En défense des banques
Les activités bancaires sont exposées à toutes les critiques depuis le début de la crise. Haro sur ces banquiers arrogants et cupides! Diogène se propose de regarder un peu plus loin que cette recherche d’un bouc émissaire pour le charger de tous nos maux.
- Dollar et yuan. REUTERS/Nicky Loh -
Des deux côtés de l’Atlantique, la conception s’était imposée depuis trois décennies que les banques sont «des entreprises comme les autres» et l'argent une marchandise «comme les autres». Les législateurs et les régulateurs ont fait sauter progressivement pour certains d’entre eux, plus brutalement pour d’autres, les règles d’exercice de cette profession et les mesures de surveillance de ces établissements et des marchés sur lesquels ils opèrent. Et ceci au moment où l’innovation financière a été la plus forte! Quand ils ont réglementé, car ils ont réglementé (Bâle 1 puis Bâle 2), c’était pour pousser la financiarisation de l’épargne et du crédit avec les excès et les conséquences que l’on sait.
On a voulu croire que la finance, dans ses métiers comme pour ses produits, pouvait être réglée de façon «généralement quelconque». Qu'en particulier, maximiser la concurrence et les innovations serait à tous égards d'une immédiate et évidente utilité pour le consommateur. Belle thèse, dont le triomphe simplifierait le monde pour tous. Une thèse appliquée depuis de nombreuses années maintenant, et que l’on peut donc examiner à la lumière de l’expérience.
1. L’exemple de la dérégulation de l'intermédiation sur les marchés financiers
Sur le territoire européen, la déréglementation a connu plusieurs vagues. Elle s’est focalisée sur les «services d’investissement», c'est-à-dire les transactions financières sur titres cotés et les métiers annexes. Secteur assez simple puisqu’il s’agissait de libérer l’activité d’achat et de vente de titres. Il suffisait donc d’afficher les prix, de faire en sorte que les intermédiaires respectent un certain nombre de règles et le tour était joué.
La première déréglementation remonte au Big bang entamé dans les années 1980 en Grande-Bretagne, suivi notamment en France par la fin du monopole des agents de change en 1986. La seconde déréglementation a été faite cette fois-ci au niveau européen. Elle a été lancée par la directive de 1993 et avait pour but, à l'instar du marché bancaire unique, d’instaurer un marché européen des services financiers pour accompagner la financiarisation des économies de l’Union. Une seconde phase a été entamée à l’automne 2007 par la nouvelle directive sur les instruments financiers (directive MIF). Et cela au moment même où la bulle des subprimes explosait!
La Commission européenne a voulu raffiner son modèle. Considérant que les Bourses détenaient un monopole indu qui leur offrait des commissions excessives, elle a autorisé que des opérations «de gros» puissent se traiter en dehors d’elles, comme des transactions privées entre des personnes «ayant librement contracté». On a vu naître aussi des «dark pools», marchés dont on connaît désormais les nuisances. Au total le résultat est affligeant: plus aucune transparence des transactions, les actionnaires ne savent plus comment est fixé le prix, les dirigeants de société ne savent plus qui sont leurs actionnaires, la possibilité de compenser des ordres de sens contraire en interne altère encore un peu plus la détermination des prix et la multiplication des plateformes privées de négociation a conduit à l’éclatement de la liquidité des marchés.
Pourquoi de tels choix? Au nom de la concurrence. Parce que, selon les autorités de Bruxelles, les établissements financiers disposent d’un oligopole préjudiciable au consommateur. Il faut donc autoriser d’autres acteurs à intervenir sur ces marchés pour stimuler la compétition et permettre au consommateur d’avoir un meilleur service à un meilleur prix.
Le consommateur se retrouve alors face à des établissements aux statuts divers dont les garanties sont différentes, et il doit analyser des dizaines de pages de contrats, conventions, notices et prospectus pour essayer de comprendre ce qu’il a acheté!
