Mon prof de français s’appelle Booba
Et si on apprenait les figures de style avec le rappeur?
- Booba © Universalmusic -
Sur Booba, le rappeur qui a sorti le 22 novembre 2010 Lunatic, son 5e album (et dont Dailymotion diffuse ce 7 mars le nouveau clip, Saddam Hauts d’Seine), tout a été dit.
Sa jeunesse à Boulbi (Boulogne-Billancourt) dans le 92, ses premières armes au sein du groupe Lunatic, puis sa carrière solo. Celui qui s’appelle Elie Yaffa dans le civil enchaîne les succès depuis une décennie. Pour tout connaître du rappeur, on peut lire par exemple le bon dossier paru dans le dernier Snatch. Insupportable incarnation d’un gangsta rap à la française, vantard et violent pour certains, génie littéraire pour d’autres, comme pour l’écrivain Thomas Ravier qui lui a consacré un article dans la prestigieuse Nouvelle revue française en 2003. Pour Ravier, Booba n’est rien de moins que le nouveau Céline.
Effectivement, mis de côté la misogynie, l’égocentrisme, la vulgarité crasse, les tatouages et tout le folklore que Booba a créé autour de lui, il reste un réel talent d’écriture. Figures de style, de construction, jeux sonores... Booba boxe dans toutes les catégories de la langue française. Au point que pour illustrer leurs cours, les profs de français au lycée pourraient tout aussi bien utiliser B2O que Baudelaire. Après tout, voilà qui parlerait peut-être plus aux élèves et qui valoriserait davantage la matière en montrant que la langue française est bien vivante. Démonstration, extraits de chansons à l’appui.
Les figures de l'analogie
On retrouve ici tous les procédés qui rapprochent deux réalités pour créer un effet. Comme chez beaucoup d’autres artistes de rap, la comparaison domine clairement dans l’oeuvre de Booba, procédé ô combien utile pour créer des punchlines, les rimes percutantes dont se délectent les rappeurs. Mais on trouve aussi des exemples de métaphores, voire de métagores, un terme créé par Ravier à propos de Booba pour décrire «des rapprochements qui n'ont pas lieu d'être et immédiatement, une apparition, vénéneuse, rétinienne, brusque, brutale, impossible à se retirer de la tête. Je croyais mettre un disque, j'ai ouvert un album photo, un livre de chair, de son, verbe en sang, une boîte de Pandore». Une allégorie salace et un lot de personnifications, où on notera qu’elles concernent pratiquement toujours le rap de l’auteur.
La comparaison
Muet comme un rat mort
(Boulbi)
Pour l'instant je suis violet comme un billet de 500
(Foetus)
J'peux finir au tar-mi comme le célèbre Cheb Mami
(Garcimore)
Plein d'haine comme les rayures sur ma portière
(Salade Tomate Oignons)
La métaphore
J’ai des piranhas dans le bocal
(Tallac)
Ma jeunesse a la couleur des trains
(Ma définition)
Dans le rap j'écris et produis, j'suis chauffeur,
livreur
(Numero 10)
J'suis trop en avance pour leur demander l'heure
(Pitbull)
Et la métaphore filée
Tu traînes en meute, deviens loup de la ville
(Illegal)
Lyrics déférés au parquet, j’suis en concert au dépôt
(Tallac)
Tu fais le loup, le chien, tu aboies je fais la Lune
(Rat des Villes)
Depuis les chaînes et les bateaux j’rame,
T’inquiète, aucune marque de l’dos man, j’les ai dans
l’crâne.
(Le bitume avec une plume)
J'ai du calcaire dans les artères
Un coeur de pierre
(Garde la pêche)
L'allégorie
Quand j’vois la France les jambes écartées j’l’encule
sans huile
(Le bitume avec une plume)
La personnification
Le rap s’est fait goumer
(Ecoute bien)
J’ai la rétine assassine
(Le bitume avec une plume)
Mon rap prend de la protéine, soulève v'là les
haltères
(Le Duc de Boulogne)
Même si mes paroles ont les menottes, sont plaquées au
sol
(Numéro 10)
Les figures de la substitution
Comme leur nom l’indique, il s’agit ici de désigner une réalité par une autre. Dans le cas de la métonymie, c’est une relation logique (la plume pour l’écrivain) alors que la synecdoque, qui, nous dit Le Robert, «consiste à prendre le plus pour le moins, la matière pour l'objet, l'espèce pour le genre, la partie pour le tout, le singulier pour le pluriel ou inversement (ex. les mortels pour les hommes; un fer pour une épée; une voile pour un navire)», exige un rapport d’inclusion ou de dépendance. Quant à la périphrase, il s’agit de décrire une réalité de manière alambiquée ou détournée, comme dire «la vente de substances bizarres» plutôt que «le deal».
