Partager cet article

Comment savoir si la dernière chanson de Michael Jackson est bien de lui?

Michael Jackson arrive au tribunal le deuxième jour de son procès pour abus sexuels sur mineurs, le 1e mars 2005. REUTERS/Robert Galbraith

Michael Jackson arrive au tribunal le deuxième jour de son procès pour abus sexuels sur mineurs, le 1e mars 2005. REUTERS/Robert Galbraith

C'est le métier des musicologues légistes, qui affirment que le Roi de la Pop est bien le chanteur du nouveau titre «Breaking News».

Les ayant-droit de Michael Jackson ont rassuré cette semaine les sceptiques sur le fait que le Roi de la Pop était bien le chanteur du nouveau titre «Breaking News», selon les expertises de deux «musicologues légistes». Qu'est-ce qu'un musicologue légiste?

Empreintes vocales

Quelqu'un qui écoute de la musique très, très attentivement. Pour savoir si l'enregistrement de la voix d'un chanteur est authentique, des experts audio analysent des éléments du timbre, de la diction, et de la tessiture du chanteur. (C'est la version musicale de ce qu'ils font lors d'un nouvel enregistrement d'Oussama Ben Laden.) De la même façon que chaque individu possède des empreintes digitales uniques, la voix de tout un chacun possède un timbre singulier, qui peut être mesuré grâce à l'examen de sa fréquence et de l'ampleur relative de ses harmoniques. (A chaque fois que vous chantez une note, vous en produisez d'autres –des harmoniques– une octave plus haut, une quinte encore plus haut, etc. Différentes voix –et différents instruments– produisent différents types d'harmoniques.)

Il est donc possible de trouver des différences d'harmoniques entre deux enregistrements qui, autrement, n'auraient pas été perceptibles. Certains chanteurs prononcent aussi certains mots de manière précise, ce qui permet d'autres vérifications. Le timbre d'un chanteur change aussi lorsqu'il frise la limite –basse ou haute– de son registre vocal. Un analyste peut donc dire si le timbre d'un chanteur dans une chanson ne correspond pas à celui d'une autre –ou s'il semble que sa voix ait été modifiée numériquement, en plus grave ou en plus aiguë. D'autres caractéristiques sonores, telles le vibrato, peuvent aussi aider à authentifier une chanson.

Atteintes à la propriété intellectuelle

Le plus souvent, les musicologues légistes sont dépêchés pour déterminer si une chanson particulière peut être considérée comme une atteinte à la propriété intellectuelle. Quand un artiste hip-hop sample une chanson sans en avoir l'autorisation, par exemple, le plaignant va en général mandater un expert qui montrera combien le sample est similaire à l'original. Quelquefois, les similitudes sont évidents à l'oreille. Mais d'autres fois, l'expert peut avoir besoin de se référer à une «analyse de fréquence» –qui donne une version visuelle de l'échantillon incriminé–, pour prouver que les deux pistes sont identiques.

Ce qui est tout particulièrement utile quand la piste originale est modifiée ou voilée, d'une façon ou d'une autre, dans la nouvelle chanson. (Certains producteurs ajoutent des sons supplémentaires afin de masquer délibérément le sample original.) En 2004, un jugement en appel a statué que les artistes devaient payer pour tous les échantillons de musique utilisés, qu'importe qu'ils soit courts ou méconnaissables.  Le titre qui avait déclenché ces poursuites était le «100 Miles and Runnin'» de N.W.A. qui empruntait trois notes d'un riff de guitare à une chanson de Funkadelic, notes qui avaient été copiées en boucle et dont la tonalité avait été abaissée.

Les tribunaux s'en remettent aussi à des musicologues pour déterminer si une composition viole la législation sur la propriété intellectuelle en se servant d'une mélodie pré-existante ou d'un enchaînement de notes reconnaissable. (Composer un air similaire n'est pas la même chose que de copier et de coller un ancien riff dans une nouvelle chanson, comme décrit ci-dessus.) La question est de savoir si une composition emprunte une «quantité significative» d'une chanson existante. Évidemment, le «significatif» dépend du contexte. Les deux facteurs principaux sont les paroles et la mélodie. Par exemple, le mot de «yesterday» n'est pas soumis à la propriété intellectuelle, mais si vous le chantez de la même façon que Paul McCartney le chante sur «Yesterday», il serait en droit de vous intenter un procès.

Christopher Beam

Traduit par Peggy Sastre

Vous devez être membre de Slate+ et connecté pour pouvoir commenter.
Pour devenir membre ou vous connecter, rendez-vous sur Slate+.
En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l’utilisation de cookies pour réaliser des statistiques de visites, vous proposer des publicités adaptées à vos centres d’intérêt et nous suivre sur les réseaux sociaux. > Paramétrer > J'accepte