Noir Désir, le temps l'emportera
Le groupe de rock bordelais, qui vient d'annoncer sa dissolution, était déjà anachronique en 2010.
- Bertrand Cantat lors des funérailles d'Alain Bashung en mars 2009. REUTERS/Charles Platiau -
C'était il y a deux mois: pour la première fois depuis l'affaire Marie Trintignant, Bertrand Cantat remontait sur scène. A Bègles, le leader de Noir Désir avait enchaîné trois titres en compagnie du groupe Eiffel. Etrange impression que de le revoir, à 46 ans, hurler «Search and Destroy», un titre d'Iggy and the Stooges, en sautant dans tous les sens. Pas tant en raison de la polémique qui a entouré sa réapparition face au public qu'à cause de la sensation d'anachronisme qui se dégageait de sa prestation. Bertrand Cantat sur scène en 2010? Et pourquoi pas les 2Be3, pendant qu'on y est?
Comme si tout à coup, on s'était rendu compte que l'époque où Noir Désir était le mètre-étalon du rock français avait bel et bien disparu. Depuis presque une décennie, en fait... Impossible aujourd'hui, pour l'ado de base en intraveineuse d'iPod et de Facebook, d'imaginer que vingt ans plus tôt, ses semblables ne juraient que par «Noir Déz». Impossible sans se replacer dans le contexte des années 80 qui les a vus naître et dans celui des années 90 qui les a vus régner en France.
L'histoire du groupe commence en 1980, sur les bancs du lycée de Bordeaux où se rencontrent Bertrand Cantat, Serge Teyssot-Gay (guitare), Denis Barthe (batterie) et Frédéric Vidalenc (basse). Tous sont dingues d'AC/DC, de Led Zeppelin, des Who : ils commencent à répéter et enchaînent les concerts jusqu'à la sortie de leur premier album, Où veux-tu qu'je r'garde?, en 1987. Les auditeurs éclairés le savent bien: à l'époque, Noir Désir n'est qu'un décalque plus ou moins talentueux du Gun Club, légendaire groupe américain à l'origine d'une poignée de disques à mi-chemin entre blues et punk.
Même manière de chanter, même son de guitare: on raconte d'ailleurs que Jeffrey Lee Pierce, le chanteur du Gun Club, n'a pas trop apprécié de se voir ainsi plagié lorsqu'il a découvert l'existence du groupe bordelais. A la mort de Pierce en 1996, Bertrand Cantat se rattrapera en lui dédiant sa chanson «Song For JLP».
Rock français = vin anglais ?
L'anecdote est révélatrice des rapports qu'entretiennent depuis toujours les rockers français avec leurs homologues anglo-saxons. John Lennon le disait déjà: «Le rock français, c'est comme le vin anglais». De Johnny Hallyday aux BB Brunes, tous ont souffert de la comparaison avec leurs prestigieux aînés d'outre-Manche et d'outre-Atlantique. Comme si le rock français, incapable de régler son complexe vis-à-vis du «vrai» rock, n'était jamais parvenu à passer à l'âge adulte. Ni à se démarquer tout à fait de la variété.
C'est cette inévitable comparaison avec les Anglo-Saxons que Noir Désir aura tenté de dépasser. Leur arme: le soin apportés aux textes, en français à plus de 70%. Pourtant, là encore, leur modèle est à chercher du côté des Etats-Unis. Bertrand Cantat n'a en effet jamais caché son admiration pour Jim Morrison, chanteur des Doors, poussant le mimétisme jusqu'à lui piquer son jeu de scène à base de simili-transe chamanique, mais aussi ses choix vestimentaires (collier indien, jean de cuir moulant). Et comme lui, il n'a pas voulu se contenter de chanter à tue-tête des slogans rock.
Lui aussi s'est voulu «poète». Histoire que ça n'échappe pas à l'auditeur, ses paroles sont truffées de références à un héritage littéraire très hexagonal, allant de Lautréamont (dans «Les Ecorchés») à Gérard de Nerval («La Rage»), en passant par Baudelaire et Rimbaud («Toujours être ailleurs»).
Un romantisme à succès
Cet attirail du parfait petit artiste maudit, à base de romantisme noir et de mal-être existentiel, permet à Cantat de se constituer rapidement une image d'«écorché vif», d'ailleurs renforcée par un charisme et un sex-appeal indéniables. Bien sûr, le choix courageux de chanter dans un français soigné provoque aussi quelques ricanements: nombreux sont ceux qui critiquent les textes parfois abscons du groupe.
