Economie

Messieurs les patrons, embauchez vos femmes!

Stéphanie Villers, mis à jour le 14.01.2011 à 14 h 14

Dans les hautes sphères, le monde économique reste trop masculin alors que les femmes sont par nature sensibles aux thèmes de demain.

REUTERS/Baz Ratner

REUTERS/Baz Ratner

C’est le triste constat d’une journaliste économique qui se rend toutes les semaines à des conférences, des débats, des forums, qui écoute les plus éminents dirigeants et les talentueux entrepreneurs français mais qui voit bien que rien ne bouge. Le monde économique reste un monde d’hommes, exclusivement.  Tous ces sommets en hauts lieux ne sont qu’une marée noire de costumes-cravates. Ils discutent entre eux des problèmes de ce monde, ils ont des solutions, ils mettent du coeur à l’ouvrage pour développer leur entreprise ou leur projet, mais ils restent entre eux, entre hommes.

Vous me direz: «Rien de nouveau sous le soleil». Et vous aurez raison. Mais intuitivement, on peut tout de même se demander si ce déséquilibre n’est pas sans incidence sur le monde des affaires. Qu’une seule partie de la population gère l’ensemble de l’économie du pays ne peut constituer un optimum économique. Comprenez que les problèmes en France ne peuvent être résolus sans que l’autre partie de la population soit représentée, c’est-à-dire les femmes.  Alors, où sont-elles? Qu’en faites-vous, Messieurs les dirigeants, hommes d’entreprise, après les avoir rencontrées, épousées?

Invariablement absentes

J’entends toujours la même rengaine. Tout le monde déplore cette absence. Les femmes manquent à l’appel. Les débats sur les enjeux économiques sont invariablement vides de professionnelles aguerries. Parfois, je devine la fierté discrète de l’organisateur d’un événement lorsque celui-ci compte une femme parmi ses invités et c’est quasiment la gloire quand elles constituent la majorité des personnalités interrogées. Les femmes ne sont donc pas a priori les malvenues.

J’ai de la peine pourtant, car dans les grandes salles de conférences, là où la vie économique est débattue, les femmes présentes sont, le plus souvent, les hôtesses d’accueil en uniforme.  Je vois ces jeunes filles longer la salle, le micro à la main, le sourire aux lèvres en attendant qu’un auditeur les hèle pour poser sa question.  Oui, j’ai de la peine, car je connais comme tout le monde les statistiques. On sait que les femmes en France font autant d’études que les hommes, sinon de meilleures.  On a établi l’année dernière un projet sur la parité dans les conseils d’administration. Mais je ne vois rien bouger. Je vois toujours les mêmes têtes, toujours les mêmes hommes, toujours les mêmes ambiances et toujours les mêmes remarques. Mais une question me taraude: pourquoi n’embauchez-vous pas vos femmes? Elles ont dû faire les mêmes études que vous, ou avoir un niveau de formation quasi-équivalent, alors qu’en faites-vous ensuite? Pourquoi ne sont-elles pas aussi sur l’estrade à donner leur point de vue, raconter leur succès, leur échec? Pourquoi sont-elles invariablement absentes de la scène économique?

La femme d’affaires ennuie

Je sais bien, je noircis le trait. Le pouvoir économique a déjà ouvert ses portes, on compte quelques femmes illustres et reconnues dans le monde des affaires. Mais elles restent marginales. Et puis pour parler vrai, avez-vous rencontré une femme dirigeante charismatique? Les femmes savent travailler, mais ne savent pas parler. Rares sont celles à pouvoir se vendre, à manier l’humour en public, à séduire par leurs propos. La femme française est cantonnée à être belle la plupart du temps, bien diplômée quand elle en a eu les moyens, efficace dans son travail, mais professionnellement pas sexy.  On n’a pas envie de sa présence ni dans les instances de direction, ni dans les débats car elle a beaucoup de mal à «passer» et à «faire son réseau» parmi ce monde d’hommes. La femme au potentiel économique ennuie.

Ensuite, parlons vrai, hommes et femmes admettent, sous le sceau du secret, préférer avoir un responsable masculin. Mais là encore, compte tenu du peu de femmes dans les hautes sphères des affaires, cette méfiance vis-à-vis de la femme «hiérarchique» touche davantage le domaine des croyances et des peurs collectives.

Thèmes de demain

Alors oui, il va falloir revoir ces handicaps majeurs qui empêchent les femmes de faire partie des grands de ce monde. Les dirigeants doivent se rendre compte que si leur analyse sur la situation économique est fondée, reste qu’elle ne peut être qu’imparfaite. Les problèmes de croissance actuels ne peuvent être décorrélés du manque de parité en France. Les femmes ont depuis bien longtemps accès à la même éducation, à la même formation que les hommes. Alors, à quoi bon dépenser la manne publique pour former ces jeunes personnes à ne pas pouvoir mettre ensuite à profit leur potentiel?

Enfin, le monde évolue. Avec la génération Y, les dirigeants ne se rasent plus et portent des couleurs claires. Pour autant, si la forme change, le fond reste le même. La sphère économique et financière est concentrée sur le court terme, la plus-value immédiate, la rentabilité à court terme. Le manque de vision à long terme est prégnant. Or, les femmes sont par nature sensibles aux thèmes de demain, avec l’environnement, l’économie éthique, l’écologie, le vieillissement de la population, la protection des générations futures. Quel gâchis que de les laisser sur le bas-côté!
 
Stéphanie Villers

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