thématique de la vie extraterrestre. L'agence spatiale américaine avait-elle découvert la première trace de vie sur une autre planète? C'est ce que laissait entendre le communiqué officiel parlant d'«une découverte en astrobiologie qui aura un impact sur la recherche de preuve d'une vie extraterrestre». Tout bon journaliste scientifique a dû voir qu'en réalité, cette conférence de presse, liée à une publication dans la revue Science, allait présenter une bactérie exotique capable d'intégrer de l'arsenic à son métabolisme. Mais la voix pondérée des journalistes scientifiques pèse si peu dans la déferlante de l'information...
Donc, sauf à tout mélanger et à considérer que cette bactérie est un «alien» descendu sur Terre, il n'y avait pas plus d'info du siècle que de beurre en broche. Certes, cette découverte est intéressante en ce qu'elle démontre que la vie peut exister dans des environnements extrêmes et que l'on doit étendre les recherches à des planètes a priori inhabitables, mais ce n'est toujours pas une preuve de vie extraterrestre: en réalité, le mot «astrobiologie» n'aurait jamais dû figurer dans le communiqué et on aurait dû lui préférer celui, plus simple, de «biologie».
Titres accrocheurs et dérapages médiatiques
Depuis de nombreuses années, dès qu'il s'agit de planètes extrasolaires et de vie extraterrestre, la Nasa et la kyrielle de chercheurs qui lui sont apparentés sont passés maîtres dans l'art du dérapage médiatique, voulu ou pas, contrôlé ou pas. Fin septembre, elle annonçait ainsi la découverte d'une planète «potentiellement habitable», c'est-à-dire située ni trop près ni trop loin de son étoile, à la bonne distance pour qu'on trouve de l'eau liquide à sa surface. Il y a juste un petit problème: selon l'équipe suisse qui est actuellement la meilleure du monde dans la détection des exoplanètes, la planète Gliese 581g n'existe pas... En juin, sous le titre accrocheur «Qu'est-ce qui consomme de l'hydrogène et de l'acétylène sur Titan?», la Nasa laissait entendre qu'une vie basée sur le méthane pouvait exister sur ce satellite de Saturne. Il fallait arriver très loin dans le communiqué, au quinzième paragraphe très exactement, pour lire que le phénomène observé «peut très bien avoir une explication non-biologique». Et certains journalistes ne sont pas allés au bout du communiqué...
L'exemple le plus célèbre de ces dérapages médiatico-exobiologiques remonte à 1996. Le 16 août de cette année-là est publié dans Science un article annonçant la découverte de traces biologiques fossiles au sein d'une météorite martienne, ALH84001, retrouvée en Antarctique douze ans plus tôt. La nouvelle est tellement sensationnelle que le président américain Bill Clinton fait une déclaration sur le sujet, qui justifie les ambitieux plans de la Nasa pour l'exploration de Mars. Hélas, les critiques ne vont pas tarder à pleuvoir sur les auteurs de l'étude. Selon elles, les minuscules structures retrouvées au sein de la météorite en question peuvent très bien être le résultat d'un processus non-biologique ou encore être le produit d'une contamination terrestre. Même si la Nasa a maintenu sa position depuis, trop de doutes subsistent sur ALH84001 et personne ne la considère comme la preuve définitive que la vie a démarré ailleurs que sur notre Terre.
Les chercheurs sont des trouveurs
A l'examen de tous ces exemples, on peut se demander pourquoi l'agence spatiale américaine s'autorise ces dérapages, au risque de se décrédibiliser. Pour le comprendre, il faut savoir que, dans le monde anglo-saxon, médiatiser ses découvertes fait partie du métier de chercheur. Ce dernier agit selon deux objectifs, l'un étant plus noble que l'autre. Il s'agit de restituer les résultats du travail scientifique auprès du public qui le finance, mais surtout de montrer que les chercheurs sont aussi des trouveurs, que les budgets alloués ne l'ont pas été en pure perte et qu'il faut renouveler les crédits pour obtenir de nouveaux résultats, de préférence encore plus spectaculaires...
