France

La bravache attitude de Nicolas Sarkozy

Eric Le Boucher, mis à jour le 01.04.2009 à 18 h 31

Nicolas Sarkozy aime la castagne. «Descends si t’es un homme!» Non sans courage physique, il se porte poitrine en avant, cherchant l’affrontement. Quitte, ensuite, bizarrement, à accepter des compromis qui ne lui donnent pas l’avantage. Chez lui le plaisir de la lutte compte plus que celui du gain final. Toutes ses réformes doivent être vues comme au théâtre shakespearien: beaucoup de bruit pour rien.

Shakespeare, Londres, le G20: le président français a multiplié les déclarations menaçantes sur le thème «des résultats ou je m’en vais!» Pour faire face à la crise et «refonder» le capitalisme, il avait lancé l’initiative l’an dernier d’une réunion des grandes puissances économiques élargies du G7 au G20 à Washington. Qu’il ne veuille pas que le fruit d’un «sauvetage» du monde lui échappe au profit de Barack Obama et de Gordon Brown et qu’il montre les dents en conséquence est très compréhensible. Après tout, une réponse multilatérale à une crise mondiale est le bon niveau, Nicolas Sarkozy a eu raison.

Mais si le but est légitime, la solution sarkozienne ne l’est pas. «Obtenir des résultats»? Mais le président français n’est pas seul à le vouloir, mais des résultats sur quoi exactement? Le G20 est coupé en deux camps entre d’un côté, le FMI, les Américains, les Japonais, les Chinois, les Indiens, qui estiment que les pays doivent relancer plus fortement leurs économies et de l’autre les Européens continentaux, qui disent en avoir fait assez et qui pensent sans l’avouer que c’est aux Américains de payer pour cette crise d’origine américaine.

Le débat est très simple en vérité: le consommateur américain en s’endettant était le moteur de l’économie mondiale, il rembourse désormais des dettes. Il ne peut être remplacé que par l’ensemble des autres consommateurs du monde entier, et donc à commencer par ceux des pays qui ont des excédents, excédents qui signifient que leurs ménages ne dépensent pas assez. Voilà la voie, et la seule, du rétablissement d’une économie mondiale durable équilibrée: que Chine, Japon et Allemagne, les pays en excédents, dépensent plus! Comme les ménages ne peuvent s’y mettre du jour au lendemain, c’est aux gouvernements de ces pays d’ouvrir leurs caisses pour accélérer les dépenses publiques.

Faute de quoi, la crise s’aggrave, comme les statistiques de la Banque mondiale et de l’OCDE viennent de le prouver, et elle va perdurer au-delà de 2010. La chute des productions pourrait certes s’arrêter l’an prochain  mais la reprise, en souffrance d’une demande mondiale suffisante, restera sous le «potentiel» ce qui signifie concrètement que le chômage va continuer de grossir pendant trois ou cinq ans.

La France est déficitaire, elle aurait tout intérêt à rallier le camp américain et à faire pression sur l’Allemagne. Or, curieusement, le président Sarkozy qui n’a cessé de se disputer avec Angela Merkel depuis son arrivée à l’Elysée, vient se ranger derrière elle au moment où elle a tort! L’axe franco-allemand est reconstitué mais sur une cause mal défendable. Mme Merkel refuse-t-elle de relancer plus? Alors une solution s’imposait: passer au fédéralisme budgétaire européen! Obtenir des 27 une grande relance globale pour éviter que les pays pris isolément se voient punis par les marchés financiers.

La crise en offrait l’occasion tant attendue par les Français depuis Maastricht. Et bien non, notre président, qui était si anti-orthodoxe, si anti-Francfort avant cette crise est devenu orthodoxe lorsqu’elle est arrivée! Même son conseiller Henri Guaino tient aujourd’hui des discours que les Allemands ne renieraient pas.

Nicolas Sarkozy double cette erreur de fond en épousant l’autre combat allemand : contre le Luxembourg et la Suisse. Tous les Allemands ont des comptes dans ces pays, ce qui coûte très cher au fisc germanique. D’où un combat très ancien. Le couple Paris-Berlin se reconstitue donc pour dénoncer les paradis fiscaux qui sont certes, des verrues sur la morale, qui sont coûteuses pour les budgets, qui sont un problème réel et sérieux, mais qui n’ont que bien peu à voir avec la crise et la récession qui s’aggrave. C’est l’occasion de traiter ce problème, dit-on? Peut être mais à condition de ne pas se focaliser sur ce seul combat et d’y aller bravache: «on supprime les paradis fiscaux ou je m’en vais!».

Sauf si c’est le moyen de détourner l’attention du vrai sujet: l’inexistence d’un fédéralisme européen capable de répondre de façon autonome à la crise et le recollage de l’axe franco-allemand dans le seul intérêt allemand.

Eric Le Boucher

Photo : Nicolas Sarkozy au sommet de l'OTAN à Bucarest en 2007. Reuters / Mihai Barbu

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Cofondateur de Slate.fr
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