2. L’exemple de la dérégulation des moyens de paiement
En parallèle, avec le même esprit, la Commission a décidé de s’attaquer aux opérations de virements, aux cartes de débit ou de crédit et aux autres opérations de maniement «d’argent». Les fonctionnaires européens ont découvert que selon leurs pays d’origine, les frais bancaires pouvaient parfois être élevés et ne répondaient pas à leur logique de «citoyens de l’Europe, libres de leurs mouvements et devant en jouir sans entrave!».
Ils ont donc décidé de faire voter une Directive sur les services de paiement. Celle-ci autorise des établissements «non banques», dont le système de garantie est amoindri, à offrir des services de paiement aux consommateurs. Mais pour faire une opération de paiement, comme tout ne va pas à la vitesse de l’éclair, il faut mettre en place soit un dispositif de «dépôt», soit un dispositif de «crédit». Dispositifs qui sont «allégés» bien sûr!
On touche du doigt la fragilité du nouveau système: quand tout se passe bien, il n’y a pas de problème. Mais dès qu’il y a un problème dans l’opération de paiement, c’est la qualité du prestataire qui est en jeu. Parce que, pour pouvoir transférer l’argent d’un consommateur à un autre, il faut bien à un moment donné l’avoir pris en charge et garantir qu’on l’a bien remis à la bonne personne. Le risque opérationnel devient alors risque de crédit: qui paye ou indemnise en cas d’erreur dans l’exécution de l’opération?
Dans toute cette politique bruxelloise, et l'on pourrait multiplier les exemples, est-il certain que le consommateur des produits et services de l'industrie financière sort gagnant? Nul ne sait en vérité. Mais on se souviendra que la crise des subprimes repose largement sur la vente de crédits par des non banquiers à des personnes insolvables…
Il est temps de rompre avec la conception de départ et enfin arrêter de considérer que le maniement de l’argent pour compte de tiers et sa circulation dans le commerce doivent obéir aux mêmes critères de règles de concurrence que la production et la distribution des autres biens. De ce côté de l’Atlantique, comme de l’autre, on commence timidement à découvrir les pots cassés et à redonner du pouvoir aux banques centrales dans leur rôle de régulation et de surveillance des banques et des autres acteurs financiers. Il reste beaucoup à faire sur le chemin du retour à la raison.
Diogène
Mis à jour le 04/12/2010 à 9h06














































D'emblée, les auteurs posent leur point de vue "c'est pas la faute aux banques et on va vous expliquer pourquoi, bande de néophytes".
L'article présent pose les bases d'une critique des états et de la déréglementation qui a permis l'éclosion de la crise financière et économique actuelle, en remontant aux origines des années 80. A propos de cet article, Si l'objectif de Diogène est d'élargir le débat en le sortant du cadre franco français, pour le replacer dans le contexte européen, on peut déjà se poser la question de la pertinence du cadre de l'élargissement. La crise financière actuelle a une origine très clairement américaine (fin de du Glass-Steagall Act, généralisation des subprimes, non-réglementation des marchés de dérivés etc), alors pourquoi se focaliser uniquement sur la politique européenne dans ce domaine, qui dans bien des cas n'a fait que suivre l'américaine ?
Concernant le but de Diogène "en finir avec l'hypocrisie qui règne depuis le début de la crise et la dénonciation de boucs émissaires (banques, agences de notation...)".
Si dès le début Diogène prend la défense des banques, on peut douter de l'objectivité du discours. Nier d'emblée une quelconque implication des institutions financières dans la crise actuelle, est un parti pris pour le moins... audacieux (on pourra se référer à des documentaires comme cleveland contre wall street, inside job, ou tout simplement aux activités de goldman sachs avec son ABACUS pour exemple... ou tout simplement la faillite de l'islande et de l'irlande après que ces états aient eu la mauvaise idée de garantir les dettes de leurs banques nationales, ou encore les milliers de milliards de dollars injectés par le gouvernement américain dans AIG, freddy mac et fanny mae).