La métonymie
Je suis le bitume avec une plume
(Le bitume avec une plume)
La synecdoque
Nos terres sont pétroles et rubis (...)
Casquette baissée dans mon auto parce qu’ils
contrôlent, accusent à tort mon logo, les joueurs de polo, les alligators
(Ecoute bien)
La périphrase
J'suis condamné au mic à la vente de substances
bizarres
(Boubli)
Les figures de l'opposition
Il s’agit ici d’associer des termes contradictoires pour jouer du contraste. Booba raffole ainsi de l’antithèse, particulièrement percutante. On trouve aussi un chiasme («blanc bonnet et bonnet blanc»), c’est-à-dire une construction de type ABBA, dans la magistrale Double Poney, où A serait la pauvreté et B l’opulence. Enfin l’oxymore, où on accole des termes contraires, comme dans «obscure clarté». Chez Booba, on «crie tout bas».
L'antithèse
Bleus sont les gyros, rouges sont mes yeux
(Illégal)
Non à l'ANPE, oui à la débauche
(0.9)
Tu penses à sortir un album, je pense à arrêter l'rap
(La vie en rouge)
La vie d'un homme, la mort d'un enfant
(Pitbull)
Des bancs de la school au port de la cagoule,
Des crayons de couleurs aux uzis mitrailleurs,
Flash back! Du landeau à la Maybach,
Du premier esclave au premier président black.
(Foetus)
Le chiasme
Tu t'fais des casse-croûtes j'me fais des restos
J’envoie des diamants à ma go t’envoies des textos
(Double Poney)
L'oxymore
Quand j’arrive ils crient tous tout bas «Booba»
(On m’a dit)
Les figures de l'amplification
Chez un rappeur dans l’autocélébration permanente comme Booba, on trouve aussi foule de figures d’amplification. Ainsi des hyperboles du chanteur, qui ont souvent un effet comique par leur côté «hénaurme». De par la structure de refrain inhérente aux chansons, il est logique de retrouver des anaphores, où l’on répète un même ensemble de mots, comme dans le J’accuse de Zola. Quant à la paronomase, si le nom de cette figure fait peur, il s’agit simplement de rapprocher des mots comportant des sonorités semblables mais qui ont des sens différents.
L'hyperbole
Je fais des dons d'urine pour que la France entière se
désaltère
(Le Duc de Boulogne)
Sers-moi mon Jack dans un seau d’eau
(Salade Tomate Oignons)
à relier à
Mets-moi le Graal entre les mains j'me sers un verre
de sky
(Ouest-side)
Si je traîne en bas de chez toi je fais chuter le prix
de l’immobilier
(Boubli)
Mon uzi pèse une tonne, je ne viens que pour de
grosses sommes
(Double Poney)
L'anaphore
Sans diplôme sait dire que wesh wesh
Garde la pêche
T'as pas d' mandat t'est au hebs
Garde la pêche
Tu veux monter sur le ring
Garde la pêche
Tu veux faire un featuring
Garde la pêche
(Garde la pêche)
La gradation
Tu peux pas rivaliser, on va te dévaliser
Te déraciner, te décalciner
(Le Duc de Boulogne)
L'accumulation
Tout commence dans la cour de récréation
Malabar, Choco BN, sale noir, ma génération
(Pitbull)
La paronomase
Quiconque me défie peu se méfie
(Le météore)
Les figures de l'atténuation
Totalement l’inverse des précédentes, il s’agit ici de rendre moins forte une réalité par le style. Ce sont des figures que l’on retrouve moins dans l’oeuvre de Booba, mais en cherchant bien, on trouve. Ainsi la litote, où l’on déguise sa pensée pour lui donner d’autant plus de puissance (la plus célèbre sûrement est de Corneille: «Va, je ne te hais point»). Ici, «peu se méfie» s’apparente en fait à des représailles qu’on suppose particulièrement violentes. Les euphémismes les plus connus concernent la mort (dire «il est parti» pour «il est mort» par exempe). Pour en parler, Booba évoque pudiquement «le billard» sur lequel on reste.
