Monde

Dans les coulisses de la diplomatie américaine

Slate.fr, mis à jour le 29.11.2010 à 11 h 36

251.287 télégrammes diplomatiques du Département d’Etat et des ambassades américaines ont été transmis à cinq journaux occidentaux par l’organisation Wikileaks. Pour mieux vous retrouver dans cette masse de documents, Slate.fr, en partenariat avec Owni.fr et LeSoir.be, vous présente une application.

Après les Warlogs afghans et irakiens, place aux Statelogs. Cinq journaux (Le Monde, The New York Times, The Guardian, El Pais et Der Spiegel) ont commencé à publier, dimanche 28 novembre au soir, leurs décryptages de 251.287 télégrammes diplomatiques du Département d’Etat et des ambassades américaines que leur a transmis l’organisation Wikileaks. Pour mieux vous retrouver dans cette masse de documents qui jettent une lumière crue sur la diplomatie mondiale, Slate.fr, en partenariat avec Owni.fr et LeSoir.be, vous propose de suivre les développements du dossier grâce au live-blogging assuré par Owni ainsi que grâce à une application développée pour l'occasion.

Environ 3.800 documents de Paris

Selon les premiers éléments publiés par Le Monde, environ «90% des télégrammes diplomatiques couvrent une période allant de 2004 à mars 2010» et «les autres remontent jusqu'à 1966». 7% environ sont classifiés «secret» et 40% «confidentiel», les autres étant non classifiés. D'après El Pais, qui publie une carte des fuites, 3.802 documents ont été envoyés depuis la France.

Le Monde explique que ses journalistes, en commun avec ceux des quatre autres journaux choisis, «ont décidé des sujets qu'ils ne traiteraient pas» parce que les sources citées ne leur paraissaient pas suffisamment fiables, et ont «établi des listes communes de personnes à protéger», dont les identités ont été masquées. Par ailleurs, «WikiLeaks a accepté de ne pas diffuser dans l'immédiat les 250.000 télégrammes. Seuls les mémos ayant servi à la rédaction des articles des cinq journaux seront, après protection des identités, publiés».

Si le quotidien français estime «qu'il relevait de sa mission de prendre connaissance de ces documents, d'en faire une analyse journalistique, et de la mettre à la disposition de ses lecteurs» avec «responsabilité» et «discernement», l'ambassadeur des Etats-Unis en France Charles Rivkin explique dans ses colonnes que «les Etats-Unis regrettent profondément la divulgation de toute information qui était destinée à rester confidentielle, et qu'ils condamnent cette action» . La Maison Blanche a elle d'ores et déjà condamné «dans les termes les plus forts la publication illégale de documents classifiés et d'informations sensibles pour la sécurité nationale» .  

Sarkozy, un «roi nu»

Pour l’instant, le quotidien français, dans l'attente de la sortie de sa version papier lundi midi, n’a publié que peu d'informations concernant l'Hexagone, hormis un article expliquant comment les diplomates américains à l'Onu sont encouragés à récolter des informations confidentielles sur les pays du Conseil de sécurité. En revanche, selon des éléments de l’édition papier du Spiegel dévoilés en avance grâce à une rupture d’embargo en Suisse, un mémo américain qualifierait Nicolas Sarkozy de «roi nu». Le Guardian, lui, explique que les Etats-Unis pointent son  «style autoritaire», et dévoile un mémo détaillant l’attitude gênée de la France et des autres pays de l'Union quant à l’investiture du président iranien Mahmoud Ahmadinejad après sa réélection contestée en 2009.

Un autre mémo, publié sur l'application Owni/Slate/Le Soir, révèle le contenu d'entretiens parisiens entre le secrétaire d'Etat adjoint Philip Gordon et, notamment, le conseiller diplomatique de l'Elysée Jean-David Levitte, dont est fait le résumé suivant:

«Les hauts fonctionnaires des deux pays ont examiné les enjeux internationaux actuels et se sont mis d'accord sur le fait que l'Afghanistan constitue une priorité majeure, se sont inquiétés des actions menées par la Russie en Géorgie et ont convenu de leur désaccord sur la candidature de la Turquie à l'entrée dans l'Union européenne. En revanche, sur l'Iran, la communion de vues est complète, les Français considérant que la réponse de Téhéran à l'offre de dialogue de Barack Obama est une farce»

Medvedev/Robin et Poutine/Batman

La plupart des sujets mentionnés dans le mémo ci-dessus, et beaucoup d'autres, font l'objet de révélations, dont les résumés les plus complets sont pour l'instant fournis par le New York Times et le Guardian: incident nucléaire autour d'une centrale pakistanaise, discussions sur une réunification des deux Corée, soupçons de corruption sur le gouvernement afghan, implication de la Chine dans le hacking contre Google... Le Monde publie lui des articles sur les craintes des pays arabes et d'Israël concernant l'Iran, tandis que le Spiegel développe les doutes de Washington sur le gouvernement turc, ou montre comment les Etats-Unis ont tenté de «troquer» l'accueil de prisonniers de Guantanamo contre des entretiens avec Barack Obama ou de l'aide au développement.

Comme l'explique par ailleurs l'hebdomadaire allemand, «les représentants du Département d'Etat à l'étranger cultivent une vision clairvoyante des pays où ils sont en poste, qui se révèle parfois incroyablement sombre». Le Guardian cite à ce propos des jugements exprimés par des diplomates américains sur des leaders mondiaux: le président russe Dmitri Medvedev y est qualifié de «Robin de Poutine, si celui-ci était Batman», le dictateur nord-coréen Kim Jong-Il de «vieux bonhomme flasque», et le Premier ministre italien Silvio Berlusconi se voit reprocher «son penchant pour les fêtes endiablées jusqu'au bout de la nuit, qui signifient qu'il ne prend pas suffisamment de repos». Selon El Pais, les diplomates américains affirment que la chancelière allemande Angela Merkel «évite les risques et se montre peu créative». Le New York Times parle par ailleurs d'une «relation extraordinairement proche» entre Silvio Berlusconi et Vladimir Poutine, au point que le premier nommé «apparaît de plus en plus comme le porte-parole» du second en Europe.

Troisième fuite importante

L'annonce de la publication de ces documents avait été faite le 22 novembre par le compte Twitter de Wikileaks, qui promettait alors une fuite sept fois plus importante que celle concernant l'Irak, qui portait sur plus de 390.000 documents, après les 92.000 concernant la guerre en Afghanistan. Wikileaks s'était auparavant fait connaître en diffusant la vidéo d’un hélicoptère Apache tuant des civils irakiens et un journaliste de Reuters. Les semaines suivant la diffusion des documents sur la guerre en Irak, les gouvernements américain et européens ont mis la pression sur Julian Assange, le fondateur du site, pour des accusations de viol et d’attouchements sexuels.

Dès lundi, retrouvez les analyses de Slate.fr sur les documents confidentiels dévoilés dimanche et explorez les mémos au fur et à mesure de leur publication grâce à notre application en collaboration avec Owni.fr et LeSoir.be.

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