Le discours qui sous tend leur acte de foi est de dire, que la crise financière n'est pas du à la cupidité des méchantes banques, ou des entourloupes des agences de notations (capables de noter AAA lehman brothers deux jours avant sa faillite) , mais que c'est la faute des états qui ont dérégulé à tout va sans réfléchir.
On apprécie le double salto idéologique. Pendant des années, au nom de la sainte concurrence (milton friedman et les chicago boys au pouvoir), il fallait déréguler à tout va dans tous les secteurs pour le bien du marché et des consommateurs, et maintenant nos Diogènes nous expliquent que trop de dérégulation et c'est la crise. Que faut-il en déduire ? que la réglementation des activités financières est un frein nécessaire à la courte vue des banques et leur incapacité à prévenir la survenance d'une crise ? Est-ce à dire que le marché ne s'auto-régule donc pas de lui même ?
Il y a quelques années, dire de telles choses dans le monde financier vous aurait fait passer pour un vilain gauchiste, ou pour le moins , un rabat-joie.
Si on suit diogène, pour sauver les banques de la crise financière, il faut plus de réglementation pour les empêcher de faire n'importe quoi, tout en assumant que les banques ne sont pas responsables de la crise , et n'ont pas fait n'importe quoi...
Après tout, si les raisons sont différentes, je les rejoins sur ce principe, une bonne réglementation éviterait que les mêmes causes produisent les mêmes conséquences. ( rétablissement de la séparation entre banque de dépôt et banque d'investissement, monopoles des sociétés de bourse pour la transparence, interdiction des ventes à découvert, réglementation des dérivés, chambre de compensation pour les CDS et la titrisatino en général ,fin de la comptabilité marked to market, il ya de quoi faire)
Par contre, quand Diogène tente de dire dans son article , précédé de sa profession de foi " nous éclairer dans ce que vous découvrirez dans deux ou trois mois" , que les états sont responsables, par la dérégulation de la crise , alors là, c'est au mieux de la bêtise de premier communiant au pire de la fumisterie de la part d'économistes qui ne sont tout de même des étudiants de première année.
Qui a inspiré les lois de dérégulation ? les institutions financières. Qui les a écrites ? les institutions financières. Qui a noyauté les organismes de contrôle ? les institutions financières.
J'exagère ? Allez dernier exemple en date, Stephen Green , PDG de HSBC , quitte ses fonctions fin 2010 pour devenir ministre du commerce UK. Qui aura à ce titre, un rôle important à jouer dans la définitions des nouvelles normes bâle III. Normes qui sont définies en Suisse , pays bien connu pour sa réglementation tatillonne envers les banques. l'EFB ( European Finance Federation) est le lobby des banques européennes, il a pignon sur rue (et sur le web) et à son siège à bruxelles. Il est régulièrement contacté par la commission européenne pour définir les futures directives bancaires. Celles que justement fustigent nos amis Diogène. Le pendant international IIF (Institute for International Finance) a lui aussi clairement pour but de faire du lobbying au niveau international (FMI, OMC etc) Aux USA, la plupart des secrétaires du trésor, et directeurs de la FED sont issus des grandes banques d'affaires (goldman sachs étant une grande pourvoyeuse pour le gouvernement américain) En France, on pourra noter les relations "spéciales" du monde politique et de la finance avec un seul exemple, quand M. Pérol est devenu président du groupe BPCE par la seule nomination du Président de la république. M. Pérol était avant un des conseillers spéciaux de Nicolas Sarkosy.
Donc, étant donné la porosité entre monde politique et financier, quand ce n'est pas carrément la symbiose comme aux USA, accuser les états de faire de la dérégulation , source de crise financières, prétendant ainsi exonérer les institutions financières de leurs responsabilités, c'est de l'aveuglement, surtout de la part d'économistes qui ne sont quand même pas si éloignés des réalités politiques.
