Réaliser l’union sacrée de la droite pour gagner en 2012
Remporter les élections présidentielle et législative sera difficile, même si l’anti-sarkozysme est le seul ciment d’une gauche divisée. A dix-huit mois de l’échéance présidentielle, la droite se met donc en ordre de bataille pour réaliser l’union sacrée et regagner la confiance des Français.
- Jean-François Copé à l'Assemblée nationale le 30 novembre 2010. REUTERS/Benoit Tessier -
En politique, on n’a jamais fini d’apprendre! En 2007, j’avais pris comme une sanction mon départ du gouvernement et mon retour au parlement. Je considérais alors que l’exécutif était le seul endroit où l’on pouvait vraiment agir au service du pays. Mais les trois ans et demi que je viens de passer à la tête du groupe UMP à l’Assemblée nationale m’ont ouvert les yeux sur l’importance de la mission des parlementaires. J’ai compris combien les députés, avec leur expérience du terrain, leur proximité avec les citoyens, leur liberté de parole et leur loyauté, apportent une contribution essentielle à la vie politique et à l’équilibre de nos institutions.
Dans l’Histoire de la Ve République, c’est d’ailleurs la première fois que le poids des parlementaires de la majorité est aussi fort qu’aujourd’hui. Alors que la Ve République s’était jusqu’à présent caractérisée par la «toute prégnance» de l’exécutif sur le législatif, ces trois dernières années ont été celles d’un rééquilibrage du pouvoir vers le Parlement. J’en veux pour preuve l’élection de mon successeur à la présidence du groupe UMP, Christian Jacob: jamais un vote interne n’avait autant attiré l’attention des médias.
Cela doit bien sûr beaucoup à la réforme constitutionnelle de juillet 2008 et à l’usage que les parlementaires en ont fait.
A la réforme constitutionnelle, car elle a élargi les prérogatives du Parlement: maîtrise de la moitié de l’ordre du jour, pouvoirs de contrôle et d’évaluation accrus, limitation des recours absurdes à l’obstruction systématique de l’opposition.
Le parlement force de proposition
Aux parlementaires eux-mêmes, car ils se sont emparés de leurs nouveaux pouvoirs. Hier brocardée, la coproduction législative est devenue une pratique incontournable. L’image d’un «député-godillot» et d’un «Parlement-chambre d’enregistrement» appartient au passé. Les députés sont désormais une force de proposition majeure qui a apporté une valeur ajoutée considérable à toutes les grandes réformes entreprises depuis 2007. Les réformes des retraites, des hôpitaux et des collectivités, l’affirmation de la nécessité d’une politique de rigueur budgétaire n’auraient eu ni la même pertinence, ni la même portée sans le travail des députés. Et que dire de l’interdiction du port du voile intégral ou de l’instauration de la parité dans les conseils d’administration, des textes emblématiques qui portent le sceau de la majorité parlementaire?
Bien sûr, le parlement doit encore monter en puissance. Je pense notamment à ses pouvoirs de contrôle et d’évaluation. Les députés peuvent encore progresser dans ce domaine qui est un levier indispensable pour faire la chasse aux dépenses inutiles et rationaliser nos politiques publiques. L’effort de rigueur dans notre pays passera par de meilleures études d’impact de nos lois en amont, et de meilleurs audits, en aval. Mais, globalement, le parlement de 2007 n’a plus le même visage que celui de 2010. Voilà encore une avancée sur laquelle l’opposition ne reviendra pas, si jamais elle revient un jour au pouvoir!
Ouvrir grand les portes et les fenêtres
Quitter le poste de président de groupe n’a pas été une décision facile pour moi. Mais face à la menace d’un retour de la gauche au pouvoir en 2012, j’ai pensé que je pourrais être utile à ma famille politique au poste de secrétaire général de l’UMP. Je suis très heureux que Nicolas Sarkozy m’ait fait confiance pour relever ce défi, avec le soutien du bureau politique du parti. Remporter les élections présidentielle et législative sera difficile, même si l’anti-sarkozysme est le seul ciment d’une gauche divisée entre les «archéos», incarnés par Benoît Hamon, et les réalistes, qui espèrent que Dominique Strauss-Kahn quittera le FMI pour se présenter comme le sauveur de la France. Cette élection est d’autant plus cruciale que j’ai la conviction que notre pays est à la croisée des chemins: dans un monde dont le centre de gravité se déplace à grande vitesse vers de nouvelles puissances, les Français hésitent entre d’une part, la tentation du repli ou de l’immobilisme liée à une peur légitime, et d’autre part, l’envie de relever ensemble les défis avec courage pour faire avancer notre pays. Faisant fi de la réalité, le Parti socialiste va capitaliser au maximum sur la peur en se positionnant comme celui qui protège, quitte à anesthésier («le care») et à laisser mourir à petit feu notre modèle, faute de financement et de croissance. C’est l’attitude adoptée par l’opposition dans le cadre de la réforme des retraites et c’est ce qui ressort de leurs propositions sidérantes sur «l’égalité réelle» dont le chiffrage laisse songeur: 150 milliards d’euros de dépenses supplémentaires en 5 ans! La majorité doit elle prouver que le meilleur moyen de transmettre à nos enfants le modèle auquel nous sommes attachés, avec un équilibre entre qualité de vie, développement économique, justice sociale et respect de l’environnement, c’est de proposer un projet d’avenir fondé sur le courage, le rassemblement, et l’ouverture au monde: la France n’est pas une île et ne doit pas devenir un musée!
