Monde

Corée du nord: la dissuasion du fou au fort

Foreign Policy, mis à jour le 24.11.2010 à 17 h 08

Les agressions et les provocations de Kim Jong-il ne sont pas des actes irrationnels et imprévisibles. En se comportant ainsi, le cher leader et sa clique confortent leur régime.

Maisons détruites après le bombardement de l'île de Yeonpyeong par les canons no

Maisons détruites après le bombardement de l'île de Yeonpyeong par les canons nord-coréens / Reuters

Bill Clinton avait remarqué un jour que ses armes nucléaires étaient la seule véritable source de revenus de la Corée du nord. Une observation pertinente qui souligne un point clé. Il y a clairement une stratégie de la folie de la part de Kim Jong-il et de son régime.

Après les révélations cette semaine sur l'existence d'une usine d'enrichissement d'uranium en Corée du nord et l'échange violent d'obus d'artillerie avec la Corée du sud, il serait facile de considérer que Pyongyang est à nouveau entré dans une de ces crises totalement irrationnelles. Et il est difficile de contester le fait qu'un petit pays pauvre qui consacre l'essentiel de ces maigres ressources à construire une armée qui n'aura jamais la moindre chance de vaincre son adversaires se comporte stupidement.

Mais cela serait vrai si l'utilité de cette armée était mesurée en termes rationnels et abstraits. Or, elle doit être mesurée surtout par rapport aux besoins du régime nord-coréen. Maintenir un état de guerre et de confrontation permanente avec le sud justifie l'existence d'un régime autoritaire et des forces militaires qui lui permettent de conserver le pouvoir. Cela permet aussi de masquer l'échec économique du régime.

En outre, chaque fois que la Corée du nord montre ses muscles, menace ses voisins et viole les lois internationales, le pays se donne une stature qu'il n'aurait jamais par d'autres moyens. Le PIB de la Corée du nord est plus petit que celui du Costa Rica et environ la moitié d'un pays comme le Soudan.

Et enfin, à chaque fois que le nord se comporte mal, la réponse du reste du monde consiste à rétribuer d'une façon ou d'une autre les provocations. Après que les «condamnations officielles» ont été oubliées et que les sanctions ont prouvé leur inefficacité –c'est inévitablement le cas quand elles sont exercées contre un pays où les conditions de vie de la population ne sont pas vraiment le souci du système politique– la Corée du nord obtient une récompense: soit un accord, soit de l'aide, soit de l'énergie, soit des ressources alimentaires. Et le plus incroyable dans tout cela est que le reste du monde accepte alors les engagements pris par la Corée du nord tout en sachant que le pays n'a jamais tenu la moindre de ses promesses.

Faut-il alors s'étonner que Kim Jong-il continue de faire de son programme nucléaire sa principale ressource et de faire de la «folie» la principale exportation du pays?

Il ne s'agit pas de minimiser le risque que représente la Corée du nord. Il est très probable qu'il reste important dans un avenir prévisible. Certains observateurs voient dans les derniers événements une tentative de Kim Jong-il pour donner des «victoires» à son fils et héritier présomptif, Kim Jong-un.

La révélation par le régime d'installations secrètes d'enrichissement d'uranium «étonnamment modernes» selon le Financial Times est une victoire en soi d'autant plus grande que les services de renseignement américains et de ses alliés ont été complètement pris par surprise. Le fait que l'attaque délibérée par l'artillerie nord coréenne ait été suivie de beaucoup de retenue dans la riposte de Séoul et dans les communiqués est une autre victoire pour le cher leader et sa clique.

Et la victoire peut être encore plus grande si, comme le pensent les experts, les installations d'enrichissement ont sans doute nécessité une aide internationale et qu'elle provient, selon toute vraisemblance, du Pakistan. Le Pakistan est déjà fortement suspecté d'avoir aidé la Corée du nord à développer des missiles balistiques pouvant emporter une charge nucléaire. Dernière victoire, le fait que les Etats-Unis comme la Corée du sud sont réellement paralysés dans cette affaire et contraints de s'en remettre à la Chine pour faire pression sur Pyongyang. Cela montre que même avec près de 30.000 soldats sur le terrain en Corée du sud, Washington est impuissant.

En résumé, on peut considérer que Kim Jong-il est vraiment étrange, se moquer de ses manies et de sa collection de cassettes VHS de films de James Bond. Je le fais parfois. Mais nous devons cesser de considérer qu'il est irrationnel et imprévisible. Ce qu'il est fait correspond parfaitement à son personnage, suit un schéma clair et peut très bien, une fois encore, payer. C'est exactement ce qu'il cherche.

David Rothkopf

Traduit par Eric Leser

Foreign Policy
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