La litote
Quiconque me défie peu se méfie
(Le météore)
L'euphémisme
Une spéciale dédicace à tous mes frères sur le billard
(La vie en rouge)
Figures de construction et de son
Pour finir ce long exposé, trois dernières figures de style de construction et de son. Le parallélisme, que l’on retrouve d’ailleurs dans des figures déjà évoquées telles que l’antiphrase ou d’une certaine manière le chiasme consiste, comme son nom l’indique, à construire une phrase ou un vers de manière parallèle. Les deux autres figures concernent le son, et sont fondamentales en matière de chanson. L’allitération, c’est la répétition de mêmes consonnes, l’assonance de voyelles. Évidemment, on en trouve énormément dans les chansons de Booba.
Le parallélisme
Enervé dans le 92 izi car fouetté dans le Mississipi
(A3)
L’allitération
Ramène-moi une p’tite pute, bête sans but, j’la ferai
crier du bout d’ma longue bite
(La lettre)
L’assonance
Les clochards vendent des copies de mon nouvel opus
Prennent le bus pour aller sucer, au marché aux puces
(Le Duc de Boulogne)
Etienne Quiqueré
(article mis à jour avec le nouveau clip diffusé par Dailymotion)
Mis à jour le 07/03/2011 à 18h29













































"mis de côté la misogynie, l’égocentrisme, la vulgarité crasse, les tatouages et tout le folklore" => ca fait déjà beaucoup non ? A trop vouloir en mettre sur les côtés, il ne reste plus grand chose au milieu...
Pour la mysoginie je vous renverrai vers "Mysoginie à part" de Brassens et vers Céline pour la vulgarité et l'égocentrisme...
Ça n'empêche personne de les considérer comme des génies aujourd'hui, quoiqu'ils avaient aussi été décriés à leur époque. Mais bon comme c'est de la chanson et de la littérature française plus "classique" et non pas du rap...
Et qu'ils avaient des choses à dire.
Booba lui n'a rien à dire, il n'aspire qu'à avoir de l'argent facile et des "putes" (sic)... voilà qui est profond.
Si vous voulez vous faire le défenseur du rap, ce n'est pas avec quelqu'un avec booba que vous serez pertinent...
Ce type est une honte, et le comparer à Baudelaire exprime bien à quel point nous vivons dans une ère de décadence.
Cela ne veut pas dire qu'on devrait batailler contre Booba. C'est vrai. Pourquoi vouloir que ses textes puissent éduquer nos enfants? Ce n'est que du rap, de l'esthétisme des mots, du rythme, une harmonie, des images. Ce n'est rien d'autre, ce n'est que de l'art, pas de la politique, ni un mode d'emploi de savoir-vivre. Du moins, pour le rap de Booba..
@Lamargelle: dire qu'il n'a pas de talent est une incompréhension totale.
Je me permets de rajouter humblement quelques lignes exquises:
J'repense à mon clan, Destin de vie, déclin, J'pense qu'à gruger Nique la justice, y'a qu'Dieu qui peut m'juger J'ai les joues pleines de textes, Ils sont souvent tristes [et J'marche sur des roses rouges Pas d'lyrics à l'eau de rose ("Mauvais Oeil", dans Mauvais Oeil de Lunatic)
J'suis pas né dans l'ghetto, J'suis né à l'hosto Loin des stups et des idées stupides Putain ce j'suis dev'nu Un crève l'oseille et l'shit adoucit le choc Grosse envie d'chèque Un parasite en chute libre sans parachute ("Civilisé", dans Mauvais Oeil)
Y'a la vie ses bons côtés, moi je suis sur l'autre berge [boy J'suis en écoute, à la FNAC et chez les RG ("Indépendant", dans Temps Mort)
Notons aussi que les images de Booba se retrouvent d'album en album, comme celle de l'arme cachée dans le pantalon
"J'ai la weed, le crack, le canon scié me gratte les genoux" dans l'Intro de la Mixtape Evolution "Y'a des skeuds des scuds dans mon cahier, hameçon, canon scié dans mon caleçon" dans "La Rue S'exprime" "Le froid du chrome sur la jambe, j'souffle le monde est flingué" dans "Hommes De L'ombre"
Mon ADSL a des ailes, mais j'déconnes si sec, que j'me déconnectes direct mec
:-P
"si t'as pas de raison de vivre...trouve une raison de crever"
Il suffit de voir son changement de style entre les freestyles générations des années 90 et le premier album de lunatic pour comprendre son positionnement.
