Economie

La France, les étrangers l'aiment et l'achètent

Gilles Bridier, mis à jour le 02.12.2010 à 6 h 48

Dette publique, capital des entreprises, immobilier... Les investisseurs étrangers sont très présents dans l'Hexagone.

Une petite fille et des tours Eiffel miniatures (photo QuinnDombrowski via Flickr CC License by)

Une petite fille et des tours Eiffel miniatures (photo QuinnDombrowski via Flickr CC License by)

1.591 milliards d’euros de dette publique en France à la mi-2010, soit 82,9% du produit intérieur brut (PIB). Avec 163 milliards de plus en tout juste un an, cette dette s’est alourdie de plus de 8 points de PIB (à rapprocher de la croissance annuelle qui se situe entre 1,5 et 2,5 points de PIB par an).

Certes, il s’agit de la dette publique brute, comme définie par le traité de Maastricht. Elle totalise l’ensemble de la dette de l’Etat, des collectivités territoriales et des organismes publics. On distingue aussi la dette publique nette: par rapport à la précédente, on en déduit l’ensemble des actifs (biens et actions) possédés par l’Etat. Cette dette nette s’établit aux alentours de 1.420 milliards d’euros mi-2010 (1.389 fin mars 2010, selon l’Insee). A de tels niveaux, peu importe que l’on se focalise sur l’une ou l’autre dette: elle est gigantesque et pèse, pour la dette publique, 24.500 euros sur les épaules de chaque Français.

1.223 milliards d’euros de dette publique négociable

Mais comment parvient-on à négocier une telle dette? En allant sur les marchés financiers. Pas pour l’intégralité de la dette, toutefois. Il ne s’agit en l’occurrence que de la dette négociable (une autre partie de la dette, dite non négociable, est composée de certains dépôts d’organismes publics sur le compte du Trésor). D’après l’Agence France Trésor, cette dette négociable se montait fin septembre 2010 à 1.223 milliards d’euros. Pour trouver de tels montants, l’Etat va donc sur les marchés proposer des titres qui ne sont que des reconnaissances de dette. Si les marchés ont confiance en l’Etat, ils acquièrent ces titres à un taux d’intérêt peu élevé. Lorsque la confiance s’étiole, les créanciers sont plus prudents et les taux d’intérêt montent, ce qui correspond à une prise de risque estimée.

Actuellement, l’Etat français peut emprunter à un taux de 3,2%, alors que l’Allemagne lève des fonds à 2,7% (contre 9,2% pour l’Irlande et près de 12% pour la Grèce). Certes, des rumeurs font courir le bruit d’une possible dégradation de la France, notés AAA (la note maximale sur une échelle de 10) par les agences spécialisées au même titre que les Etats-Unis, l’Allemagne, la Norvège ou la Suisse… Toutefois, Standard & Poor’s, l’une de ces agences, a démenti que de telles rumeurs colportées par des spéculateurs sur les marchés financiers soient à ce jour fondées.

L'impôt sur le revenu équivaut au service de la dette

L’Etat français dispose de plusieurs types d’outils pour lever des fonds sur les marchés. Les obligations assimilables du Trésor (OAT) sont remboursables entre 7 et 50 ans. Correspondant à un endettement de long terme, elles représentent les deux tiers de la dette négociable. Les bons du Trésor à intérêt annuel (BTAN) vont de deux à cinq ans. Et les bons du Trésor à taux fixes et intérêts précomptés (BTF) sont émis à moins d’un an. Globalement, l’ensemble de ces titres génèrent des intérêts, de l’ordre de 42,5 milliards d’euros pour 2010: presque deux fois le «trou» de la Sécu pour le seul service de la dette, et autant que l’impôt sur le revenu —ce qui signifie que les foyers qui sont assujettis à cet impôt ne paient que le service de la dette. Une charge énorme qui vient gonfler la dette publique déjà gigantesque.