La Nasa ne fait pas exception. Encore moins en cette année 2010, bien compliquée pour elle à de nombreux égards. Les navettes spatiales vivent leurs dernières heures puisqu'elles auront toutes pris leur retraite en mars 2011 après l'ultime vol d'Endeavour. A cette date, plus aucun engin américain ne sera en mesure d'emmener des hommes dans l'espace et ce pour plusieurs années. Autre coup dur: Barack Obama a annulé en février le programme Constellation de retour sur la Lune qui avait déjà coûté près de 10 milliards de dollars. Par ailleurs, en mai, le National Research Council a publié un rapport critique sur l'état de la recherche à la Nasa:
«Environ 20% de toutes les installations de la Nasa sont dédiées à la recherche et au développement: en moyenne elle ne sont pas ultramodernes mais tout juste suffisantes pour répondre aux besoins actuels. [...] Plus de 80% des installations de la Nasa ont plus de 40 ans et nécessitent de la maintenance et des modernisations pour préserver la sécurité et la continuité des opérations pour des missions cruciales. [...] L'équipement et les installations des laboratoires de recherche fondamentale de la Nasa sont inférieurs à ceux des laboratoires comparables du Département de l'énergie, à ceux des universités de premier rang et à ceux de nombreuses institutions de recherche privées. Ils sont comparables à ceux du Département de la défense. Si ses installations de recherche étaient modernisées pour être à la pointe de la technologie, la Nasa serait en meilleure position pour maintenir le leadership des Etats-Unis dans le spatial, les sciences de la Terre et l'aéronautique et pour attirer les chercheurs et les ingénieurs dont nous aurons besoin demain»
Tour de vis républicain
Autre point qui ne plaide pas pour la recherche made in Nasa, le gouffre financier qu'est devenu le James Webb Telescope, futur successeur du célèbre télescope spatial Hubble. Le coût de cet instrument (6,5 milliards de dollars) n'a cessé de dériver et l'agence spatiale américaine va devoir trouver 200 millions de dollars en 2011 et autant en 2012 pour en boucler le budget, ce qui risque de se faire au détriment d'autres projets scientifiques.
La dernière menace qui plane sur la Nasa est liée à la crise économique et à la politique. Avec la reprise en main de la Chambre des représentants par les républicains lors des élections de mi-mandat, une cure d'amaigrissement budgétaire est à prévoir pour la plupart des organismes scientifiques américains. Selon les calculs effectués récemment par l'American Association for the Advancement of Science sur la base du programme des républicains, la Nasa, au lieu de recevoir en 2011 une enveloppe enrichie de 1,66 milliard de dollars au titre de la recherche et du développement, pourrait bien voir ce budget rogné de 9 petits millions de dollars. Une sacrée différence. Et une bonne raison pour tenter un gros coup médiatique.
Qui veut se faire mousser en astronomie agite le chiffon extraterrestre. Qu'il s'appelle E.T., Roswell ou Alien, notre alter ego venu d'ailleurs fait «vendre». La thématique de la vie extraterrestre fonctionne toujours parfaitement parce qu'elle répond à une question profonde de l'humanité, à savoir «Sommes-nous seuls dans l'Univers?». On peut toutefois regretter que la Nasa ait trop fréquemment recours à ce mode de promotion sensationnaliste. La grosse ficelle risque de lasser et l'astuce de se retourner contre son auteur: avoir fait saliver le monde entier avec de la vie extraterrestre et n'offrir en fin de compte qu'un microbe californien suscite plus de déception que d'enthousiasme. Et donne l'impression que la Nasa ne sait plus trop quoi faire pour justifier ses budgets.
Pierre Barthélémy
Mis à jour le 04/12/2010 à 12h58















































Mais il n'existe pas a ce jour de bacteries capable de survivre dans un environement purement fait d'Arsenic. Et plus important, cette bacterie qui est de la meme famille que celle qui est utilise au USA pour nettoyer le petrol laisse par cette chere British Petrolum, "prefere" un environement au phosphore. Ce qui laisse entendre qu'une telle bacterie n'aurait jamais put voir le jour dans un environement ayant seulement de l'Arsenic. L'Arsenic etant comparable au phosphore, cette bacterie se laisse "bernee" et assimile l'Arsenic.
Je suis entièrement d'accord avec olivier.manette. Ce que je trouve assez grotesque dans cet article, c'est que l'auteur se permet de juger «certains journalistes» en ces termes «Et certains journalistes ne sont pas allés au bout du communiqué...» au sujet d'un communiqué de juin alors que lui-même n'a vraisemblablement pas lu l'article de Science dont il est question aujourd'hui, ni même compris ce dont il s'agissait d'ailleurs. Comme le souligne olivier.manette, il s'agit bien plus que de la découverte d'une bactérie extrêmophile, la découverte ne fait pas que «démontrer que la vie peut exister dans des environnements extrêmes», les organismes thermophiles ont par exemple été découverts par Thomas D. Brock dans les années 1970, il y a depuis eu de nombreux travaux sur ces extrêmophiles (voir par exemple les travaux de Patrick Forterre). La bactérie en question intègre l'arsenic à la place du phosphore dans les protéines et les acides nucléiques (ADN, ARN, etc.).