Combien de crises financières, combien de scandales de conflits d'intérêts, combien de faillite d'états vous faudra-t-il pour admettre que les banques, les agences de notations, les lobbies bancaires, ont une énorme part de responsabilité ?
La banque, c'est comme les restaurateurs qui viennent d'obtenir la baisse de la TVA, un lobby. Les lobbys font leur job de lobby. Nos dirigeants sont supposés être capable de faire la part de l'intérêt général et des intérêts particuliers.
Le problème, c'est quand l'idéologie tient lieu de réflexion économique. Il suffit d'utiliser des mots magiques tels que concurrence, innovation, dérégulation, déréglementation, compétition pour arriver à vendre à une bonne partie de la classe politique européenne n'importe quel intérêt particulier. C'est marche avec la banque, mais aussi l'énergie et la plupart des services publiques.
Cela semble correspond à une prise de position politique ou même une philosophique qui leur est chère. Quel soulagement donc aujourd'hui pour ceux qui, comme eux, lors de la période de croissance qui a précédé la crise des sub-primes ont souffert en voyant leurs préférences vaguement socialistes contredites par la prospérité générale.
Ça y est, les dérives des néo-cons leur ont donné raison. Momentanément.
Seulement, voilà, toutes les banques, tous les gouvernements, toutes les 'institutions financières' ne sont pas des "milton friedman et les chicago boys" comme ils réclament haut et fort.
Je suis d'accord que l'abrogation du Glass-Steagall Act était une erreure - qu'Obama est en train de rectifier. Mais de glisser de là à la crise des sub-primes est une analyse trop superficielle de ce qui s'est passé.
L'excellent film "Cleveland V. Wall Street" montre très bien ce qui s'est réellement passé et de façon équilibrée. Un système hooligan de vente aveugle et insouciant certainement qui poussait à la vente des crédits. Mais aussi des acheteurs cupides comme celui qui devant la Cour avoue qu'il pensait (comme beaucoup d'entre nous préfèrons ne pas l'avouer) qu'il pensait aller faire une bénéfice en achetant.
Et NOUS TOUS, grands et petits, de Cleveland ou de Dublin, de Londres ou de Bordeaux, serons félicités de nos 'gains' à peu de risque (avec une jolie maison en prime) si la surchauffe n'avait pas mis fin à la récrée. Et ce grâce aux banques qui ont prêté comme ils ont TOUJOURS prêté à leurs clients pensant bien faire.
Mais ce n'est pas très BoBo de critiquer nous autres petits spéculateurs. Surtout quand on est BoBo à la recherche depuis des décennies d'un retour au bon vieux socialisme d'antan. Ou un Eric Cantona assis sur une barricade confortable....
Moi, j'aime ma banque - une banque française. Elle m'a aidé à créer mon entreprise, un start-up, et elle m'est restée fidèle même quand tout allait mal. Nos 300 salariés partagent aujourd'hui notre réussite et tant mieux.
On ne "prête pas seulement aux riches" en France. On ne vous pousse pas à emprunter, bien au contraire. Mais quand vous présentez un bon dossier on vous écoute et on vous prête.
Désolé de vous gâcher la fête chers amis Slateurs! Une fête prématurée de toute façon. Comme l'avenir pas trop distant montrera.
Ce qui est irritant ce sont les argumentaires qui sont tantot d'un coté tantot de l'autre, comme de dire que les banques sont responsables de tout mais pas les emprunteurs. ou l'inverse. Si vous etes pour la regulation vous devez etre pour le sauvetage des banques.
Si l'état doit sauver quelque chose ce sont les déposants, les épargnants et les entrepreneurs pas les banques d'investissement.
L'inconvénient, c'est qu'avec la dérégulation voulue par les banques via leur lobbys (au passage, oui les politiques sont responsables de s'être laissé faire, mais je doute qu'ils soient à l'initiative de cette dérégulation, sauf peut être alain madelin ) , il n'y a plus de séparation entre les banques de dépots / retail et les banques d'investissement.