A dix-huit mois de l’échéance présidentielle, la droite se met donc en ordre de bataille pour réaliser l’union sacrée et regagner la confiance des Français. Elle y arrivera en poursuivant les réformes, qui sont le socle de notre crédibilité, notamment en menant à bien les chantiers de l’emploi, de la dépendance et de la fiscalité. Elle y arrivera en ouvrant en grand les portes et les fenêtres du parti pour que toutes les bonnes volontés, toutes les énergies, toutes les sensibilités, tous les Français qui veulent participer au débat public et qui partagent nos valeurs –élus comme simples citoyens– se sentent les bienvenus au sein de l’UMP. Pendant ce temps-là, à gauche, le concours de boxe des candidats socialistes aux primaires peut commencer…
Jean-François Copé
Mis à jour le 04/12/2010 à 9h06













































La France a besoin de reforme courageuse dites vous ? présentez nous donc les méthodes employées par votre majorité pour obtenir l'adhésion nécessaire...
Il n'existerait plus de député godillot assurez vous ? je ne pourrais que m'en réjouir....
Un parlement utile et maitre de l'ordre du jour ? entre les lois inapplicables car excessivement complexes, sans suppression des lois anciennes etc... ; les avancées constitutionnelles toujours non traduites dans des lois organiques indispensable et les lois dictées par l'émotion et la sensiblerie télévisuelle ou sondagiaire... le changement que je vois ne m'incite guère à partager votre optimisme.
On ne réforme pas sans convaincre On ne convainc pas sans confiance La confiance se gagne dans les actes, le respect et l'équité
Un point pour conclure positivement à propos de votre analyse... la direction de l'UMP partage bien avec celle du PS le bénéfice de mes remarques. J'admire les adhérents UMPS pour la foi nécessaire à accompagner vous autres professionnels de la politique spectacle... Cordialement
Cette révision assigne en apparence une mission plus large aux parlementaires et l'article 24 énonce en effet que non seulement ils contrôlent l'action du gouvernement mais qu'ils évaluent également les politiques publiques. Ce qui est ici occulté, ce sont les limites que le Conseil Constitutionnel a presqu'immédiatement posées dans la lecture de cette mission accrue. Si le contrôle doit bien, selon les sages, être compris comme une censure potentielle, l'évaluation ne peut se faire que de manière informative et ne jamais sombrer dans l'injonction. Dès lors, existe-t-il réellement un rôle si grand?
On en revient à l'ambiguïté de départ séparant la représentativité et la responsabilité. Certes, sur le plan du droit le gouvernement est responsable devant le parlement qui, par une motion par exemple, peut accomplir cette mission, mais le fait politique contredit totalement cette lecture littérale des textes. La responsabilité du gouvernement n'est en réalité que devant les électeurs. L'identité de durée des mandats a eu pour conséquence que les suffrages sont là pour permettre à un gouvernement de réaliser sa politique et pour lui donner la majorité nécessaire pour y parvenir. Les périodes de cohabitation sont là pour en témoigner. Au regard de ce fait, les Parlementaires rejoignent le gouvernement dans sa responsabilité à chaque élection et durant leur mandat se doivent de privilégier la représentativité que le peuple leur a demandé d'assumer.
Alors, je crains, Monsieur Copé, que l'union sacrée dont vous parlez concerne certes les différents courants du vaste parti majoritaire que vous dirigez, mais que celle l'unissant au gouvernement soit une obligation politique qu'aucune argutie juridique ne pourra destabiliser. Il ne s'agit pas ici d'une volonté propre des parlementaires mais bien de la fin de l'illusion d'un pouvoir de contrôle, au sens de censure et d'examen, qu'ils ont pu avoir lors de cette fameuse révision.
Que l'on s'entende bien, je ne dis nullement que cette révision est factice, mais elle demeure un fait juridique, important, mais uniquement juridique.
Je crois que je lis plutôt ici les mots d'un parlementaire un rien contrarié par les mots de Monsieur Carcassone quand il disait que ce qui manque à l'Assemblée, ce ne sont pas les pouvoirs, mais les Députés pour les exercer. Je comprends que vous souhaitiez vous affranchir de cette remarque, mais je crois que la politique vous l'interdit et que vous le savez.
Tout ceci n'est qu'un constat et, en aucune manière, une remise en cause de vos intentions, cela va de soi.
Bien à vous