Toujours est-il qu'avec les albums Veuillez rendre l'âme (à qui elle appartient) (1989) et Du ciment sous les plaines (1991), aux sonorités assez dures, la recette commence à marcher au près du grand public, notamment grâce au tube «Aux sombres héros de l'amer». Bertrand Cantat commentera avec amertume le succès de cette chanson qui les a propulsés sur le devant de la scène: «Beaucoup de gens n'avaient compris que le premier degré du texte des "Sombres héros de l'amer", ils prenaient ça pour une chanson de marins, un truc à la Pogues, sans plus...». Malgré tout, Noir Désir parvient dès lors à se distinguer à la fois des bluettes acnéiques de Téléphone et d'Indochine, et des hymnes bourrins des groupes punk alors en plein déclin (Bérurier Noir, Métal Urbain). Jusqu'à trouver un style propre, entre lyrisme post-adolescent et politisation à outrance.
Le groupe l'a lui-même reconnu: cette forte politisation est peut-être ce qui a le plus agacé chez eux. Mais c'est aussi cet engagement sincère qui a fait d'eux LE groupe français emblématique des années 90. La période «politique» de Noir Désir commence réellement à l'époque de Tostaky (1992), un album qui musicalement va plutôt chercher son inspiration du côté du grunge (Nirvana a sorti son Nevermind un an plus tôt) voire du hardcore de Fugazi. Encore une fois, le résultat fait un peu pâle figure à côté de la concurrence anglo-saxonne, mais le disque et son successeur 666.667 Club (1996) cartonnent.
Laïus anti-Messier
C'est logique, ils sont alors parfaitement dans l'air du temps : les années 90, si elles voient l'émergence de nouvelles superstars internationales (Oasis, Blur, Radiohead...) sont aussi, pour le rock dit «alternatif», celles du radicalisme et de l'opposition au système —parfois de manière naïve, c'est-à-dire en prêchant les convertis. En France, Noir Désir, avec leurs textes anti-FN («Un jour en France») et anti-capitalistes («L'Homme pressé»), sans parler de leur boycott des modes de promotion habituels (le groupe refuse de jouer à la télé), s'inscrit ainsi dans la tradition du rock de combat inaugurée par les punks des années 80.
Ce faisant, ils portent à merveille, par leur attitude, les revendications d'une certaine gauche contestataire et vaguement anar. On les voit soutenir les Indiens du Chiapas et le sous-commandant Marcos, jouer à Toulon en 1997 lorsque la mairie passe au Front national, ou encore s'insurger contre les lois Pasqua-Debré sur l'immigration: à l'époque, le mélange des genres —rock et politique– va de soi.
Même chose en 2002, lorsqu'ils décrochent une Victoire de la Musique: Cantat, en direct à la télé, y va de son petit laïus sur Jean-Marie Messier, alors PDG de Vivendi Universal, qui se trouve être leur maison de production: « Si nous sommes tous embarqués sur la même planète, on n'est décidément pas du même monde!», s'exclame-t-il devant un Jean-Luc Delarue décontenancé. Ce style revendicatif fait florès: entretemps, des musiciens comme Eiffel, Damien Saez ou Luke, copies carbone des originaux, ont poussé comme des champignons dans le paysage rock français.
La parenthèse carcérale
Du coup, en 2002, tout le monde aime Noir Désir: les jeunes, les presque vieux, Télérama, José Bové, les punks, les bobos, Les Inrocks et Barclay, leur maison de disque. Il faut dire que leur dernier album, Des visages des figures, qui puise avec talent dans la tradition de la grande chanson française (Ferré, Brel) sans se départir de l'habituel militantisme du groupe (le morceau fleuve «L'Europe»), se vend comme des petits pains. Quant au tube «Le Vent nous portera», il est bientôt repris par les chanteurs de la Star Academy... C'est à peine si quelques voix s'élèvent pour dénoncer le consensus autour d'un groupe qui, paradoxalement, s'est toujours paré d'un certain esprit contestataire.
Mais en 2003, ce qu'on a pudiquement appelé «le drame de Vilnius» vient chambouler cette belle réussite. S'ensuit une mise en veille immédiate du groupe et un silence radio de sept ans. Et puis, après la libération de Cantat, et alors que les spéculations sur le retour à la scène du groupe vont bon train, l'enregistrement de deux titres qui n'ont pas convaincu grand monde: «Gagnants perdants» et une reprise du «Temps des cerises». Et déjà, à l'écoute, l'impression que quelque chose cloche.