Et c'est bien là tout le problème. Car si on prend les banques irlandaises, elles ont prêté plus qu'elles n'avaient dans les poches, largement plus, elles se sont lancés dans des opérations très risquées en bourse et que quand la crise est venue, elle se retrouvent toute nues. et là, pour le coup, c'est entièrement de leur responsabilité.
Elles jouent de cette confusion entre banque de dépôt et banque d'investissement pour faire du chantage à l'état sur le mode : si je coule , j'emporte avec mois X millions de comptes clients". Vous pensez bien qu'un état peut difficilement se permettre de dire à ses citoyens "vot' banque a coulé, zavez plus d'économies, plus de comptes courants, tant pis pour vous". ( voir l'exemple northen rock ou RBS au UK par exemple)
Donc, oui je suis pour une re-régulation, mais en n'exonérant pas pour autant les banques de leurs responsabilités. Les états ne devraient garantir que la partie banque de dépôt. Après les banques d'investissements, si elles se sont plantées dans leurs investissements, au nom de quoi les gentils contribuables devraient éponger leurs erreurs ?
Par ailleurs, je ne vois pas comment l'état pourrait être garant de tout, pour reprendre l'exemple de l'irlande, les dettes de banques irlandaises représente 5 fois le PIB du pays. Même avec des intérêts bas, je ne vois pas comment l'état irlandais pourrait rembourser de telles sommes, sauf à vendre le pays ? en faisant travailler ses citoyens gratuitement ?, il faudra bien un jour songer à mettre en place un mécanisme de faillite pour les banques dites "too big too fail".
SI les institutions financières ont créé la crise, c'est donc a politique de l'éteindre. Et ça va demander du courage et de la clairvoyance. eut être est ce que les auteurs de l'article voulaient dire : si les politiques s'aplatissent devant les lobbys bancaires alors la crise recommencera un autre jour et là le monde politique sera responsable à égalité avec les institutions financières
Par plaisir ou comme apprentis-wikileaker?
Je plaisante, mais votre choix de carrière m'étonne effectivement vu vos propos tendance socialiste!
Vous avez dû apprendre dans votre travail que tout prêt comporte un risque (qui est rémunéré). Comme dit la blague juive : "Vous allez voir votre banque quand vous avez un problème d'argent. Après c'est la banque qui a le problème...!" Elle le fait payé pâr son client.
Vivant en Grèce, je suis bien placé pour voir les gâchis et la corruption qui a mené le pays dans le marasme où il se trouve aujourd'hui.
Ce n'était aucunement la faute des banques mais des politiciens et des citoyens eux-mêmes. Aujourd'hui, à leur honneur, ceux-ci l'avouent et acceptent les actions correctives nécessaires.
Une banque est là pour prêter de l'argent à ceux qui veulent emprunter. Elle mesure les risques, comme vous devez savoir avec votre expérience, en fonction des informations fournies par l'emprunteur. Elle compte sur leur véracité. Les Grecs ont menti tout simplement.
Les banques ont réagis intelligemment en augmentant par la suite les taux d'intérêt pour les emprunts grecs.
C'est tout. Désolé si ces simples faits ne nourrissent pas des thèses marxistes simplistes!
Mais j'ai bien aimé la phrase :"There can be little doubt that the nation's supersized financial institutions -from Bear and Lehman to Citigroup and AIG- played a central role in the crisis"!
l'article est à: http://www.hbs.edu./research/pdf/10-080.pdf Bonne lecture! Cordialement
Ce que je mets en cause dans vos propos et de tous ceux qui partagent l'avis des Eric Cantona de ce monde c'est l'idée populiste que toutes les banques nous ont floués et que nous, nous y étions pour rien. (Au fait, Cantona a-t-il retiré tous ses millions, lui, et si oui qu'est-ce qu'il en a fait? Il les a enterrés dans son jardin?).
