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La gifle est-elle un moyen de gérer l'hystérie?

Brian Palmer, mis à jour le 27.11.2010 à 8 h 48

C'est ce qu'a l'air de penser Mel Gibson. Mais est-ce justifié de donner une gifle à quelqu’un qui est dans un état d’hystérie?

Isabelle Adjani et Lino Venture dans «La Gifle» © Gaumont

Isabelle Adjani et Lino Venture dans «La Gifle» © Gaumont

Mel Gibson a avoué, dans une déclaration sur l’honneur, qu’il avait giflé Oksana Grigorieva, son ex-petite amie et la mère de sa fille. Pour se défendre, l’acteur acculé a expliqué qu’Oksana Grigorieva était complètement hystérique et qu’il l’avait frappée pour la «ramener à la réalité». Peut-on que considérer que cette gifle, ayant été assenée à une personne dans un état d’hystérie, était bienvenue?

«Hystérie», terme galvaudé

Absolument pas. La plupart des psychiatres évitent d’ailleurs le terme «hystérie», car il est chargé de connotations sexistes qui datent du XIXe siècle. (Nous y reviendrons plus bas.) En outre, la définition de ce mot est trop imprécise, puisque ce qu’une personne lambda, non spécialiste, peut qualifier d’«état d’hystérie» recouvrent des réalités et des causes très différentes.

Si une personne en bonne santé peut parfaitement avoir un comportement impétueux dans une situation très stressante, une crise de panique peut aussi être le signe du début de troubles conversifs: le stress psychologique provoque des symptômes physiques, notamment une perte de la coordination, des hallucinations ou une insensibilité à la douleur. (En général, ces symptômes disparaissent au bout d’une semaine.)

Ce que Mel aurait dû faire

Dans des cas rares, l’hystérie peut être le signe d’un trouble sous-jacent aussi grave que la psychose. Mais quelle que soit la réalité qui se cache derrière un épisode d’«hystérie», une gifle n’a aucun effet bénéfique. Au contraire, elle risque d’amplifier l’état chaotique dans lequel se trouve la victime, de conforter ses sentiments, ses peurs ou sa paranoïa. Et cette personne risque de riposter avec agressivité.

Si Mel Gibson croyait vraiment que la mère de sa fille représentait un danger physique immédiat, la meilleure réaction eût été de la maîtriser et d’appeler les urgences. L’autre solution aurait consisté à l’apaiser en l’encourageant à se détendre, à faire quelques grandes respirations et à s’asseoir.

Pratique d’un autre siècle

Au XIXe siècle, la gifle était un «remède» courant face à ce qu’on appelait les «épisodes d’hystérie». A l’époque, presque toutes les femmes en proie à des problèmes psychologiques, telles que les hallucinations, les convulsions, le somnambulisme, les douleurs inexpliquées ou l’amnésie, étaient diagnostiquées comme souffrant d’une forme d’«hystérie». Mais les chercheurs ne parvenaient pas à s’accorder sur les causes. Certains mettaient en cause des parents atteints de syphilis, d’autres pointaient des déséquilibres sanguins. Et beaucoup pensaient simplement que ces femmes feignaient d’être malades pour échapper aux tâches ménagères.

Les psychologues claquaient leurs patients sur la joue, les arrosaient d’eau ou les étouffaient pour les arracher à leur stupeur. Un neurologue américain dénommé Silas Weir Mitchell avait pour habitude de placer ses patients en isolement et de les gaver de nourriture jusqu’à ce qu’ils prennent plus de 20 kg. Sa théorie était qu’après avoir échappé à ce traitement, les femmes finiraient trouver de la joie dans leur vie quotidienne à la maison.

La thérapie de la gifle n’a pas complètement disparu. Dans les années 1980 encore, certains médecins pensaient que le fait de gifler un patient ou de l’asperger d’eau pourrait mettre fin à une absence (état de quelqu’un qui fixe un point dans l’espace avec le regard vide). Aujourd’hui, heureusement, les médecins n’emploient plus cette technique et découragent fortement les profanes de le faire.

Hollywood et la gifle, c’est une longue histoire

Finalement, ce n’est peut-être pas si surprenant que Mel Gibson se soit livré à la technique de la gifle, largement popularisée dans les films hollywoodiens. Par exemple, Cher baffe un Nicholas Cage complètement amoureux dans Eclair de lune  (1987) et lui intime cet ordre: «Contrôle-toi!».

Dans le thriller Sphinx (1981), Frank Langella donne une claque à Leslie-Ann Down, qui joue l’hystérique. Et puis, dans Les Indestructibles (2004), Edna Mode frappe Elastigirl qui est tout hébétée après avoir appris que son mari s’est remis à exercer ses pouvoirs de super-héros.

La version en anglais est

Gifler quelqu’un pour qu’il reprenne ses esprits (généralement en hurlant quelque chose du genre «Mais ressaisis-toi!») est devenu une scène cinématographique tellement culte qu’elle a fait l’objet d’une parodie dans Y a-t-il un pilote dans l'avion? (1980).

Brian Palmer

Traduit par Micha Cziffra

Et la bande-annonce de La Gifle, avec Isabelle Adjani et Lino Ventura (1974):  

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