Retour au fun
Le problème est simple: pendant leur absence, le monde du rock a changé. Au moment de l'affaire Trintignant, des groupes comme Radiohead ou les Red Hot Chili Peppers pouvaient encore être considérés comme à la mode. En 2010, la chose semble inconcevable. La vague White Stripes, Strokes et autres Libertines est passée par là au début des années 2000, redonnant ses lettres de noblesse à un garage rock sec, direct, dénué de toute emphase et étranger à toute forme de contestation sociale. Le rock redevenait enfin fun, pas sérieux, juste incroyablement cool. Et les stars des années 90 se voyaient immédiatement ringardisées par ces jeunes blancs becs venus de nulle part.
Le rock français, avec deux ans de retard, comme d'habitude, a lui aussi connu un coup de jeune avec l'éphémère mouvement des baby rockers (Naast, Shades, Second Sex...): à peine pubères, arrogants, parisiens, sapés comme des dandys et surtout, parfaitement apolitiques. Bref, l'exact inverse de Noir Désir (dont il faut rappeler que le guitariste n'hésitait pas à porter des baggys sur scène). D'ailleurs, aucun de ces groupes ne les a jamais cités parmi leurs influences. Triste postérité pour les héros des années 90.
Aujourd'hui, le rock français, dans sa majorité, s'est affranchi de toute prétention militante. Ce n'est tout simplement plus in de gueuler contre le système. Imagine-t-on les BB Brunes venir cracher sur le PDG de Warner à la télévision? Ou Phoenix s'engager contre la stigmatisation des Roms? Il est vrai que le rock n'est plus une musique rebelle depuis longtemps, mais les coups de gueule de Noir Désir, fussent-ils en leur temps caricaturaux, avaient laissé croire que la rébellion contre l'ordre établi faisait encore partie du cahier des charges de tout rocker qui se respecte.
Finalement, l'annonce de la dissolution de Noir Désir, mardi dernier, n'est que la seconde mort du groupe. La messe était déjà dite dès 2003. Peut-être est-ce mieux ainsi: ils resteront comme le groupe phare de la scène française de la fin du XXe siècle et leurs fans pourront continuer à écouter religieusement leurs disques passés, sans se perdre en supputations sur l'avenir musical de leurs idoles. Jusqu'à la reformation en 2025?
Pierre Ancery
Mis à jour le 02/12/2010 à 11h20














































En réalité, puisque mes sentiments vis-à-vis du groupe semblent vous intéresser, je n'ai pas éprouvé de plaisir particulier à les voir s'éteindre. Mais pas de douleur très vive non plus, comme vous semblez l'avoir remarqué.
Pourtant, je suis juste assez vieux pour avoir connu l'époque Noir Désir (et les avoir vus lors d'un concert mémorable aux Eurockéennes)... et juste assez jeune pour avoir pris de plein fouet celle qui lui a succédé à partir de 2002-2003.
On peut critiquer tous ces groupes (les Strokes, les Libertines) qui n'avaient aucun message politique à faire passer, mais on ne peut pas nier l'impact qu'ils ont eu sur toute une génération de petits rockers, qui dès lors n'avait plus grand-chose à faire des "vieux" Noir Déz et compagnie.
Vous noterez que je ne déplore ni ne me félicite de cette évolution, somme toute assez fréquente dans l'histoire cyclique du rock (les jeunes qui piquent la place des vieux, c'est arrivé un paquet de fois). Je ne fais que la pointer.
Comme vous dite, le rock d'aujourd'hui n'est joué que par des dandys a-politiques, jouant à fond le système. Ils ne sont plus rebelles, mais des moutons à peine pubères chantant des évidences et mièvreries. Le meilleur exemple sont les BB Brunes et autres clones... Il ne manquerait plus que les Jonas Brothers, et on est tout bon ! "Merde", depuis quand le rock ça gueule pas, ça proteste pas, ça ne montre pas les dents ?
Bref, le rock a changé (tout du moins le rock français, et la grosse partie du rock international), et c'est bien dommage...
Allez quoi, soyez sympa, rendez-les nous !
