La bravache attitude de Nicolas Sarkozy
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Nicolas Sarkozy aime la castagne. «Descends si t’es un homme!» Non sans courage physique, il se porte poitrine en avant, cherchant l’affrontement. Quitte, ensuite, bizarrement, à accepter des compromis qui ne lui donnent pas l’avantage. Chez lui le plaisir de la lutte compte plus que celui du gain final. Toutes ses réformes doivent être vues comme au théâtre shakespearien: beaucoup de bruit pour rien.
Shakespeare, Londres, le G20: le président français a multiplié les déclarations menaçantes sur le thème «des résultats ou je m’en vais!» Pour faire face à la crise et «refonder» le capitalisme, il avait lancé l’initiative l’an dernier d’une réunion des grandes puissances économiques élargies du G7 au G20 à Washington. Qu’il ne veuille pas que le fruit d’un «sauvetage» du monde lui échappe au profit de Barack Obama et de Gordon Brown et qu’il montre les dents en conséquence est très compréhensible. Après tout, une réponse multilatérale à une crise mondiale est le bon niveau, Nicolas Sarkozy a eu raison.
Mais si le but est légitime, la solution sarkozienne ne l’est pas. «Obtenir des résultats»? Mais le président français n’est pas seul à le vouloir, mais des résultats sur quoi exactement? Le G20 est coupé en deux camps entre d’un côté, le FMI, les Américains, les Japonais, les Chinois, les Indiens, qui estiment que les pays doivent relancer plus fortement leurs économies et de l’autre les Européens continentaux, qui disent en avoir fait assez et qui pensent sans l’avouer que c’est aux Américains de payer pour cette crise d’origine américaine.
Le débat est très simple en vérité: le consommateur américain en s’endettant était le moteur de l’économie mondiale, il rembourse désormais des dettes. Il ne peut être remplacé que par l’ensemble des autres consommateurs du monde entier, et donc à commencer par ceux des pays qui ont des excédents, excédents qui signifient que leurs ménages ne dépensent pas assez. Voilà la voie, et la seule, du rétablissement d’une économie mondiale durable équilibrée: que Chine, Japon et Allemagne, les pays en excédents, dépensent plus! Comme les ménages ne peuvent s’y mettre du jour au lendemain, c’est aux gouvernements de ces pays d’ouvrir leurs caisses pour accélérer les dépenses publiques.
Faute de quoi, la crise s’aggrave, comme les statistiques de la Banque mondiale et de l’OCDE viennent de le prouver, et elle va perdurer au-delà de 2010. La chute des productions pourrait certes s’arrêter l’an prochain mais la reprise, en souffrance d’une demande mondiale suffisante, restera sous le «potentiel» ce qui signifie concrètement que le chômage va continuer de grossir pendant trois ou cinq ans.
La France est déficitaire, elle aurait tout intérêt à rallier le camp américain et à faire pression sur l’Allemagne. Or, curieusement, le président Sarkozy qui n’a cessé de se disputer avec Angela Merkel depuis son arrivée à l’Elysée, vient se ranger derrière elle au moment où elle a tort! L’axe franco-allemand est reconstitué mais sur une cause mal défendable. Mme Merkel refuse-t-elle de relancer plus? Alors une solution s’imposait: passer au fédéralisme budgétaire européen! Obtenir des 27 une grande relance globale pour éviter que les pays pris isolément se voient punis par les marchés financiers.
La crise en offrait l’occasion tant attendue par les Français depuis Maastricht. Et bien non, notre président, qui était si anti-orthodoxe, si anti-Francfort avant cette crise est devenu orthodoxe lorsqu’elle est arrivée! Même son conseiller Henri Guaino tient aujourd’hui des discours que les Allemands ne renieraient pas.
Nicolas Sarkozy double cette erreur de fond en épousant l’autre combat allemand : contre le Luxembourg et la Suisse. Tous les Allemands ont des comptes dans ces pays, ce qui coûte très cher au fisc germanique. D’où un combat très ancien. Le couple Paris-Berlin se reconstitue donc pour dénoncer les paradis fiscaux qui sont certes, des verrues sur la morale, qui sont coûteuses pour les budgets, qui sont un problème réel et sérieux, mais qui n’ont que bien peu à voir avec la crise et la récession qui s’aggrave. C’est l’occasion de traiter ce problème, dit-on? Peut être mais à condition de ne pas se focaliser sur ce seul combat et d’y aller bravache: «on supprime les paradis fiscaux ou je m’en vais!».