C'est la même soupe que sexxion d'assault, la fouine et compagnie, un peu comme ce qu'est kyo au rock, un produit formaté pour toucher la masse, sans état d'âme.
Pour citer du bon rap fr, fabe, la cliqua , east , kery, sages po, la rumeur...
http://www.troc.com/fr/pid36-prid00610915100-porte-revolver-cuir.html
Allé peace Klu,
Casse dédi à toute la boucle
De la punchline racailleuse à 2 balles perso ça ne me transcende pas, c'est le niveau zéro du rap pour gamins du 16eme qui veulent se donner des frissons.
Enfin, libre à chacun d'écouter du rap de mytho et de glorifier le mythe de la racaille, pour les autres il y du rap avec un vrai message et avec du talent, comme fabe et cie en france , ou native tongues par ex de l'autre coté de l'atlantique (tribe called quest, de la soul, bush babes etc)
Mais Bravo à l'auteur ! Il m'a bien fait rire.
Quand je vois que ceux qui contestent le point de vue cet article, te sortent Kery James .. qui n'a aucune phase complexe dans ses textes, et ce n'est pas non plus un très bon "Storyteller".
Ideal J a des classiques. Kery James ? ... Les messages de Kery James, sont "tièdes", rien de très constructif "il faut travailler, on peut s'en sortir, aucune analyse poussé de la situation, rien que l'on ne sait pas déjà"
De plus je te rappelle que Baudelaire a été traîné en justice pour "Les fleurs du mal" (enseigné aujourd'hui au lycée) et qu'au cours de son procès, le procureur général Pinard n'a fait que dresser une liste suggestive de passages isolés, les plus outrageants bien sûr, afin de montrer à quelle point l'offense à la morale publique et religieuse était omniprésente dans ce livre. Tu aurais donc à coup sûr accusé Baudelaire à l'époque, sauf que l'eau à coulé sous les ponts depuis 1857 en terme de moral et de bienséance... A moins que ce soit de cette lente décadence morale là dont tu parles? De fait ce procédé me rappelle grandement les critiques émises à l'encontre de notre rappeur, par des personnes qui ne connaissent que trop mal son oeuvre ou qui ne l'ont que parcourue en surface.
@ Undersound et @ Lamargelle: le vulgaire n'a jamais tué en art, et l'absence de mots vulgaires ne prime pas le cru, pour preuve Rimbaud parlant de sodomie:
Obscur et froncé comme un oeillet violet Il respire, humblement tapi parmi la mousse Humide encor d’amour qui suit la rampe douce Des fesses blanches jusqu’au bord de son ourlet. Des filaments pareils à des larmes de lait Ont pleuré, sous l’autant cruel qui les repousse, A travers de petits caillots de marne rousse Pour s’aller perdre où la pente les appelait. Mon rêve s’aboucha souvent à sa ventouse ; Mon âme, du coït matériel jalouse, En fit son larmier fauve et son nid de sanglots. C’est l’olive pâmée, et la flûte câline, Le tube d’où descend la céleste praline, Chanaan féminin dans les moiteurs enclos.
De même Baudelaire, en parlant de la Belgique, n'a rien a envier à notre ami Elie Yaffa en termes de mysoginie et de vulgarité dans son oeuvre inachevée "Pauvre Belgique" à qui il attribua l'épitaphe "Enfin!":
"La puanteur des femmes. Anecdotes. Obscénité des dames belges. Anecdotes de latrines et de coins de rue"
"Quant à l’amour, en référer aux ordures des anciens peintres flamands. Amours de sexagénaires. Ce peuple n’a pas changé, et les peintres flamands sont encore vrais"
"Ici, il y a des femelles. Il n’y a pas de femmes" "Il est difficile d’assigner une place au Belge dans l’échelle des êtres. Cependant on peut affirmer qu’il doit être classé entre le singe et le mollusque. Il y a de la place"
"A quel échelon de l’espèce humaine ou de l’espèce simiesque placer un Belge?" "Un cadavre de peuple. Un cadavre bavard, créé par la diplomatie"
Et le magique: "La Belgique est un bâton merdeux ; c’est là surtout ce qui crée son inviolabilité. Ne touchez pas à la Belgique!"