Si c'était pour proposer un avis critique aiguisé et pertinent, tout irait bien, mais votre feuille de chou monsieur Ancery, elle n'a qu'un mince intérêt pour deux paragraphes qui arrivent à la fin et qui auraient du être le nerf d'un propos bien plus dense. Enfin, voilà quoi. Encore une fois, la musique est traitée n'importe comment dans les médias, je commence à avoir l'habitude.
Le trouvant une pale copie de ceux que vous citez, on n'aurait pas le droit de l'aimer ???
Moi j'adore toujours ce groupe et j'ai attendu en vain leur retour.
Je ne pense que ce soit l'évolution du rock qui les ait décidé d'arrêter mais bien la décision de Serge Teyssot Gay de quitter le groupe pour désaccord avec Cantat.
Je pense qu'une bonne partie des fans serait revenu voir le groupe même s'il y aurait eu l écrémage lié à l'affaire de Vilnjus et à l'évolution du rock.
Pour votre information, et contrairement à ce que vous dites, nous sommes nombreux parmi mes potes à avoir apprécié les deux morceaux Gagnants Perdants et la reprise du Temps des Cerises.
Personnellement, comme Adamuchi je n'ai plus de groupe de rock dans lequel je me retrouve à part peut être luke et les Wampas.
J'espère que sans refonder le groupe en 2025 comme vous dites, nous retrouvons les musiciens dans d'autres formations non moins intéressantes et engagées...
Au moins, votre article a cela de bon, c'est qu'il est critique et engagés et pas mous comme certains autres médias. C'est limite le minimum que l'on puisse en entendre d'un blog mais cela aurait mérité que vous expliquiez les raisons de votre ton acerbe.
Je suis d'accord avec vous : la décision de Noir Désir de cesser toute activité a très certainement pour origine des désaccords internes bien précis, mais qui pour l'instant n'ont pas été portés à la connaissance du public.
Pour le reste, je ne vous demande pas du tout de cesser d'aimer ce groupe ! Vous remarquerez d'ailleurs que mis à part une petite blague sur les pantalons de Serge Teyssot-Gay et quelques piques sur le style "écorché" de Cantat, je ne suis pas si méchant que ça.
En ce qui me concerne, j'ai un peu cessé de m'intéresser à eux le jour où j'ai découvert le Gun Club et quelques autres groupes anglo-saxons dont Noir Désir s'est pas mal inspiré. Sans doute ai-je trouvé chez ces groupes une authenticité supérieure... Ce qui n'enlève rien, à mes yeux, au mérite des Bordelais : tous les groupes de rock ont été influencés par leurs aînés.
Je considère d'ailleurs toujours qu'en France, dans les années 90, il n'y avait pas grand-monde de leur niveau. Et qu'effectivement, le créneau "rock francophone de gauche" reste aujourd'hui quasi-inoccupé (ou alors mal occupé) depuis leur mise en veille.
En effet tous les groupes tirent leur musiques des influences avec plus ou moins de réussite et vu ce que j'éprouve pour Noir Déz, je vais de ce pas écouter du Gun Club et surtout les 2 premiers albums que vous citez.
Mais on a pas besoin d'aller piocher les anglais pour avoir de la bonne musique et de bons textes. Mais il est vrai qu'il y en a pas tant que çà.
Après avoir relu votre article et à l'éclairage de votre réponse, je ne trouve plus votre ton acerbe donc je m'excuse et vous félicite de nous avoir éclairé.
Je reste quand même très attaché à ce groupe et persuadé qu'une reprise n'aurait pas fait tâche dans le rock français et même s'il aurait fait, on aurait été nombreux à leur être fidèle.
Rien à ajouter : vous m'avez parfaitement cerné. Comme tous les journalistes qui écrivent sur le rock, je suis un être veule et aigri doublé d'un musicien raté. Il est donc normal que depuis la terrasse du café de Flore d'où j'officie quotidiennement, ma frustration se répande en billets amers et paresseux comme celui que vous m'avez fait l'honneur de lire avec attention.
Bien à vous.
On ressent énormément votre ressenti envers ce groupe en vous lisant, et c'est donc un article raté. Non pas que j'aime passionément Noir Désir, mais là c'"est une question de déontologie que manifestement vous n'avez pas(dûr dûr pour un journaliste!).
