France

Fillon: un meneur n'est pas né

Thomas Legrand, mis à jour le 25.11.2010 à 16 h 39

On attendait le discours de politique générale du «nouveau vrai détenteur» du pouvoir... A la place, on a eu du classique, loden, bleu marine et gris. Copé peut être tranquille.

François Fillon. REUTERS/Jacky Naegelen

François Fillon après son discours de politique générale, le 24 novembre 2010 à l'Assemblée. REUTERS/Jacky Naegelen

Le discours de politique générale de François Fillon était un discours des plus classiques, un discours de Premier ministre de droite la Cinquième République, sans éclat, sans excès, sans outrance. On se disait que François Fillon était venu de Matignon à l’Assemblée en DS ou… allez, peut être en R25, pour être à l’heure sur FR3. C’était, en fait le retour du bon vieux job de Premier ministre. Il y a quelques mois, nous l’aurions écouté d’une oreille un peu distraite ce discours, sachant que, de toute façon, François Fillon représentait une corporation, la confrérie des Premiers ministres, à classer avec celles des gardes-barrières, des rémouleurs et des allumeurs de réverbères, parmi les fonctions d’antan avec leur charme désuet. Parce qu’il y a encore quelques mois, il se disait beaucoup que dorénavant le Président se devait d’être au devant de la scène, animant l’action de l’exécutif au jour le jour. Plus besoin de Premier ministre, c’était ça la modernité. Ce nouvel attelage c’était l’hyperprésident et son collaborateur.

Puis, dans cette époque de zapping généralisé, on avait fini par enterrer l’hyperprésidence aussi vite qu’on l'avait instituée en s’apercevant qu’il ne devait rien à une évolution institutionnelle mais qu’il devait tout à la façon de gouverner et de communiquer de Nicolas Sarkozy. On était donc passé au concept d’hyper Premier ministre puisque François Fillon avait réussi à imposer sa reconduction à Matignon et à former son gouvernement RPR. Du coup, on a écouté le discours de mercredi pour y déceler les mots du nouveau vrai détenteur du pouvoir…

Et il faut bien dire que l’impression qui s’en dégage c’est que le charisme naissant de François Fillon a certainement beaucoup plus à voir avec l’image déclinante de Nicolas Sarkozy qu’avec un souffle nouveau émanant du Messmer de la Sarthe. On a pu déceler ça et là (parce qu’on est payé pour les chercher) quelques petits mots destinés à se différencier de Nicolas Sarkozy: par exemple le mot «rigueur» est répété et assumé, ou bien ce début de discours, là pour nous faire comprendre que ce gouvernement, ce n’est pas le choix du «jeu des apparences» ou qu'«il ne s’agit pas d’improviser un chemin insolite», ou qu'il perçoit «la nécessité de la continuité pour adapter notre pays en profondeur, sans à-coup, sans psychodrame».… Bref du classique, loden, bleu marine et gris. La rupture est oubliée, enfouie sous des phrases aussi contraire au sarkozysme originel que: «Je crois à la durée. Je crois à la sérénité républicaine!» 

Jean-François Copé, qui pouvait voir en François Fillon un risque pour ses ambitions présidentielles, peut être rassuré: François Fillon ne sera pas un leader charismatique pour les parlementaire UMP: rigueur budgétaire, orthodoxie, volontarisme pondéré par un réalisme un peu plombant, il est sérieux, très contrôlé. Rassurant pour les uns, rasoir pour les autres, les deux pour beaucoup à voir les applaudissements nourris (mais pas plus) des députés UMP.

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