Pour terminer, lorsque je lis ceci, «en réalité, le mot «astrobiologie» n'aurait jamais dû figurer dans le communiqué et on aurait dû lui préférer celui, plus simple, de «biologie».», je n'ai plus aucun doute sur le fait que l'auteur de ce magnifique article inquisiteur n'a même pas pris la peine de consulter ne serait-ce que la première page de l'article dans Science. L'auteur principal de l'article publié dans Science est du NASA Astrobiology Institute, les recherches dont il est question sont bien des recherches d'astrobiologie, montrent effectivement que la vie pourrait effectivement se développer sur des planètes dont on n'avait jusque-là pas supposer qu'elles soient propice à son développement et pour finir, les recherches ayant permis cette découverte sont en grande financées par la NASA. Alors que ce soit la NASA qui se permette de faire un communiqué sur cette découverte qui, navré de vous l'apprendre, est une découverte historique qui ouvre des perspectives immenses sur la recherche de nouvelles formes de vie, sur Terre, mais aussi ailleurs, puisque de nombreux endroits avaient peut-être été précocement éliminés à tort.
Merci de lire l'article de Science avant de jouer aux journalistes : http://www.sciencemag.org/content/early/2010/12/01/science.1197258
En fait je ne vois pas de trolls ici. Plusieurs raisons à cela : Soit je n'ai rien compris à la définition que donne Wikipedia.
"Un troll est une action de nature à créer une polémique en provoquant les participants d’un espace de discussion (de type forum, newsgroup ou wiki) sur un réseau informatique, notamment Internet et Usenet. Le mot désigne également un utilisateur qui a recours à ce type d’action." Je ne vois pas de provocation ici mais des avis contraires et complémentaires.
"Par métonymie, on parle de troll pour un message dont le caractère est susceptible de générer des polémiques ou est excessivement provocateur, ou auquel on ne veut pas répondre et que l’on tente de discréditer en le nommant ainsi."???
"Le mot « troll » peut également faire référence à un débat conflictuel dans sa globalité. Dans la majorité des cas, l’évaluation repose sur l’aspect récurrent ou caricatural de l’argumentation, les participants peuvent alors tout aussi bien être qualifiés de « trolls » que de « trolleurs »." Petit conflit alors...
Soit cette définition est érronnée ou demande à étre complétées. Soit j'ai mal lu l'article et les commentaires. Soit Delareyniere se trompe.
A bon entendeur.
Si j'ai un conseil à donner à Zoulou c'est de travailler dur, son manque d'expérience est flagrant. Mais qu'il ne s'inquiète pas, si il persévère, petit troll deviendra grand.
Et ne le téléchargez pas, achetez-le, ça favorisera la recherche dans le cinéma ;-D)
Cordialement,
Marc
Je comprends la position de Mr Pierre Barthélémy. La démarche de la NASA n'est pas très scientifique. On pourrait cependant trouver quelques "excuses".
D'une part ce n'est peut être pas si grave? Les scientifiques n'ont pas besoin de la Nasa pour ne pas être d'accord! Et ce n'est pas nouveau. Je dirais même ancestral... http://www.slate.fr/story/27921/climat-geoingenierie-arme-sceptique
D'autre part la Nasa est une agence de recherche. Sont but est de lever des fonds afin de faire perdurer son activité. Entreprise louable. Elle s'adapte au "système", elle prend les choses en main et n'attend pas que l'État veuille bien la subventionner selon son bon vouloir ou sa santé financière... D'où sa démarche. La fin ne justifie t'elle pas les moyens? Elle n'a pas de responsabilité dans la mise en place du système qui est actuellement le notre. Elle n'en ait qu'un acteur, pas un fondateur.
On se demande alors comment on en ait on arrivé là? A ce système ou le seul moyen semble t'il de s'en sortir c'est de faire comme tout le monde, du marketing, du lobbying...et donc pour cette agence de recherche qu'est la NASA de se comporter comme un grand groupe industriel. Ne sommes nous pas devenu des esclaves? Qui sont les responsables? Les politiques ou les entreprises? Un peu des deux? La question est à mon avis loin d'être tranchée.
http://www.slate.fr/story/31279/cantona-banque-argent-but