Vous auriez dû l'exprimer clairement, là j'aurais compris.Mais le "masquer" sous couvers d'exprimer la mémoire collective m'inclue, moi, comme caution de votre avis et ça, cette prétention insidieuse de me dire ce qu'est la vérité à laquelle il faut adhérer m'est inssuportable.Quel Dômmage!
Vous me voyez désolé de vous être insupportable. Je ne puis que vous aiguiller vers les dizaines d'articles hagiographiques qui ont paru sur Noir Désir ces derniers jours, sans doute y trouverez-vous davantage votre bonheur !
A bientôt j'espère.
Pour la grande majeure partie très immatures, aux voix fébriles, pas travaillées, qui chantent pour chanter... Aaah oui ! C'est sur, les jeunes aiment ça ! Il n'y a qu'à voir le public des Muse et autre pouliches du Mouv' !! Musique légère et clônée...
Chacun son bifteck, mais une chose est sûre le bon vieux rock bien trempé, mâture à souhait, avec de la sueur qui coule de tous les fronts n'est pas prêt de s'arrêter ! Pour beaucoup, c'est ce qui nous manque aujourd'hui. Chacun sa dope.
Donc, moi je dis welcome back à Cantat, qui promet de beaux moments de transe !
J'aime bien cette phrase : "hymnes bourrins des groupes punk alors en plein déclin (Bérurier Noir" Bourrin et Punk, un pléonasme! C'est ce qui fait tout l'intérêt du Punk et ce pour quoi il existe. La décadence des Berru....un petit raccourci?
Quant au Rock aujourd'hui il est devenu insipide parce que la musique est un langage et quand on a rien à dire...
Cela dit, ça n'enlève rien à la pertinence du propos : Noir Désir n'est pas davantage (voire encore moins) un groupe electro-fluo à clavier qu'un groupe "sec et direct".
Tout d'abord je voudrais juste préciser que Noir Désir est bordelais et non toulousain.
Ensuite, je suis heureux de vous avoir fait découvrir le Gun Club. Je vous recommande tous particulièrement leurs deux premiers albums, les fantastiques "Fire Of Love" (1981) et "Miami" (1982). Il est vrai qu'ils n'ont pas connu le succès qu'ils méritaient, mais ils ont influencé nombre de groupes souvent talentueux, y compris en France (je pense à Noir Désir, mais aussi à des formations plus confidentielles comme les Vicomtes de Beaumont).
Pour le reste, effectivement je ne puis que souscrire à votre analyse quant à la subjectivité de mes propos sur la valeur "poétique" de Noir Désir. En revanche, s'il est vrai que je remets partiellement en cause les qualités littéraires des textes de Cantat, il serait excessif d'y voir un argument à charge contre la valeur musicale du groupe.
Je m'explique : les Beatles, lorsqu'ils chantaient "She loves you" en 1963, se distinguaient-ils par l'originalité et la profondeur de leurs textes ? Non. Cela faisait-il d'eux un mauvais groupe ? Certainement pas. En matière de rock, musique légère par excellence -genre "mineur" diront certains-, les paroles sont bien souvent secondaires.
Noir Désir, pour la première fois peut-être dans l'histoire du rock français, a volontairement mis en avant les textes, en les soignant tout particulièrement et en tentant de leur donner une authentique valeur poétique. En se plaçant dans ce champ « littéraire », ils ont donc choisi de s'exposer à la comparaison avec les artistes qui les y avaient précédés.
Sans aller jusqu'à Rimbaud ou Baudelaire, on peut remonter jusqu'à des grandes figures de la chanson comme Léo Ferré ou Jacques Brel. Et c'est là que le bât blesse : franchement, entre les paroles de « Ne me quitte pas » et celles d'« Aux sombres héros de l'amer », il y a comme un gouffre, vous en trouvez pas ? Après, évidemment, les goûts et les couleurs, vous savez ce que c'est... Mais tout de même ?
Enfin je pense avoir été déjà suffisamment explicite à propos de l'aspect strictement musical de leurs chansons (composition, son de guitare, etc.) : il est possible que Noir Désir ait été le meilleur groupe français de son époque... mais de là à les prétendre capables de rivaliser avec les Anglais et les Américains, il ne faudrait quand même pas exagérer.
Je vais me permettre de copier/coller votre réponse en commentaire sur mon article si vous n'y voyez pas d'inconvénient (cela me paraît logique puisque votre réponse y fait référence).
Merci aussi pour la précision géographique, j'ai corrigé.