C'est pas aussi joli joli que l'albatros... Mais bon ils ont du talent hein? Vous avez donc la mémoire courte, vous jugez les artistes contemporains par rapport aux textes classiques qu'on nous a présenté comme référents, tout en négligeant le reste de leurs oeuvres.
@ bennyBlanco Kery (que j'adore) n'a pas écrit que des "on n'est pas condamné à l'échec", avant ça y'a eu des "Pour une poignée de dollar" qui fait l'apologie du racket en le qualifiant de "mal par le mal", et son hardcore avec "deux pédés qui s'embrassent en plein Paris" (phase qu'il ne chante d'ailleurs plus), même s'il s'est repenti par la suite. Depuis quand le rap est il seulement une question de message? Booba n'a rien d'un rappeur conscient, il a son style, il saisit les clichés, enchaîne les images et les sublime. On peut considérer ça comme une succession de punchlines racailleuses certes, mais comme le dit Objecteur, je pense que Temps Mort met tout le monde d'accord et que peu nombreux sont les rappeurs qui ont réussi à en enchaîner autant sur un LP.
Ensuite Booba est tout sauf mytho, en admettant que ce qu'il raconte est de la fiction, il n'a jamais prétendu être autre chose qu'un rappeur bling bling et vaniteux, il le clame haut et fort: "Tricher pour être riche avant 30 piges" dans la chanson "Temps Mort". A moins qu'on ne reprenne l'argument de ceux qui disent que "Sale pute" d'Orelsan est une incitation à l'avortement de sa copine à l'opinel. Booba n'est clairement pas un exemple ou un modèle loin de là, mais il n'oblige personne à le prendre au mot, il l'explique dans "On m'a dit" dans Temps Mort: "On m'a dit d'changer des mots pour pas qu'les petits m'suivent/Pas grâce à moi qu'ils pensent à Tony devant leurs petits suisses"
Enfin pour ce qui est de l'argument du frisson du XVIème, tu n'as pas du aller à un concert de Kery James ou de Médine depuis un bout de temps... De plus en musique l'important selon moi c'est le frisson tout court, peu importe d'où il vient, et encore plus pour une musique qui a tant gagné à se faire accepter de toutes les classes sociales.
Peace
Bien sur que Kery a fait des morceaux racailleux, une poignée de dollars sur le combat continue, show bizness sur original mcs... Le rap est par essence une musique de rue, il y aura toujours un coté dur.
Mais sur un album d'idéal, a coté d'un morceau comme une poignée de dollars tu as "évitez" , "un nuage de fumée" etc...
Bien sur que booba a du talent, il a du flow personne ne peut le nier.
Mais il a autant de succès car il donne au public du rap fr ce qu'ils attendent : un rap racailleux.
Il ferait des albums avec son flow mais sans faire le thug, tout le monde s'en foutrait. Les gamins kiffent écouter du booba et se dire que c'est trop vener, et c'est pour ça que ça marche.
Et maintenant quel constat?
Un rap fr bas du front. Une génération de jeunes qui n'ont pour l'immense majorité aucune culture hip hop. Ils écoutent du booba ou du sexxion d'assault et trouvent que ça déchire. Tu leur met un pharcyde, un tribe, ils trouvent ça nul.
Pas la peine de faire des rimes sur une krylon, plus personne ne connait, il faut faire la racaille et parler de sum ou de coke.
Dans les années 90, il y avait une âme dans le rap, et du succès pour des albums bien écrits. que donnerait opera puccino s'il sortait cette année? Surement pas grand chose, pas assez mytho.
Bref il y avait une bonne vibe à l'époque, des morceaux sans se prendre au sérieux comme le freaky flow de daddy lord c, kick frime avec mes nikes de busta ,la magie du tiroir, moda et dan, etc...
Le rap prenait à une époque une bonne direction , couplé à du jazz, de la funk, avec une énergie globalement positive.
Avec son accès à un large public il a fait machine arrière.
Ses icônes sont maintenant booba et 50 cents, Fabe a arrêté sa carrière, et le père de jazzmatazz est mort.
triste constat.
C'est toujours plus intéressant de remettre les textes dans leurs contextes historiques/sociologiques, on voit tout de suite les choses différemment.