Sauf si c’est le moyen de détourner l’attention du vrai sujet: l’inexistence d’un fédéralisme européen capable de répondre de façon autonome à la crise et le recollage de l’axe franco-allemand dans le seul intérêt allemand.
Eric Le Boucher
Photo : Nicolas Sarkozy au sommet de l'OTAN à Bucarest en 2007. Reuters / Mihai Barbu
Mis à jour le 01/04/2009 à 18h31







































Taper sur le Luxembourg et la Suisse, quand l'allemagne et la France vont tant avoir besoin d'eux (de leur poches pleines) pour soutenir leurs déficits ce n'est pas trés malin....A mon avis qu'ils se préparent à un retour de baton, et quelques "nervous breakdown" (dernier sujet à la mode dans les couloirs des banques Suisse)
Mais c'est ça qui lui fait du bien, ça dois soulager son ego de président bafoué.
Quand aux anglais qui sont historiquement les meilleurs pour faire payer les autres de leurs erreurs ils seront les premiers à laisser couler leur monnaie, à suivre, j'en prends le pari. Ca promets de belles heures pour les cambistes, ils salivent déjà de la prochaine bagarre. Et ensuite on dira encore que les banquiers s'en mettent plein les poches, en fait la morale de cette histoire c'est que tous ces banquiers licenciés il y a 6 mois retrouveront probablement tous du travail avant les licenciés de Clairvoix qui ne sont pas encore licenciés. A méditer ou est l'erreur.
A vous lire notre président serait non seulement bravache mais un peu demeuré. Manifestement d'après vous il n'y comprend pas grand chose, prend justement les mauvaises décisions, au mauvais moment, sauf quelques unes, par inadvertance sans doute. Son entourage, ministres comme sherpas et autres égarés des services qui doivent le conseiller ou lui expliquer sont, soit dans la même inintelligence, soit incapables de se faire comprendre de leur (notre) président.
Pourtant vous nous expliquez les choses avec tellement d'assurance qu'on se demande pourquoi il n'y aurait pas unanimité dans les analyses et les conclusions pour l'action. Si on voit les conclusions de Jacques Attali résumant en quatre lettres son attente du G2O : rien, on pourrait avoir l'impression que ce n'est pas si simple que ça, bravache ou bravitudes mobilisés ou non. Si on lit un peu à droite ou à gauche quelques experts ça se corse.
Alors là j'ai un doute. A quoi sert donc cette focalisation sur la "bravache attitude" du président? Ne serait-ce pas comme un déplacement du sujet? Mais quel est le sujet? Traiter la crise ou maltraiter Nicolas Sarkozy le Président de la République Française?
de nul en économie : vous dites d'un côté que deux camps s'opposent : les USA, une partie de l'Asie et le FMI d'une part et les européens continentaux qui pensent que les américains doivent payer leurs dettes d'autre part. Et d'un autre côté il serait étonnant que la France (NS) soutienne l'Allemagne dans sa politique de rigueur alors qu'elle est excédentaire. Comment la France peut-elle se désolidariser du bloc européen continental ? en rejoignant le bloc anglo-américain ? Est-ce si simple ?
déclarations outrancières ? contraint de battre en retraite et de faire profil bas pour ne point se faire battre la coulpe,
imposer ses exigences pour imposer son activisme cocardier et volubile contre toutes formes de diplomatie pour " moraliser et sauver le capitalisme "
les méthodes ne sont pas en phase avec les ambitions, on impose pas par la force ou par le reniement des mesures qui nous semblent raisonnables et correspondre aux attentes de tous et toutes
ou bien on déclare ouvertement que l'on considère nos futurs interlocuteurs comme obtus et de mauvaise volonté, ou de mauvaise foi
tout ce qui est excessif est insignifiant, nicolas sarkozy ne cesse de vrombir des mécaniques pour attirer l'attention et ne récolte que moqueries équivalentes à sa contreproductivité, n'est-ce pas la le paradoxe d'une volonté demesurée ne s'accordant pas aux moyens de ses ambitions.