Mais qui détient la dette publique française négociable? Tous les opérateurs financiers de tous les pays peuvent intervenir sur les marchés. Mi-2009, selon l’Agence France Trésor, cette dette était pour le tiers entre les mains de résidents français –les «zinzins» («investisseurs institutionnels»), banques et compagnies d’assurance principalement– et logée pour les deux tiers chez des créanciers étrangers. Parmi ceux-ci, une moitié était constituée de non-résidents appartenant à la zone euro, et l’autre moitié était située hors de la zone euro. Compte tenu de la qualité de la signature de l’Etat français, on peut estimer aujourd’hui que la part de la dette acquise par les non-résidents (dans et hors zone euro) est passée à 70% du total négociable –soit entre 850 et 860 milliards d’euros.

Même dans le meilleur scénario, il ne s’agit pas d’un pic puisqu’il est prévu que la dette publique brute augmente jusqu’à 87,4% du PIB en 2012 et soit encore à 86,8% lorsque le déficit budgétaire, de 7,7% en 2010, devrait être réduit à 3%. Un scénario qui est loin d’être évident compte tenu des coupes à réaliser dans les dépenses publiques. Mais au cas où cet objectif ne serait pas atteint et où le déficit serait supérieur aux prévisions, la dette publique serait alourdie d’autant. Et s’agissant pour 2012 d’une année d’élection présidentielle peu propice aux efforts budgétaires, le risque d’un relâchement existe.

CAC 40 et autres entreprises cotées

Hormis la dette publique, la finance internationale peut aussi s’inviter au capital de sociétés cotées. «A la fin de l’année 2009, les non résidents détenaient 404,5 milliards d’euros d’actions des sociétés françaises entrant dans la composition de l’indice CAC 40, sur une capitalisation boursière totale de ces sociétés de 955,4 milliards d’euros», indique la Banque de France. Ainsi, 42,3% du capital des entreprises du CAC 40 est acquis par des opérateurs non français; 19,7% seraient aux mains d’opérateurs de la zone euro et du Royaume-Uni, 15,6% des Etats-Unis. Le mouvement semble être reparti à la hausse après le sommet de 2006 (45,7%) suivi de deux années de recul (40,2% fin 2008).

Globalement, en 2009, pour relancer la tendance, «les acquisitions nettes des investisseurs non-résidents ont été positives à hauteur de 31,5 milliards d’euros», précise l’institution. Si l’on considère l’ensemble des actions cotées françaises et pas seulement celles des sociétés du CAC 40, le taux de détention par des non-résidents est un peu supérieur à 40%.

Investissements directs étrangers en hausse dans l’immobilier

A la fin 2009, le stock des investissements directs étrangers (IDE) en France se montait à 425 milliards d’euros selon la Banque de France, correspondant à 22% du PIB. Un peu plus de la moitié de ce stock est investi dans le capital social d’entreprises. Alors que 31% du total se sont fixés dans les activités financières et l’assurance, l’attrait de l’industrie manufacturière recule, mais elle représente encore 24% de ce stock. A l’inverse, l’immobilier capte de plus en plus d’investissements directs étrangers: leur stock a quadruplé en dix ans pour représenter 22% du total fin 2009.

Les opérateurs les plus actifs dans l’Hexagone proviennent d’Europe pour les trois quarts du total (l’Allemagne, la Belgique, le Luxembourg, les Pays-Bas et le Royaume-Uni sont tous à plus de 10%, mais les sociétés domiciliées dans ces pays peuvent appartenir à des capitaux non-européens). Les Etats-Unis interviennent pour 12%. Pas si mal pour un pays que certains voient au bord de la faillite, mais qui est toujours crédité de la meilleure note (AAA) par les agences spécialisées au même titre que l'Allemagne, la Suisse, le Norvège, le Canada ou les Etats-Unis.

Gilles Bridier

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Journaliste
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