Et je réagirai une dernière fois à vos propos, au même endroit, parce que comme vous le dites judicieusement, les gouts et les couleurs...
Là ou je suis pas d'accord avec Wikipedia : "Les fanboy sont la plupart du temps des jeunes[3] (qui ont environ entre 12 et 25 ans). Ils sont attachés de manière sentimentale à leur objet, ce qui explique que certains d'entre eux n'aient pas de réels arguments en leur faveur."
Va falloir modifier l'article de Wikipedia....mais pourquoi des fanboy "plus âgés" en arrivent à ne pas avoir de réels arguments en leur faveur???
Merci pour cet article. Si votre rancœur à l'encontre de Bertrand Cantat n'était pas si évidente, il pourrait être de qualité moyenne. Mais bon passons, si pour vous Noir Désir, c'est la jeunesse vous ne connaissez rien à la musique.
Mais ce n'est pas encore ce qui me choque le plus. Comparer les Vicomtes de Beaumont à un groupe de rock, ça, c'est vraiment dégueulasse. Même Yves Coppens et Sainte Cécile ne trouveraient pas une once de musicalité là dedans. Si on les savait pas Bourguignons, on pourrait croire qu'ils viennent de Macon. don't you wanna know what i'm talking about lalalala c'est vrai qu'on est assez proche des 2b3 au niveau des paroles.
Finalement, plus que gun club, les vicomtes ont un point commun à ne pas négliger avec Noir Désir. C'est que, ouf, c'est fini.
(surtout n'allez pas lire des articles VRAIMENT incisifs, vous risquez de tomber des nues => http://www.inside-rock.fr/Noir-Desir-une-certaine-idee-de-la )
votre "nécrologie" de Noir Désir m'apparait comme un procès du rock français, avec un coupable facile (car bien documenté), par un procureur qui n'a semble-t-il pas bien appris sa leçon.
Reprenons les base : Tout les musiciens, célèbres ou non, ont eu une révélation sur une musique. Et cette révélation influence l'ensemble de leur oeuvre. Mais tant qu'à choisir, je préfère la copie de Noir Désir aux reprise moyennes de notre Johnny local. D'ailleurs, ce dernier porte encore du cuir moulant ...
La musique, comme tout art, évolue, en fonction d'innovations, techniques ou créatives. Et elle arrive à évoluer malgré un socle figé (7 notes couvrant un doublement de la fréquence) par l'apport de nouvelles sonorités, enchainements, arrangements ... Mais on revient toujours au bases. Vous citez les Whites Stripes qui sont un exemples flagrant de retour au sources façon garage : une guitare, une batterie, un chevelu qui s'époumonne ... En rien une évolution ou une révolution, juste une sauce incroyablement efficace comme l'a été Tostaky.
Vous réduisez le rock français à Téléphone et Indochine. Pour avoir un aperçu plus réel, il aurait été souhaitable de quitter les ondes formatées, et d'écouter des stations indépendantes. Auriez vous oublié des groupes tels que No One is Innocent, Lofofora, Silmarils, les Wampas, Bashung, Déportivo, Matmatah, la Mano Negra, les Têtes Raides ... ? De plus, Téléphone est un excellent groupe de rock !
Se baser sur John Lennon pour avaliser un regard négatif sur le rock français ... J'en rigole encore. J'aurais plus apprécié un commentaire de Paul McCartney, certes moins médiatique, mais autrement plus créatif !
Alors non, Monsieur Ancery, le rock français ne se porte pas mal, et Noir Désir a peut-être choisit la séparation. Mais le groupe restera dans les mémoires avec des titres comme Tostaky, Joey, Marlène. Et oui, depuis le "drame", on sait tous très bien que Noir Des ne s'en relèvera pas, mais on espère toujours, car l'espoir fait vivre.
Je ne suis pas un fan inconditionnel de Noir Désir, mais ils m'ont fait vibrer, et fort même, par leur musique. Et ils ne méritent pas une telle critique facile, mais simplement un merci pour ce qu'ils nous ont donné.
Je terminerai en vous sermonnant sur le côté réducteur de l'appellation "rock français". Élargissez votre vision, ou plutôt devrais-je dire, ouvrez vos oreilles (car je pense que comme journaliste, vous êtes très fort pour utiliser vos yeux) à la "musique française", et vous entendrez à quel point notre vieux continent est créatif et innovant, et peut même déplacer d'incroyables foules.