la stratégie économique de l'europe au sein du g20, face aux états-unis ainsi que des autres pays semble malheureusement tellement secondaire tel que votre analyse en témoigne, lors que de telles méthodes d'intimidation prennent le devant de la scène inversement à une méthode diplomatique transparente et raisonnable. il revendique ne pas souhaiter s'en prendre à des boucs émissaires et déclare vouloir controler les traders et les paradis fiscaux tout en sachant pertinemment que en mettant la pression de cette façon pour affronter un tournant " historique " de la mondialisation il n'obtiendra pas ce qu'il souhaite pour se hisser comme réformateur et moralisateur du capitalisme mondial lors même que la nomination d'un des ses proches est débattue en justice au mépris de la déontologie.
je crains que nous assistions malheureusement à une perte de repêres dangeureuse de la part de notre chef de l'état, face à des questons d'enjeux internationaux cruciaux dont il serait préférable d'afficher une posture responsable et raisonnée que de contribuer à plastronner de manière futile et inconséquente.
Comme beaucoup de commentateurs politiques, vous faites, vous aussi, mention du courage physique de N. Sarkozy. Très sincèrement je crois que cette qualité qui lui est régulièrement attribuée depuis l'épisode "human bomber" de l'école de Neuilly est totatlement inadéquate. Pour l'avoir souvent observé (sur écran) en déplacement, j'ai depuis longtemps remarqué que dès qu'un danger, même très minime apparait, il est ... le premier aux abris! Le moindre projectile à 100 mètres et déja il fait un écart, se planque derrière quelqu'un. En fait c'est pour moi un parfait faux dur: grande gueule avec les faibles ou ceux dont il sait qu'il n'a rien à redouter et toutou avec les vrais forts ou... les femmes! Son "terrorisme" sur ses collaborateurs et employés de l'Elysée en est une autre manisfestation. Facile de faire le matamore quand personne ne peut répondre.... mais de là à retourner chez Mittal ou à se rendre en Guadeloupe, il y a des pas que sa "bravitude" lui interdit!
Même analyse pour les paradis fiscaux: pas un mot de N. Sarkozy sur les USA et les Anglais dont chacun sait que leurs entreprises ont fait un usage immodéré des paradis fiscaux pour se donner des "avantages compétitifs" par rapports à leurs concurents. Comme ni le Luxembourg ni le Lichtenstein n'ont la dissuation nucléaire, alors il se "lache" sur des faire-valoir un peu faciles.
Enfin, et sans vouloir vous paraître me prendre pour plus que je ne suis, il est une dimension de la méthode anglo-saxonne que vous omettez totalement: leurs discours (aux anglais comme aux américains) sont UNIQUEMENT à l'intention des autres. Leurs actes, eux, sont TOUJOURS dans le seul et unique intérêt de leur portefeuille! Et, généralement, très opposés à leurs discours. Perfide Albion et hypocrisie religieuse (ou tartufferie, au choix) sont 2 paramètres que nous, continentaux, oublions un peu trop facilement quand nous discutons/négocions avec ces gens là. Et leurs vrais desseins sont FORCEMENT autres que ceux affichés!
D'où le danger à s'arrèter à la surface des choses....
la France "clamera la victoire"
«France is likely to be one of the nations best able to claim victory when the summit ends on Thursday, suggesting that Nicolas Sarkozy will not have to make good on his threat to walk away from the negotiating table if his demands are not met.
Christine Lagarde, the French finance minister, said on Tuesday that the president had been “very clear”. “He said, ‘If the deliverables aren’t there, I won’t sign the communiqué.’ It means walking away. I think he’s very determined.” Mr Sarkozy reportedly told his cabinet on Monday there would be “an empty chair” – a reference to Charles de Gaulle’s seven-month boycott of the European Economic Community in 1965 – if he was not satisfied. However, while mindful of his occasional unpredictability, officials and diplomats in Paris scoffed at the idea that Mr Sarkozy might walk off if he did not get his way. “Can you imagine Sarkozy storming out in London only to welcome many of the same people to Strasbourg the next day [for the Nato summit]?” said one official. “This is classic Sarko. It is his provocative thing.”
