Sports

Comment le ping-pong a créé les banlieues américaines

Slate.com, mis à jour le 06.12.2010 à 8 h 39

L’Amérique d’avant-guerre avait été urbaine par excellence. Dans les années 1950, elle fait un audacieux bond en avant vers l’homogénéité et les pelouses uniformes, en devenant la première nation suburbaine au monde.

Publicité de Truscon Base Coatings, octobre 1950.

Publicité de Truscon Base Coatings, octobre 1950.

Si tout «sport prétend être le plus influent au monde… aucun n’égale le statut international du ping-pong, discipline modeste et omniprésente». C’est là l’argumentaire d’«Everything You Know Is Pong», une collection d’articles et d’images qui révèlent tous les secrets de notre sport de sous-sol favori. Dans cet extrait et ce diaporama, Roger Bennett et Eli Horowitz nous montrent que nos balles et nos raquettes ont joué un rôle fondamental dans le processus de suburbanisation des Etats-Unis.

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Dans les années 1950, les Etats-Unis ont ajouté un élément de plus à la liste de leurs exploits, telle qu’elle est établie dans The Star-Spangled Banner. Non contente d’être une «terre de liberté» et «la demeure du courage», l’Amérique venait de faire un audacieux bond en avant vers l’homogénéité et les pelouses uniformes, en devenant la première nation suburbaine au monde.

L’Amérique d’avant-guerre avait été urbaine par excellence. Les immigrés s’étaient entassés dans les centres-villes, étendant leurs cordes à linge lourdes de vêtements au-dessus des rues fourmillant de passants. Les journées étaient ponctuées par bruit des carreaux cassés à coup de balles de baseball; l’air chargé d’un mélange de transpirations humaines et d’odeurs de cuisine. Il était proprement impossible de ne pas fourrer son nez dans les affaires des autres. La vie ressemblait à cette scène du «Parrain 2», lorsque Vito suit le vaniteux Fanucci à la trace dans les rues de Little Italy, lors de la fête de San Gennaro.

Comment a-t-on pu amener des milliers de personnes à quitter leurs communautés urbaines très peuplées pour basculer dans un univers privé, fait de matérialisme et de conformisme? Partir pour la banlieue, c’était devenir propriétaire, certes –mais devenir propriétaire au sein d’un environnement tentaculaire, fade et conservateur, fait de soirées fondues, de parties de gin rami et de goûters entre amies. Après de nombreuses années de recherche, la réponse s’offre à nous: c’est le ping-pong qui, telle la sirène armée de sa lyre, a attiré les navigateurs urbains vers les récifs de la banlieue. Les publicitaires de Madison Avenue n’avaient pas encore eu l’idée de déverser des monceaux de billets verts dans les poches des célébrités pour faire de ces derniers les porte-parole des marques –mais l’image du ping-pong avait déjà été captée par des hommes chargés de montrer à l’Amérique ce que pouvait être la belle vie à l’ère moderne.

Ces Mad Men précoces avaient rencontré une série d’obstacles de taille: un écrasant sentiment d’uniformité et de répétition, des rangées de maisons de plain-pied et de style colonial privées de centre-ville, la disparition de la vie communautaire. Les photographies d’extérieur ne pouvaient suffire à en assurer la promotion, car tout se ressemblait – jardin après jardin, garage après garage, et ce à perte de vue. Mais les agences du pays finirent par découvrir la solution: exploiter l’innocence du ping-pong.

Roger Bennett et Eli Horowitz

Traduit par Jean-Clément Nau

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