Economie

Une nouvelle architecture mondiale pour le développement

José Antonio Ocampo, mis à jour le 02.04.2009 à 11 h 29

SIège de l'Onu

SIège de l'Onu

L'objectif principal de la gouvernance progressiste devrait être de réduire les inégalités immenses qui caractérisent le monde actuel, tout en facilitant une croissance durable. Il faut pour cela atténuer la tendance généralisée à l'augmentation des inégalités à l'intérieur des pays, qui a marqué le monde au cours des dernières décennies. Cela implique également la réduction des gigantesques disparités de revenus par habitant entre les pays, expliquant environ 70 % des inégalités mondiales de revenus. La nouvelle architecture du développement devra se concentrer sur cette dernière dimension et inclure au moins cinq éléments, dont certains servent des objectifs plus vastes de gouvernance mondiale.

1. La création d'un fond mondial pour l'aide au développement

L'histoire de l'aide officielle au développement est celle de l'incapacité à atteindre l'objectif de l'Onu de 0,7 % du revenu des pays industriels. Il vaudrait bien mieux, par conséquent, créer un fond réellement mondial géré par l'Onu et financé par une taxe internationale sur les émissions de carbone, les transactions financières ou n'importe quelle autre source. La distribution des fonds se concentrerait sur des objectifs mondialement consensuels (comme les objectifs du Millénaire pour le développement ou un sous-ensemble plus vaste d'objectifs établis lors des sommets et des conférences de l'ONU), particulièrement dans les pays pauvres. Ce fond distribuerait ses ressources de façon assez automatique, un peu à la manière dont les Fonds régionaux de solidarité sont assignés dans l'UE.

2. Des règles commerciales mondiales contribuant réellement au développement

Les nouvelles règles incluraient une plus grande libéralisation des biens et des services intéressant les pays en développement (biens agricoles, et industries et services nécessitant beaucoup de main d'œuvre) sans réciprocité aucune. Elles comprendraient aussi des priorités spéciales à caractère mondial pour les pays les moins avancés, et davantage "d'espace" pour les politiques de tous les pays en développement (voir, plus bas, le point 4). Elles désolidariseraient aussi les droits de propriété intellectuelle du système commercial, comprendraient des exceptions, dans un but de développement (ainsi que de santé et d'environnement), aux règles mondiales sur les droits de propriété qui seraient conservées, et créeraient de fortes incitations aux transferts de technologie.

3. La réorganisation du FMI

Le FMI devrait ressembler davantage à une banque centrale du monde, chargée de la coordination des politiques macroéconomiques et de l'émission d'une monnaie de réserve mondiale. Cette dernière pourrait être basée sur les droits de tirage spéciaux existants (DTS) ou évoluer vers une réserve mondiale. L'émission de DTS serait contracyclique, particulièrement pour faciliter le financement de pays en développement face aux chocs du commerce extérieur ou de balance des capitaux. Ce financement serait fourni par le FMI et/ou par des banques de développement multilatérales, financées par leurs fonds propres ou par des titres de ces institutions qui pourraient être achetés par le FMI avec l'émission de DTS. Le FMI pourrait aussi avoir pour objectif notable de soutenir les pays en développement dans la gestion contracyclique de leurs balances des capitaux - c'est-à-dire éviter les entrées excessives de capitaux pendant les booms et les sorties pendant les crises, notamment par le recours actif aux réglementations des balances de capitaux - et, si nécessaire, les aider à réduire et ou restructurer leur dette.

4. Garantir un "espace" pour les politiques dans les règles et pratiques de l'OMC et du FMI

La coopération internationale devrait se donner pour but le soutien au développement national et aux objectifs de sécurité sociale. Il faudrait permettre aux pays concernés d'adopter les politiques commerciales et industrielles nécessaires à l'accélération de la diversification économique, notamment celles qui ne sont pas admises par les règles actuelles de l'OMC (subventions, conditions de contenu local, exceptions aux droits sur la propriété intellectuelle), et de faciliter les taxes et autres mesures destinées à promouvoir les politiques de sécurité sociale. Il s'agirait aussi de soutenir activement les pays en développement dans leur effort d'adoption de politiques macroéconomiques contracycliques et orientées vers la croissance.

5. Créer un conseil économique et social fort à l'Onu

Un conseil fort de l'Onu devrait être chargé de la coordination des politiques sociales et économiques (et peut-être environnementales) mondiales ; d'identifier et de combler les lacunes de la coopération mondiale (comme l'absence d'un tribunal international d'arbitrage de la dette ou d'autorité antitrust) ; et d'augmenter la responsabilité des institutions spécialisées dans les objectifs mondiaux. Ce conseil réunirait les dirigeants des Etats tous les ans, et constituerait ainsi une version vraiment représentative du G20. Tous les pays seraient représentés sur une base locale plutôt qu'individuelle, déterminée par une mesure appropriée de leur "poids" dans l'économie mondiale. Ce conseil ne remplacerait cependant pas les organismes dirigeants des agences spécialisées dans leurs domaines de compétences spécifiques.

José Antonio Ocampo

Article traduit par Bérengère Viennot

Image de Une: Au siège des Nations Unies, Reuters.

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