Economie

Sauve qui peut sur le marché obligataire européen

Stéphanie Villers, mis à jour le 01.12.2010 à 12 h 35

La défiance grandit d'heure en heure sur le marchés de taux européens. Les détenteurs d'obligations émises par les Etats, à savoir les banques, les compagnies d’assurance et les fonds de pension, fuient les risques et font craquer le marché.

Traders du Chicago Mercantile Exchange REUTERS/John Gres

Traders du Chicago Mercantile Exchange REUTERS/John Gres

Les banques et autres détenteurs de dettes souveraines (des Etats) seront impliqués dans le futur mécanisme de résolutions de crise mis en place dans la zone euro à partir de 2013. Ces nouvelles règles du jeu effrayent les investisseurs qui devront prendre leur part des risques. Inspiré par les règles du FMI, le nouveau mécanisme européen de stabilité (MES) qui doit remplacer le FESF (le fonds de stabilité financière) applique à toute nouvelle dette souveraine émise après 2013 une «clause d’action collective». Cette clause entraînera en cas de défaut de l’émetteur une modification des conditions de remboursement, avec réchelonnage de la durée de remboursement, baisse des taux ou décote sur le principal.

Avec ce dispositif, la possibilité d’insolvabilité de certains Etats de la zone euro réapparait. Un retour à la normale. Il n'est pas possible que les investisseurs soient toujours protégés, à eux d'assumer leurs responsabilités. Mais cette idée incroyable, celle  de faire payer les détenteurs de dettes souveraines, affole les marchés. Parmi ces détenteurs, on compte majoritairement les banques, les compagnies d'assurances et les fonds de pension. Des investisseurs qui ont perdu l'habitude de... faire leur métier et gérer les risques. Ils sont donc en train de paniquer.

Krach obligataire

Pour schématiser, les établissements financiers, notamment les banques, ont connu une période idyllique avec l’explosion de leurs engagements hors-bilan (pas de normes prudentielles de fonds propres à respecter) et le développement de la technique de titrisation (on repackage les créances pour les vendre à tout le monde en petites tranches). Ces techniques ont permis aux banquiers de transférer les risques qu'ils prenaient sur d’autres structures plus ou moins solides tout en conservant quand même une partie de la rémunération de ces risques... qu'ils ne prenaient pas. Mais il est difficile de revenir soudain aux principes de fonctionnement d’une banque classique, être rémunéré en fonction des risques encourus et bien les mesurer. Pour les fonds de pension et les compagnies d’assurance qui depuis toujours investissent massivement dans les obligations d’Etat, la problématique est différente mais tout aussi compliqué. Leurs métiers n'étaient dans l'ensemble pas très compliqués, les emprunts d'Etat, surtout des pays développés, étant considérés comme les actifs à long terme les plus sûrs. Ces investisseurs ont beaucoup de mal aujourd’hui à intégrer aujourd'hui que ce type d’actifs présente des risques. C’est pourquoi, ils réclament que la zone euro reste le prêteur en dernier ressort et demande qu’elle double sa mise dans le fonds de stabilité.

La menace d’un krach obligataire plane sur la zone euro. Si les détenteurs de ces dettes souveraines se mettent massivement à se désengager des emprunts d’Etat, tout partira à vau-l’eau. Reste que le marché des emprunts d’Etat est relativement étroit, il se partage entre les Etats-Unis et l’Europe et les investisseurs qui se débarrasseraient de leurs obligations d'Etat grecques, irlandaises, espagnoles, italiennes et française, auraient du mal à réinvestir leurs fond. Les investisseurs de long terme sont donc pour l’heure bloqués, mais pour combien de temps?

Effet domino

Car il y a un véritable bras de fer entre les gouverneurs et ceux qui prêtent aux Etats. Pour l'instant, les politiques se montrent fermes et n’entendent pas abonder de nouveau le fonds de stabilité financière. Mais les ressources diminuent: 85 milliards d’euros d’aides européennes vont être absorbées par l’Irlande, dont 35 milliards d’euros pour restructurer les banques (et Dublin devra payer plus cher que son homologue grec, le taux est fixé à 5,8% contre 5,2% consentis pour la Grèce). La même somme devra être allouée très certainement au Portugal. Le fonds de stabilité dispose de 440 milliards d’euros. C’est pourquoi, l’Allemagne et la France tentent à tout prix de stopper l’hémorragie, et éteindre le feu aux portes de l’Espagne. Car s’ils peuvent encore couvrir un  petit membre comme le Portugal, les moyens manqueront pour éteindre l’embrassement sur l’ensemble de la péninsule ibérique. Il en coûterait bien plus que 350 milliards d’euros pour soutenir l’Espagne.  

La contagion et son emballement coûteraient beaucoup trop cher à la communauté européenne à moins de mettre en place un Trésor européen comme le propose Jacques Attali.  Pour certains économistes, on demande d'ores et déjà trop d’efforts aux petits pays pour assainir leurs comptes publics. Il leur faut absolument de la croissance pour honorer leurs dettes. Au sein de la zone euro, l’objectif de la politique monétaire ou budgétaire n’a jamais été la croissance.  L’Allemagne encore une fois donne la leçon. En voulant se montrer ferme et conforter son opinion publique, qui reproche aux «pays du Club Med» leur laxisme réel ou supposé, elle entretient la tension sur les marchés. Le président du Parti socialiste européen, Poul Nyrup Rasmussen, n'a pas hésité la semaine dernière à lui faire la leçon: «Angela Merkel doit apprendre que les dirigeants politiques doivent parfois la fermer». Les tensions sont palpables au sein des instances européennes. Les marchés sont fébriles. Tous les ingrédients sont réunis pour un mouvement de panique, par définition irrationnel. Seul espoir, en général les krachs ne se produisent pas quand on les attend.

Stéphanie Villers

Photo: Traders du Chicago Mercantile Exchange REUTERS/John Gres 

 

Stéphanie Villers
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