Je mets en cause également l'idée que se sont les banques qui ont créé les dettes et non pas leurs clients, comme beaucoup semblent préférer croire.
Quelque soit la dette, c'est le client qui la souhaite en premier, parfois pour des raisons parfaitement légitimes, parfois parce que chroniquement il dépense plus qu'il ne gagne et parfois pour spéculer.
Je prétends qu'en ce qui concerne l'immobilier à l'origine, (comme vous soulignez) de cette crise, dans bien des cas Monsieur Tout le Monde s'est engagé sciemment dans une voie spéculative. Même si j'accepte que les banques ont prêté inconsidérément, spéculant elle-mêmes sur une hausse à l'infini des prix immobiliers, ils répondaient néanmoins aux demandes de leurs clients. On n'a pas besoin d'être trader pour spéculer.
Il est hypocrite, à mon sens, de protester par la suite que seules les banques nous ont menés à la ruine. Chaque emprunteur doit accepter sa part de responsabilité, non seulement d'ailleurs dans le domaine de crédits immobiliers mais, sur un plan plus large, pour les déficits budgétaires de son pays.
Nos gouvernements nous donnent ce que nous leur exigeons. Si nous ne voulons pas de déficits budgétaires, nous devons ou payer plus d'impôts ou exiger moins de dépenses. On n'a pas besoin de faire HEC pour comprendre cela.
Avec votre expérience dans le finance, je suis surpris que vous pouviez soutenir les thèses populistes comme quoi tout est la faute des banques.
Même Goldman Sachs répondait à une demande de son client, cyniquement bien sûr en pariant « two ways » - pour une éventuellement faillite de la Grèce en même temps que pour un éventuel redressement de la situation – mais il n'a pas créé la situation à laquelle il était invité de répondre. C'était les Grecs eux-mêmes Et les Irlandais. Et nous autres.
Ce sont nous, Monsieur et Madame Tout le Monde qui créons les dettes dont nos pays souffrent. Acceptons la responsabilité et arrêtons d'essayer d'en tirer des avantages politiques et idéologiques.
Mais cela n'explique pas pourquoi l'Etat doit absolument venir au secours des banques, et ensuite présenter la facture au contribuable.
Sans compter que les banquiers sont quand même des professionnels, ils sont censés avoir quelques notions d'économie, ils ont beaucoup moins d'excuses à avoir crû les âneries de la propagande néolibérale que leurs clients.
A supposer bien sûr que les financiers aient jamais crû eux-mêmes ce qu'ils racontaient : que grâce à une pression constante sur les salaires, des licenciements massifs, le démantèlement des services publics et des prestations sociales, le monde allaient connaître une longue période de prospérité générale.
Bien entendu, cette prospérité qui ne profitait pas au peuple était totalement factice, comme toute prospérité qui ne profite pas au peuple.
Si les banquiers avaient dit la vérité (que le monde ira de catastrophes en catastrophes tant que dureront les politiques néolibérale) personne n'aurait voulu s'endetter (ou prêter) et les traders auraient gagné beaucoup moins d'argent.
Le crime des banquiers est d'avoir voulu s'enrichir pendant que tout le monde s'appauvrissait, d'avoir appelé cela la prospérité, alors qu'ils auraient dû combattre l'idéologie néolibérale (et les intérêts de classe qu'elle défend) pour créer les bases d'une richesse solide.
Il n'y a rien de choquant à ce que les banques gagnent de l'argent si leurs clients en gagnent aussi.
Mais quand les banques réussissent à s'enrichir alors que les peuples croupissent dans la misère, cela ne peut pas être grâce à un réel service rendu par les banques à la société : c'est forcément une escroquerie.
D'ailleurs la crise a pris l'ampleur qu'elle a eu parce que les banques ne voulaient plus se prêter entre elles, ce qui ruine les arguments de Diogène et Peter Wright : elles ne se faisaient pas confiance entre elles, mais à part cela elles étaient parfaitement honnêtes ?