Malheureusement les médias manquent de "KALUS". Seuls les Olivier Cachin et Mouloud (c'est bien maigre je le reconnais) se prêtent parfois à l'exercice...
Excellent!
Dites vous justes que si vous ne savez pas pourquoi Booba est on top of the World, et bein ça vous dépasse juste admettez et vénérez le savois faire!!! -------------Cordialement-------------
Je trouve qu'il y en a un qui a bien aligné Booba, c'est Mc Jean Gabin. Au point que celui-ci lui a même offert une réponse (très classe de sa part).
Les paroles pour ceux qui ne connaissent pas: " Booba, Booba, mon petit ourson " Et nique sa mère la ré-insertion , même pas renois même pas rabza, Juste une jaune d’oeuf mal cé-ca, Propre gun, pareil c’est pas top gun, Moi aussi j’écoute Polnarref, ououououou, dans mes chiottes, J’ai pé-cho ton pote, et j’baise sur du Gilbert Bécaut, P‘tain quel rime de batard , mais, c’est qui qui jappe comme ça, Eh, plutôt timide pour un pitt, un epagneul sorti tout droit de la S.P.A, Eh, t’aurais blazé le Mick Bacardi, ça t’aurais pas titi, tu tape une coup à gauche, un coup à droite, ... Joue les cake, joue les "oneagain", joue les cons, j’reste concret, directe c’est la guerre, Joue les braves, joue celui qui sait, ah mais t’en met, la vérité sur toi, moi j’la connais.
...
Et pour les pseudo indépendants, tous signé en maison de skeud, S.H.E.R.Y.O, rap d’immigrés à bandots, tu defie p’t’être X-Or , c’qui fera pas de toi un cador, King de la récupe et sans répute, la révolution c’est Virgin, le pognon, On sait même pas si c’est un râteau ou un cageot, eh tu te prends pour le nombril du monde, Alors que t’en ai que le trou du cul, continue l’impro, tellement de trou de balle qui parlent de rue, À croire qu’c’est tous des S.D.F, mais y’en a pas Bezef, en bref, Mc Jean Gab’1, n’est pas une putain, retiens le bien, j’te l’avais dis ma gueule, tin-tin-tin.
---> Mc Jean Gab’1: "Jt'emmerde"
Bon d'accord ça y va carrément fort, mais c'est aussi ça le rap (agressif parfois).
-------Cordialement-------
Ces critiques sont selon moi bien faibles et n'enlèvent en rien le fait que le vulgaire et le cru sont objet de représentation artistique. Donc ce n'est pas la différence entre j'tencule et j'aime t'enculer, ni entre sodomiser et enculer, faire une belle ligne dépend juste de comment tu le dis et dans quel cadre tu le dis. C'est pour ça que pour apprécier les punchlines de Booba, il ne suffit pas de les énumérer en les sortant de leurs chansons, il faut comprendre son univers, pour comprendre son univers il faut l'écouter en profondeur et ne pas s'arrêter à l'image que les médias, ou que lui même renvoit de lui. Gainsbourg a été vomi par certains pour son côté Gainsbarre lorsqu'il a brulé un billet de 500 francs ou traité Whitney Houston de pute, ou d'autres qui détestaient son phrasé, pour autant il a écrit des lignes magnifiques.
De même il me semble trop facile de comparer son rap à la jurisprudence "old school", je respecte énormément La Cliqua, Busta, Deenasty et la Scred... Mais bon de la même manière que les 98-ards sont aujourd'hui nostalgiques de cette époque et crachent sur le rap actuel, souvenons nous que même les anciens du terrain vague de la chapelle version année 80 crachaient sur la jeune génération qui a suivi lui reprochant de faire du rap trop dark et pas assez dansant, trop gangster dealeur et pas assez peace love unity and having fun... Donc bon le temps passe, les générations aussi... L'éternelle querelle des anciens et des modernes. Pour juger l'art il faut juste prendre de la hauteur et se sortir des époques et de leurs préjugés.
De plus Booba recoupe toutes ces époques depuis son rôle de danseur dans La Cliqua et son feat sur Cash Flow avec les Sages Po', jusqu'à aujourd'hui. Il dit qu'il fait ce qui lui plait, mais bon je reconnais que c'est avant tout un businessman vénal, pas de soucis là dessus. Mais reconnaissons lui cette capacité à toujours faire du son de son époque, voire même avec un temps d'avance. En comparaison Gainsbourg est tout de même passé du Jazz, au Rock, puis au Reggae et enfin au R&B (au sens strict) avec "Love on the beat" et "You're under arrest", non sans mécontenter des fans. Booba n'a justement pas de créneau, il vend plus que n'importe quel chanteur de variété française, on ne peut donc pas parler de niche.