Mr Sarkozy spoke to Gordon Brown by phone on Monday. The UK premier's office said the exchange was “constructive and friendly”.
Diplomats said the French threat was a classic pre-summit negotiating technique. It would enable Mr Sarkozy to claim success for what was already likely to emerge. “They are right to keep up the heat but it is already a French victory,” said one. Mr Sarkozy claims paternity of the summit, having argued for it at the United Nations last September. He can claim that many of France’s arguments – and its central thesis that lightly regulated Anglo-US financial capitalism was inherently unstable – have won the day.»
http://www.ft.com/cms/s/0/ee26cd02-1e1d-11de-830b-00144feabdc0.html
j'ai vu l'interview de Lagarde sur la BBC et elle a réaffirmé que Sarkozy était déterminé à ne pas signer si les conditions franco-allemandes n'étaient pas acceptées.
Le Financial Times se trompe rarement. En essence, il n'y aura pas de chaise vide, car les autres devront faire des compromis.
Ce qui n'empêchera pas un stimulus général, car il est aussi déjà acquis.
Dans votre article, vous détaillez le choix utile et le choix "futile" de Nicolas Sarkozy à savoir suivre l'Allemagne plutôt que les Etats-Unis.
Selon votre démonstration, le choix du président de la république n'est pas le bon car il faut absolument de la consommation, paroles d'économistes aujourd'hui.
Mais, comment financer cette relance par la consommation avec une dette colossale, 1 Français sur 2 à peine qui paie l'impôt, une perte dans les exportations, un système social coûteux ?
Par l'emprunt ?
Nicolas Sarkozy est un pragmatique. Ne joue-t-il pas le jeu justement de faire semblant de dire non pour que économistes, opposition, FMI, Etats-Unis le poussent à mettre en place sur le trimestre à venir un plan de relance pour la consommation ?
Ainsi, ni un Bayrou, ni une Ségolène Royal ou une Martine Aubry , ni un DSK ne pourraient le critiquer sur les dettes à venir!
Quel intérêt aurait-il à s'entêter ?i
J'avais un doute exprimé plus haut pour savoir si l'article traitait de la crise ou visait seulement à maltraiter Nicolas Sarkozy. Le succès largement reconnu du G20 en tant que tournant mondial rend plus que suspects les mobiles de cette agressivité à priori. Le septicisme affiché ensuite est-il là pour masquer une erreur de jugement initiale ou pour manifester quelque désir caché. La noirceur des tableaux et le pessimisme affiché par des experts dont le discernement a quelque peu failli ne serait-il pas plus une manifestation de dépit que de conscience? Une violence fait au public en quelque sorte.
A propos des paradis fiscaux en CHINE. Il est évident que le compromis diplomatique, qui n'a pas cité Hong Kong et Macao dans la liste des paradis fiscaux, a permis :
1. de ménager la susceptibilité du gouvernement chinois et d'assurer le succès du G20
2. de répandre la légende : "l'ère du secret bancaire est révolue" (selon Gordon Brown et Nicolas Sarkozy).
Mais j'aimerais qu'on m'explique comment HONG KONG, par exemple, va pouvoir respecter les 'normes de l'OCDE' puisque cette "région administrative spéciale" n'a aucune convention fiscale avec quelque état que ce soit. Lorsque vous résidez à HK, vous êtes tenus de payer vos impôts - relativement modestes - à HK, quelle que soit l'origine de vos revenus, même si vous êtes fonctionnaire de l'Etat français (à moins de faire partie du Corps Diplomatique); en revanche, la plupart des entreprises multinationales s'arrangent pour ne déclarer qu'une partie des revenus de leurs cadres expatriés à HK, afin d'alléger leur imposition...
Bref, on est en pleine hypocrisie (le mot d'étymologie grecque veut dire "comédie"):
1. Le secret bancaire est toujours un pilier solide de la place financière de HONG KONG.
2. Je ne vois pas comment HONG KONG pourrait signer d'urgence des conventions fiscales avec tout le monde.
3. le discours sur la "fin du secret bancaire" ne sert qu'à amuser la galerie !
Dommage, mais ce n'est pas avec des bons sentiments qu'on fait de la bonne politique (pour paraphraser la célèbre formule d'André GIDE)!