Après ton argument sur la légitimité, je ne l'ai pas trop compris... Tu dis qu'il doit la trouver en lui même, et juste après que ça tombe sous le sens qu'il n'en a pas. Tu parles de street credibility? Rien à voir avec la légitimité artistique, perso je pense que la légitimité artistique vient à partir du moment où des gens écrivent des essais littéraires sur toi. Ça a déjà été le cas avec Booba dans la NRF (qui n'est quand même pas une petite revue littéraire http://fr.wikipedia.org/wiki/La_Nouvelle_Revue_française) comme le précise l'article ci-dessus, après je ne sais pas si tu as pris le temps de le lire (dispo ici en version intégrale http://haterz.fr/2010/05/booba-dans-la-nouvelle-revue-francaise/). C'est pour l'instant le seul rappeur qui a été l'objet d'un article exclusif. D'autres ont été cités dans des ouvrages comme "Pour une analyse textuelle du rap français" par exemple. Alors peut être que c'est une erreur ou un manque pour toi, de mon point de vue ça viendra avec le temps et l'avènement d'étudiants en lettres qui auront grandis avec ces autres artistes et leur mystique. Sinon libre à toi de prendre la plume aujourd'hui, pour autant B2O reste le seul à ce jour.
Si Booba dépeint la rue avec talent, c'est justement parce qu'à mon avis il n'en fait pas totalement partie et qu'il a suffisamment de distance pour la décrire à précision sans être aveuglé par elle. Après dans ses textes rien ne l'empêche d'utiliser le "je" et de faire comme si c'est lui qui y était. La faiblesse de la critique de la plupart des gens réside ici à mon sens, ceux qui l'écoutent jugent l'homme et la posture morale qu'il renvoit à travers ses textes, or on parle ici d'un artiste qui ne fait qu'un exercice de style poétique, pas une profession de foi.
si je reconnais un talent à Booba pour manier le signifiant, la forme de la langue comme le décrit l'article de Slate.fr ou l'article de la NRF, ce qui en fait donc un poète en puissance, je trouve ta comparaison avec Baudelaire et Rimbaud bien exagérée et infondée. Baudelaire, encore plus que Rimbaud (bien que ma préférence esthétique aille au second) a marqué l'histoire de l'art en libérant l'esthétique du XIXe siècle. Baudelaire était un critique d'art, il avait une vision sur l'art, de même que Rimbaud avait saisi étonnamment tôt son époque à travers les lettres du Voyant.
La vraie question qui se pose, c'est donc est-ce que Booba a cette capacité intellectuelle à s'élever pour réinventer notre momentum artistique? Personnellement, je ne pense pas... Booba est un artisan du verbe contemporain talentueux, mais ce n'est pas un Artiste qui marquera notre temps.
Ceci dit, je reconnais également qu'il y a aussi de bonnes trouvailles. "Si je traîne en bas de chez toi je fais chuter le prix de l’immobilier" est très drôle. "J’ai des piranhas dans le bocal" est une excellente image, très amusante et très inventive. "Muet comme un rat mort" est cocasse.
Comme toujours dans quelques années on le ressortira et on le placera au panthéon! Comme on a exhumé le Steak à point de Mr Oizo qui avait été carbonisé au moment de sa sortie et qui tout a coup devient culte à la sortie de Rubber. On passe de l'imbécile au chef d'œuvre et Booba si il n'est pas le premier ne sera pas le dernier! Ce qui me chagrine quand même c'est qu'on soit incapable de voire (et d'écouter en l'occurence) toute l'ironie, le cynisme et la fragilité d'un type comme Booba. Ce qu'il représente c'est un monde en chute libre qui en prend conscience. Un monde de porcs gisant dans le pèze. Puisqu'on y va autant y aller vite!
Il serait pour le coup assez vain d'extirper punchline après punchline pour prouver le bien fondé d'un artiste. Rien ne serait plus réducteur que de citer Celine, citer Cantat, ou encore extraire Kubrick. Etudier l'œuvre voilà qui donnerait un de grain à moudre à nos chères petites têtes embrumées.